Pendant que les différents événements que nous venons de raconter
s'accomplissaient à Port-Louis, Pierre Munier attendait anxieusement à
Moka le résultat terrible que lui avait laissé entrevoir son fils:
habitué, comme nous l'avons dit, à cette éternelle suprématie des
blancs, il avait fini par considérer cette suprématie non seulement
comme un droit acquis, mais comme une supériorité naturelle. Quelle que
fût la confiance que lui inspirât son fils, il ne pouvait donc croire
que ces obstacles, qu'il regardait comme insurmontables, s'aplaniraient
devant lui.
Depuis le moment où, comme nous l'avons vu, Georges avait pris congé de
lui, il était tombé dans une apathie profonde; l'excès même des
émotions qui se pressaient dans son cœur, et la diversité des pensées
qui se heurtaient dans son esprit l'avaient jeté dans une insensibilité
apparente qui ressemblait à de l'idiotisme. Deux ou trois fois il lui
vint bien à l'idée d'aller lui-même à Port-Louis, et de voir, de ses
propres yeux, ce qui allait s'y passer; mais il faut pour marcher à
l'encontre d'une certitude, une force de volonté que n'avait point le
pauvre père; s'il ne se fût agi que d'aller au-devant d'un danger,
Pierre Munier y aurait couru.
La journée se passa donc dans des angoisses d'autant plus profondes,
qu'elles furent tout intérieures, et que celui qui les éprouvait
n'osait dire à personne, pas même à Télémaque, les causes de cet
accablement sur lequel on l'interrogeait; de temps en temps, seulement,
il se levait de son fauteuil, s'en allait le front courbé vers la
fenêtre ouverte, jetait du côté de la ville un long regard comme s'il
pouvait voir, écoutait, comme s'il pouvait entendre; puis, ne voyant
rien, n'entendant rien, il poussait un soupir et revenait, les lèvres
muettes et les yeux atones, s'asseoir dans son fauteuil.
L'heure du dîner arriva. Télémaque, chargé des soins ordinaires de la
maison, fit mettre le couvert, fit servir la table, fit apporter le
dîner; mais toutes ces différentes opérations s'accomplirent sans que
celui pour lequel elles s'accomplissaient soulevât seulement les yeux:
puis, lorsque tout cela fut prêt, Télémaque laissa passer un quart
d'heure, et, voyant que son maître demeurait dans la même apathie, il
lui toucha légèrement l'épaule; Pierre Munier tressaillit, et, se
levant vivement:
—Eh bien, sait-on quelque chose? dit-il.
Télémaque montra à son maître le dîner qui était servi; mais Pierre
Munier sourit tristement, secoua la tête et retomba dans sa rêverie. Le
nègre comprit qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire, et, sans
oser en demander l'explication, roula ses deux gros yeux blancs autour
de lui comme pour chercher quelque signe qui pût le mettre sur les
traces de cet événement inconnu; mais chaque chose était à sa place
accoutumée, et tout était comme à l'ordinaire; seulement, il était
visible que l'attente de quelque grand malheur était venue s'asseoir le
matin au foyer domestique.
La journée s'écoula ainsi.
Télémaque, espérant toujours que la faim reprendrait ses droits, laissa
le dîner servi; mais Pierre Munier était trop profondément absorbé pour
s'occuper d'autre chose que de sa propre pensée; seulement, il y eut un
moment où Télémaque, voyant de grosses gouttes de sueur perler sur le
front de son maître, crut qu'il avait chaud, et lui présenta un verre
d'eau et de vin; mais Pierre Munier écarta doucement le verre de la
main en disant:
—Tu n'as rien appris encore?
Télémaque secoua la tête, regarda tour à tour le plafond et le
plancher, comme pour demander alternativement à chacun d'eux s'ils en
savaient plus que lui; puis voyant que chacun d'eux restait muet, il
sortit pour demander aux nègres s'ils n'étaient pas mieux renseignés
que lui sur l'objet inconnu de la secrète inquiétude de son maître.
Mais, à son grand étonnement, il s'aperçut qu'il n'y avait plus un seul
nègre à l'habitation. Il courut aussitôt vers la grange, où ils avaient
l'habitude de se rassembler pour faire la berloque. La grange était
déserte; il revint alors par les cases, mais il ne retrouva dans les
cases que les femmes et les enfants.
Il les interrogea et il apprit qu'aussitôt la journée finie, les
nègres, au lieu de se reposer comme ils avaient l'habitude de le faire,
s'étaient armés et étaient partis par groupes séparés, mais s'avançant
tous dans la direction de la rivière des Lataniers. Alors il revint à
l'habitation.
Au bruit que fit Télémaque en ouvrant la porte, le vieillard se
retourna.
—Eh bien? demanda-t-il.
Alors Télémaque lui raconta l'absence des nègres, et comment tous
s'étaient acheminés en armes vers le même point.
—Oui, oui! dit Pierre Munier; hélas! oui!
Ainsi il n'y avait plus de doute, et ce renseignement concourait encore
à faire croire au pauvre père qu'il en était arrivé à ce moment où tout
se décidait pour lui à la ville; car, depuis le retour de Georges, le
vieillard, en revoyant son fils si beau et si brave, si confiant en
lui-même, si riche du passé, si sûr de l'avenir, avait tellement
identifié sa vie à la vie de son enfant, qu'il en était arrivé à se
convaincre qu'ils vivaient de la même existence, et qu'il ne comprenait
pas qu'il pût supporter la perte de son fils, ou même son absence.
Oh! comme il se reprochait d'avoir laissé partir le matin Georges sans
l'interroger, sans avoir pénétré au fond de sa pensée, sans connaître à
quels dangers il allait s'exposer! comme il se reprochait de ne pas lui
avoir demandé à le suivre! Mais cette idée que son fils allait
entreprendre une lutte ouverte contre les blancs l'avait si fort
anéanti, que, dans le premier moment, il avait senti toutes ses forces
morales l'abandonner. C'était, nous l'avons dit, dans la nature de
cette âme naïve de n'avoir de puissance que devant les dangers
physiques.
Cependant la nuit était venue et les heures s'écoulaient sans apporter
aucune nouvelle, ni consolante ni terrible. Dix heures, onze heures,
minuit sonnèrent. Quoique l'obscurité qui s'étendait au dehors, et que
rendaient plus profonde encore les lumières allumées dans
l'appartement, empêchât de rien distinguer à dix pas de distance,
Pierre Munier continuait d'aller, à des intervalles presque réguliers,
mais se rapprochant cependant sans cesse l'un de l'autre, de son
fauteuil à la fenêtre et de la fenêtre à son fauteuil. Télémaque,
véritablement inquiet, s'était installé dans la même chambre; mais, si
dévoué que fût le fidèle domestique, il n'avait pu résister au sommeil,
et il dormait sur une chaise, appuyé contre la muraille, où sa
silhouette se dessinait comme un dessin au charbon.
À deux heures du matin, un chien de garde, qu'on laissait ordinairement
errer la nuit autour de l'habitation, mais que, ce soir-là, la
préoccupation générale avait maintenu à la chaîne, fit entendre un
hurlement bas et plaintif. Pierre Munier tressaillit et se leva; mais,
au lugubre bruit que la superstition des noirs regarde comme l'annonce
certaine d'un malheur prochain, les forces lui manquèrent, et, pour ne
pas tomber, il fut forcé de s'appuyer sur la table. Au bout de cinq
minutes, le chien fit entendre un second hurlement plus bruyant, plus
triste et plus prolongé que le premier; puis, à égale distance du
second, un troisième, plus funèbre et plus lamentable encore que les
deux premiers.
Pierre Munier, pâle, sans voix, la sueur au front, resta les yeux fixés
sur la porte sans faire un pas vers elle, mais comme un homme qui
attend le malheur et qui sait que c'est par là qu'il va entrer.
Au bout d'un instant, on entendit le bruit des pas d'un assez grand
nombre de personnes; ces pas se rapprochèrent de l'habitation, mais
lents et mesurés. Il sembla au pauvre père que ces pas étaient ceux
d'hommes qui suivaient un convoi.
Bientôt la première chambre sembla se remplir de monde; seulement,
cette foule, quelle qu'elle fût, était muette. Cependant, au milieu du
silence, le vieillard crut entendre une plainte et il lui sembla que,
dans cette plainte, il reconnaissait la voix de son fils.
—Georges! s'écria-t-il; Georges, au nom du ciel, est-ce toi? Réponds,
parle, viens!
—Me voilà, mon père! dit une voix faible, et cependant calme; me voilà!
Au même instant la porte s'ouvrit et Georges parut, mais s'appuyant
contre la porte, et si pâle, que Pierre Munier crut un instant que
c'était l'ombre de son fils qu'il avait évoquée et qui lui
apparaissait; de sorte qu'au lieu d'aller à Georges, le vieillard fit
un pas en arrière.
—Au nom du ciel, murmura-t-il, qu'as-tu et que t'est-il arrivé?
—Une blessure grave, mais tranquillisez-vous, mon père qui n'est pas
mortelle, puisque, vous le voyez, je marche et me tiens debout; mais je
ne puis pas me tenir debout longtemps.
Puis il ajouta tout bas:
—À moi, Laïza, les forces me manquent!
Et il se laissa tomber dans les bras du nègre. Pierre Munier s'élança
vers son fils; mais Georges était déjà évanoui.
En effet, avec cette force de volonté qui était devenue le signe
distinctif du caractère de Georges, il avait voulu, tout faible et
presque mourant qu'il était, se montrer debout à son père, et, cette
fois, ce n'était pas par un de ces sentiments d'orgueil qu'on
retrouvait si souvent en lui, mais parce que, connaissant l'amour
profond que lui portait le vieillard, il tremblait que en le voyant
couché, le coup qu'il recevrait de cette vue ne lui fût fatal. Malgré
les représentations de Laïza, il avait donc abandonné le brancard sur
lequel les nègres l'avaient transporté, en se relayant, à travers les
défilés de la montagne du Pouce; puis, avec un courage surhumain, avec
cette volonté puissante qui commandait chez lui-même à la faiblesse
physique, il s'était dressé, s'était cramponné au mur, et, comme il
avait décidé que cela devait être, il s'était montré debout à son père.
Et, en effet, comme il l'avait pensé, le coup avait été ainsi moins
violent pour le vieillard.
Mais cette volonté de fer avait cependant plié sous la douleur, et,
épuisé par l'effort qu'il avait fait, Georges était, comme nous l'avons
dit, retombé dans les bras de Laïza.
Ce fut quelque chose de terrible à voir, même pour des hommes, que la
douleur de ce père; douleur sans plainte, sans sanglots, muette,
profonde et morne. On posa Georges sur un canapé. Le vieillard
s'agenouilla devant lui, passa son bras sous la tête de son enfant, et
attendit, les yeux fixés sur ses yeux fermés, la respiration suspendue
devant son haleine absente, tenant la main pendante du blesse dans son
autre main, ne demandant rien, ne s'inquiétant d'aucun détail, ne
s'informant d'aucun résultat; tout était dit pour lui: son fils était
là, blessé, sanglant, évanoui; qu'avait-il besoin d'apprendre et que
lui faisaient les causes devant ce formidable résultat?
Laïza se tenait debout, à l'angle d'un buffet, appuyé sur son fusil et
regardant de temps en temps du côté de la fenêtre si le jour ne
revenait pas.
Les autres nègres, qui s'étaient respectueusement retirés après avoir
déposé Georges sur son canapé, se tenaient dans la chambre voisine et
passaient leurs têtes noires par la porte; d'autres étaient groupés, en
dehors, devant la fenêtre, beaucoup étaient blessés plus ou moins
dangereusement: mais aucun ne semblait se souvenir de sa blessure.
À chaque instant leur nombre augmentait, car tous les fugitifs, après
s'être d'abord éparpillés pour éviter la poursuite des Anglais,
avaient, par différents chemins, regagné l'habitation, comme, les uns
après les autres, des moutons dispersés regagnent le parc. À quatre
heures du matin, il y avait près de deux cents nègres autour de
l'habitation.
Cependant Georges était revenu à lui et avait, par quelques mots,
essayé de rassurer son père; mais cela d'une voix si faible, que,
quelque bonheur qu'éprouvât le vieillard de l'entendre parler, il lui
avait fait signe de se taire, puis il s'était informé alors de quel
genre était la blessure, et quel était le médecin qui l'avait pansée;
alors, en souriant et par un faible mouvement de tête, Georges lui
avait indiqué Laïza.
On sait que, dans les colonies, certains nègres passent pour d'habiles
chirurgiens, et que, quelquefois même, les colons blancs les envoient
chercher de préférence aux gens de l'art; c'est tout simple: ces hommes
primitifs, semblables à nos bergers, qui disputent souvent leurs
pratiques aux plus habiles docteurs, se trouvant sans cesse en face de
la nature, surprennent, comme les animaux, quelques-uns de ces secrets
qui restent voilés aux regards des autres hommes. Or, Laïza passait
dans toute l'île pour un habile chirurgien; les nègres attribuaient sa
science à la force de certaines paroles secrètes ou de certains
enchantements magiques; les blancs, à sa connaissance de certaines
herbes et de certaines plantes dont il savait seul les noms et la
propriété. Pierre Munier fut donc plus tranquille lorsqu'il sut que
c'était Laïza qui avait pansé la blessure de son fils.
Cependant le moment où le jour allait paraître approchait, et, à mesure
que le temps s'écoulait, Laïza paraissait de plus en plus inquiet.
Enfin, il n'y put pas tenir plus longtemps, et, sous prétexte de tâter
le pouls du malade, il s'approcha de lui et lui parla tout bas.
—Que demandez-vous et que voulez-vous, mon ami? demanda Pierre Munier.
—Ce qu'il veut, mon père, aussi bien il faut vous le dire: il veut que
je ne tombe pas aux mains des blancs, et il me demande si je me sens
assez fort pour être porté dans les grands bois.
—Te transporter dans les grands bois! s'écria le vieillard, faible
comme tu es! C'est impossible!
—Il n'y a cependant pas d'autre parti à prendre, mon père, à moins que
vous ne préfériez me voir arrêter sous vos yeux, et....
—Et quoi? demanda Pierre Munier avec anxiété; que te veulent-ils et que
peuvent-ils te faire?
—Ce qu'ils me veulent, mon père? Se venger de ce qu'un misérable
mulâtre a eu la prétention de lutter contre eux, et est arrivé,
peut-être, à les faire trembler un instant. Ce qu'ils peuvent me faire?
Oh! presque rien, ajouta Georges en souriant, ils peuvent me trancher
la tête à la plaine Verte.
Le vieillard pâlit; puis on le vit frémir de tout son corps; il était
évident qu'il se livrait en lui un combat terrible. Enfin, il releva le
front, secoua ta tête, et, regardant le blessé.
—Te prendre! murmura-t-il; te trancher la tête! me prendre mon enfant,
me le tuer! tuer mon Georges! Et tout cela, parce qu'il est plus beau
qu'eux, plus brave qu'eux, plus instruit qu'eux.... Ah! qu'ils y
viennent donc!...
Et le vieillard, avec une énergie dont, cinq minutes auparavant, on
l'aurait cru incapable, s'élança vers sa carabine suspendue à la
muraille, et, saisissant l'arme oisive depuis seize ans:
—Oui, oui! qu'ils y viennent! s'écria-t-il, et nous verrons. Ah! vous
lui avez tout pris, messieurs les blancs, à ce pauvre mulâtre; vous lui
avez pris sa considération, et il n'a rien dit; vous lui eussiez pris
sa vie, qu'il n'eût rien dit encore; mais vous voulez lui prendre son
fils; vous voulez lui prendre son enfant pour l'emprisonner, pour le
torturer, pour lui trancher la tête! Oh! venez, messieurs les blancs,
et nous allons voir! Nous avons cinquante ans de haine entre nous;
venez, venez, il est temps que nous fassions nos comptes.
—Bien, mon père, bien! s'écria Georges en se relevant sur son coude et
en regardant le vieillard d'un œil fiévreux; bien je vous reconnais.
—Eh bien, oui, aux grands bois, dit-il, et nous verrons s'ils osent
nous y suivre. Oui, mon fils; oui, viens; mieux valent les grands bois
que les villes. On y est sous l'œil de Dieu; que Dieu nous voie donc et
nous juge. Et vous, enfants, continua le mulâtre en s'adressant aux
nègres, m'avez-vous toujours trouvé bon maître?
—Oh! oui, oui! s'écrièrent d'une seule voix tous les nègres.
—M'avez-vous dit cent fois que vous m'étiez dévoués, non pas comme des
esclaves, mais comme des enfants?
—Oui, oui!
—Eh bien, c'est à cette heure qu'il s'agit de me prouver votre
dévouement.
—Ordonne, maître, ordonne, dirent tous les nègres.
—Entrez, entrez tous.
La chambre se remplit de noirs.
—Tenez, continua le vieillard, voilà mon fils qui a voulu vous sauver,
vous faire libres, vous faire hommes, voilà sa récompense. Et
maintenant, ce n'est pas le tout; ils veulent venir me le prendre,
blessé, sanglant, à l'agonie; voulez-vous le défendre, voulez-vous le
sauver? voulez-vous mourir pour lui et avec lui?
—Oh! oui! oui! crièrent toutes les voix.
—Aux grands bois, alors, aux grands bois! dit le vieillard.
—Aux grands bois! crièrent tous les nègres.
Alors on rapprocha le brancard de feuillage du canapé où était couché
Georges; on y déposa le blessé; quatre nègres en saisirent les quatre
portants: Georges sortit de la maison accompagné de Laïza, et prit la
tête du cortège; puis tous les nègres le suivirent; puis, enfin, Pierre
Munier sortit le dernier, laissant l'habitation ouverte, abandonnée et
veuve de toute créature humaine.
Le cortège, qui se composait de deux cents nègres à peu près suivit
quelque temps le chemin qui mène de Port-Louis au Grand-Port, puis
après une demi-heure de marche à peu près, il prit à droite, s'avançant
vers la base du piton du Milieu, afin de joindre la source de la
rivière des Créoles.
Avant de s'engager derrière la montagne, Pierre Munier, qui avait
continué de faire l'arrière-garde, s'arrêta un instant, gravit un
monticule et jeta un dernier regard sur cette belle habitation qu'il
abandonnait. Il embrassa dans un coup d'œil ces riches plaines de
cannes, de manioc, de maïs, ces magnifiques bosquets de pamplemousses,
de jambosiers et de takamakas, ce splendide horizon de montagnes qui
fermait son immense propriété comme une muraille gigantesque. Il pensa
qu'il avait fallu trois générations d'hommes honnêtes comme lui,
laborieux comme lui, estimés comme lui, pour faire de ce quartier le
paradis de l'île, poussa un soupir, essuya une larme; puis, détournant
les yeux et secouant la tête, il regagna, le sourire sur les lèvres, le
brancard où l'attendait l'enfant blessé, pour lequel il abandonnait
tout cela.