Les récoltes se font dans de grands chars fort élégants pour des
charrettes de fermiers. Je soupçonne ces fermiers d'être surtout des
maraîchers: toutes les cultures sont superbes, les feuillages énormes,
les arbres vigoureux. Cette puissance de végétation s’explique
facilement, elle est due au Gulf-stream: ce courant chaud qui vient
d’Amérique, traverse en conservant sa couleur et sa chaleur les vagues
de l’Atlantique et vient ainsi fertiliser toutes les terres qu’il baigne
et leur apporter l’abondance. Les promenades dans les grands _cars_ à
vingt places très haut perchés sur roues, attelés de quatre chevaux sont
charmantes. Ces cars rayonnent dans toutes les directions et cette
manière de voyager ne manque pas de pittoresque: ce véhicule n’est point
banal, ce n’est ni le fiacre étroit, ni la tapissière morose, ni
l’omnibus fermé, ni le confortable landau qu’on trouve d’ailleurs
facilement à louer, c’est quelque chose de plus original que tout cela,
c’est un char-à-bancs perfectionné d’où la vue embrasse un vaste
horizon, et voilà pourquoi ce genre de locomotion me plaît. Les routes
sont tout à fait agréables, quelques-unes un peu trop étroites
seulement; au lieu de grandes routes rigides et poudreuses comme j’en
connais tant, ce sont de jolis chemins ombreux, quelques-uns même
recouverts d’un dôme de verdure; une herbe fine et épaisse borde la
route des deux côtés; les talus dans leur robe verte parsemée de fleurs
champêtres sourient à votre passage; c’est tout à fait coquet.