CHAPITRE VI

J’ai employé le plus de temps possible à visiter, suivant l’expression

consacrée, les beautés naturelles de l'île, dont je fais deux parts bien

différentes: l’une, la plus petite, sauvage, stérile, hérissée de roches

tourmentées par les flots en démence; l’autre, riche, fertile, cultivée,

ressemblant à un parc immense. De riants cottages, de blanches villas,

de jolies demeures isolées sont semées dans toute l'île, comme des pions

sur un échiquier. C’est partout un peu la même chose, et cependant cet

aspect est si gai, si ensoleillé, qu’il exclut la monotonie. Des

jardinets soignés, une grande propreté, un air d’aisance, tel est le

cachet de la campagne jersiaise.

J’accorde aussi une mention spéciale aux vaches. Ah! la jolie race!

tête fine, formes parfaites, robe soyeuse, enfin le type accompli des

vaches pure race normande, car les habitants de l'île s’y prennent de

manière qu’il n’y ait jamais de croisement chez eux. Elles sont du reste

aussi bonnes que belles, le lait et le beurre qu’elles donnent sont de

qualité extra-supérieure.

Je me suis laissé dire que les Américains paient les vaches jersiaises

dix, quinze et même vingt-cinq mille francs. Ceci sans doute est

l’exception. Mais il n’est pas rare de voir vendre ces vaches cinq et

six mille francs.

Nous avons fait presque toutes nos excursions dans les grands _cars_: le

regard fouille partout, et c’est plus amusant. Par exemple, beaucoup de

routes sont trop étroites, il n’y a place que pour une voiture. De temps

en temps, on trouve une sorte de relai de terrain où l’on se gare quand

on entend un autre véhicule arriver. Malheureusement on ne se croise pas

toujours à l’endroit psychologique; l’on se rencontre face à face, et

comment passer? la plus légère voiture recule pour faire place à

l’autre, parfois il faut dételer et rétrograder assez loin.

Voyages loin de ma chambre t.1 · 第 52 / 161 题