J’ai employé le plus de temps possible à visiter, suivant l’expression
consacrée, les beautés naturelles de l'île, dont je fais deux parts bien
différentes: l’une, la plus petite, sauvage, stérile, hérissée de roches
tourmentées par les flots en démence; l’autre, riche, fertile, cultivée,
ressemblant à un parc immense. De riants cottages, de blanches villas,
de jolies demeures isolées sont semées dans toute l'île, comme des pions
sur un échiquier. C’est partout un peu la même chose, et cependant cet
aspect est si gai, si ensoleillé, qu’il exclut la monotonie. Des
jardinets soignés, une grande propreté, un air d’aisance, tel est le
cachet de la campagne jersiaise.
J’accorde aussi une mention spéciale aux vaches. Ah! la jolie race!
tête fine, formes parfaites, robe soyeuse, enfin le type accompli des
vaches pure race normande, car les habitants de l'île s’y prennent de
manière qu’il n’y ait jamais de croisement chez eux. Elles sont du reste
aussi bonnes que belles, le lait et le beurre qu’elles donnent sont de
qualité extra-supérieure.
Je me suis laissé dire que les Américains paient les vaches jersiaises
dix, quinze et même vingt-cinq mille francs. Ceci sans doute est
l’exception. Mais il n’est pas rare de voir vendre ces vaches cinq et
six mille francs.
Nous avons fait presque toutes nos excursions dans les grands _cars_: le
regard fouille partout, et c’est plus amusant. Par exemple, beaucoup de
routes sont trop étroites, il n’y a place que pour une voiture. De temps
en temps, on trouve une sorte de relai de terrain où l’on se gare quand
on entend un autre véhicule arriver. Malheureusement on ne se croise pas
toujours à l’endroit psychologique; l’on se rencontre face à face, et
comment passer? la plus légère voiture recule pour faire place à
l’autre, parfois il faut dételer et rétrograder assez loin.