D. _L'EXPLOITATION SYSTÉMATIQUE DE LA BELGIQUE_

Il ne s'agit pas ici du pillage pratiqué sous les yeux et avec la

complicité évidente du haut commandement,[73] mais du pressurage

méthodique, à coups d'arrêtés et de «jugements», auquel on soumet notre

pauvre pays.

[Note 73: _Comment les Belges résistent_..., p. 159.]

Voici d'abord un exposé général, sous forme de chronique:

Le brigandage allemand.

_L'occupant doit nourrir l'occupé._

(Droit international.)

Ce n'est pas assez de dire que l'attentat contre la Belgique était une

nécessité stratégique pour les agresseurs germains; elle était aussi une

nécessité économique; elle livrait aux barbares un grenier d'abondance.

Spoliés, razziés, affamés, toutes nos souffrances viennent des Prussiens.

Aucun soulagement ne leur est dû. Ce qui rend notre situation moins

pénible se créa à l'initiative des Belges, avec l'appui de neutres, et

en dépit des obstacles suscités par l'ennemi. Les impostures alboches ne

prévaudront jamais contre cette vérité.

Les sommaires éphémérides ci-dessous sont extraites d'un dossier

volumineux. Que chacun en fasse le sujet de ses entretiens: il n'est point

de meilleure propagande! Voyez bien les conclusions finales.

_Août 1914_.--Nos autorités prennent des mesures contre la cherté des

vivres.. Les hordes d'invasion gaspillent les aliment; nos populations ont

à peine le nécessaire.--Les Prussiens apposent une fausse signature du

gouverneur de la Banque nationale de Belgique sur des billets de 1 et

2 francs qu'ils ont volés à la succursale d'Aerschot et mettent ces faux

billets en circulation.--Ils suppriment le téléphone public.

_Septembre_.--L'envahisseur réquisitionne à tour de bras et impose

aux villes de lourds tributs payables en métal.--Malaise monétaire.

Renchérissement général, déterminé par le fait que l'ennemi abroge les

restrictions imposées par l'autorité belge, ce dont notre commerce

s'empresse de profiter!--Von der Goltz affiche que la rupture d'un fil de

téléphone ou télégraphe, partout où les troupes en installent, entraînera

le paiement d'une amende par les habitants, «qu'ils soient coupables ou

non»!--Usage des véhicules contrôlé; tramways vicinaux supprimés. Ces

ordonnances ont pour effet d'étendre le chômage.--Le régime des «bons de

guerre» fait faire la grimace aux marchands.--Von der Goltz ordonne le

paiement des contributions, patentes, etc., à la caisse allemande! La

farine manque dans la moitié du pays où les barbares sont passés; cette

disette s'étendra à mesure que l'invasion s'avancera.

_Octobre_.--Von der Goltz se plaint d'attentats contre les communications

militaires; il prend des otages partout où ces faits sont constatés et

annonce que, s'ils se renouvellent, ces malheureux seront passés par les

armes «qu'ils soient coupables ou non»!--Bicyclettes proscrites.--Défense

de laisser sortir les pigeons.--Abondantes rafles de chevaux et de

vivres.--Le Gouvernement usurpateur place sous les lois de la guerre les

Belges nés en 1894, 1895 et 1896; si ces jeunes gens quittent le pays,

«leurs parents répondront d'eux avec leur propre vie»!--Pénurie de

farines. L'intendance prussienne enlève les réserves des villes et les

récoltes des campagnes; cela pousse des Belges à dissimuler des stocks;

voilà l'origine de déplorables accaparements.--L'automobile proscrite à

son tour, le ravitaillement devient extrêmement difficile: famine dans nos

provinces; à Bruxelles même, des boulangeries se ferment.--Des courtiers

d'outre-Rhin font leur réapparition et s'efforcent de renouer des

relations d'affaires! Beaucoup d'exportations industrielles sont frappées

d'interdiction... pour les Belges!--La monnaie allemande est imposée

au cours de 1 f 25 le mark [74].--Les espions organisent la chasse aux

apporteurs de fonds destinés aux familles de soldats, aux agents de

l'État, etc. Les pensionnés ne touchent plus leur dû; des fonctionnaires

se trouvent à bout de ressources, la gêne se généralise.--Entrés à

Anvers, les Prussiens y dévalisent les entrepôts particuliers,

en violation du Droit. Ce butin est pour l'Allemagne (valeur: 1

demi-milliard)!--Von der Goltz a proclamé sa volonté de «consolider la vie

économique du pays». A ces paroles, il suffit d'opposer ses actes!--Pour

remédier au paupérisme qui ne fait qu'empirer, s'est fondé, à Bruxelles,

le Comité de secours et d'alimentation. Après avoir créé la «Soupe

communale», il organise le ravitaillement du Brabant.--A la suite du

licenciement de la garde civique, on s'attend à une certaine amélioration

des affaires. Mais le Prussien somme les gardes civiques de se soumettre à

son contrôle, ce qui empêche les retours espérés. Déplacements interdits

dans toutes les directions, excepté Liège et le Limbourg.--Les produits

d'imprimerie, les théâtres, etc., sont soumis à la censure.--Anvers doit

verser aux spoliateurs une contribution de guerre de 50 millions; ce

même chiffre est définitivement arrêté pour Bruxelles; Liège a payé 30

millions; et ainsi de suite!

[Note 74: En beaucoup d'endroits, le mark est même coté 1f30: voir

_Comment les Belges résistent_..., p. 175. (Note de J. M.)]

_Novembre_.--Les Prussiens, parce qu'on a rossé, près de la Bourse, un

mouchard allemand (en civil) et un soldat venu à son aide, condamnent

la ville de Bruxelles à une amende de 5 millions!--Les États-Unis et le

Canada nous envoient de la farine. Le «Comité d'alimentation» s'étend

à tout le pays, que l'incurie allemande laisse dans le dénûment. Cette

impuissance, dans un domaine de première importance, prouve combien le

bluff a surfait l'organisation allemande.--Le Prussien mande aux autorités

communales de ne plus nourrir les ouvriers qui n'acceptent pas du

travail salarié (nos ouvriers refusent de collaborer aux fournitures

_militaires_).--L'heure allemande devient obligatoire; les délinquants

sont frappés d'amendes.--Le serment exigé des gardes civiques pousse à

l'exil un grand nombre de patrons; ils craignent de se voir déportés

en Allemagne, comme cela s'est fait ailleurs, et même aux portes de

la capitale (à Tervueren).--La situation économique s'empire; l'hiver

s'annonce dur... Par suite de la suppression de tout transport, le charbon

s'épuise et enchérit; la bâtisse ne peut reprendre. L'industrie chôme

forcément. Misère.--Tout passeport est refusé aux hommes de 18 à

45 ans.--L'ennemi s'empare du cuivre, du nickel et d'autres métaux

nécessaires à la confection des munitions; fabriques arrêtées par suite

de l'enlèvement de leurs cuves de cuivre.--Vers cette époque commence

le pillage systématique de nos ateliers de construction: l'outillage

industriel (machines-outils) prend le chemin de l'Allemagne. Cela

continuera pendant plusieurs mois! Le matériel emporté représente une

valeur de plusieurs centaines de millions. Ces vols à peine déguisés

rendent le travail impossible dans beaucoup d'établissements, privent de

gagne-pain des centaines de milliers de familles!--Écrasée de charges

extraordinaires, la ville de Bruxelles ne peut commanditer un organisme

intercommunal d'assurance des risques de guerre qui cherche à se

constituer afin de ranimer l'industrie du bâtiment.

_Décembre_.--Le spoliateur von der Goltz part. Le détrousseur von Bissing

arrive. En s'en allant, le premier déclare que la situation en Belgique

est «normale». Toutefois, son successeur annonce qu'il va faire tout son

possible pour restaurer l'activité économique du pays et soutenir les

faibles. Voilà les paroles; nous allons voir les actes.

A peine installé, von Bissing inflige aux provinces belges une nouvelle

contribution de guerre, de 480 millions de francs, payables par

mensualités!--L'envahisseur rétablit la circulation des tramways vicinaux

et prélève la moitié des recettes.--Il vide nos étables.--La presse

étrangère s'indigne de l'avidité prussienne à propos des extorsions

d'argent opérées en Belgique.--Von Bissing place les sociétés où des

étrangers belligérants ont des intérêts sous la surveillance de ses

bureaux. En revanche, il nous apprend que l'Allemagne, l'Autriche et

la Turquie «ne sont pas des puissances étrangères ou ennemies»! Il est

défendu d'inciter quelqu'un à refuser de travailler pour ces États...--Les

amendes pleuvent sur les communes et sur les particuliers. Tout prétexte

est bon. Von Bissing renforce la chasse aux importateurs d'argent. A la

frontière, on échange de force l'or contre des marks.--Le transport des

lettres est prohibé afin d'obliger le public à user de timbres allemands.

--En Italie, en Suisse, en Hollande, au Chili, au Canada, aux États-Unis,

la voracité des Prussiens provoque des manifestations publiques contre eux

et pour les Belges.--L'importation du sel est prohibée, sauf s'il vient

d'Allemagne. Nos Flandres manquent de froment, de seigle, de pommes de

terre, de charbon.--Faim et froid étreignent le pays. Détresse et

dénûment partout.--Von Bissing obtient de l'avancement: il est nommé

général-colonel.--Il destitue la Banque nationale de son privilège

d'émettre du papier-monnaie et le repasse à la Société générale.

--L'assurance des risques de guerre s'organise à Bruxelles en vue de

remettre en train la bâtisse et les industries qui s'y rattachent;

l'esprit de lucre est exclu de cette oeuvre mutualiste.

_Janvier 1915_.--Les étages de nos ministères, dans les salons desquels

siègent les bureaux de l'Usurpation, sont convertis en prison temporaire.

Von Bissing réorganise le service des mouchards et en accroit le

«rendement».

--Le Comité d'alimentation étend ses secours à plusieurs localités

françaises que l'ennemi laisse également dans la détresse.--Von Bissing

réglemente la confection des pâtisseries.--Mieux avisé, le Comité

belge-américain installe des magasins communaux qui mettent un frein à la

hausse des denrées.--En encaissant 40 millions par mois, von Bissing s'est

engagé à ne plus imposer provinces ni communes; mais il s'est réservé le

droit d'infliger des amendes, et il en use immodérément.--Redoublement

de la traque aux apporteurs d'argent d'État.--Il taxe les morts

(permis d'exhumer), les chasseurs, les pêcheurs; il établit un impôt

extraordinaire à charge des citoyens ayant quitté le pays!

--Malgré les efforts du Comité d'alimentation, lequel n'obtient aucune

espèce d'aide des Prussiens, une partie de la nation s'anémie dans les

privations; sans railway, sans automobiles, sans chevaux, même sans

bicyclettes, la distribution des vivres en province devient presque

impossible.--Grâce à l'Assurance mutuelle, la bâtisse reprend. En face

de l'incurie et de la mauvaise volonté de l'occupant, ces réalisations

représentent des efforts admirables.

_Février_.--Von Bissing interdit les réunions politiques, traque les

mobilisés qui partent pour le front et vole le pain des ouvriers

du railway en confisquant les fonds destinés au paiement de leurs

demi-salaires.

--Pour pouvoir donner de la farine à tout le monde, la ration de pain est

limitée dans les villes.--Von Bissing protège le cochon que le paysan

abat, faute de pouvoir l'engraisser. Cette mesure ne sert à rien. Mais

le Comité impose à Bruxelles et à Anvers le pain blanc, ce qui permet de

prélever le son nécessaire à l'élevage des porcs.

--Le gouverneur impérial limite les déplacements dans les différentes

provinces. Il en résulte que 5 millions de Belges se voient claquemurés

dans leurs cantons.--Il soumet à son contrôle les prostituées et prévoit

de fortes amendes: l'argent n'a pas d'odeur!--Des commerces teutons se

multiplient à Bruxelles.

_Mars_.--Sous prétexte d'empêcher la contrebande de guerre, von Bissing

interdit l'exportation de nombreux produits industriels; cela lui permet

de connaître les stocks. Même les transactions intérieures sont soumises

à autorisation, c'est-à-dire entravées pour les Belges.--Accapareurs et

haussiers opèrent librement. Les magasins communaux s'épuisent à cause de

la piraterie en mer. De nouveaux arrivages régulariseront plus ou moins le

marché.--Poursuites et condamnations du chef de recrutement militaire

se succèdent. Pour d'autres motifs, les amendes s'accumulent: les

kommandanturs et les bureaux allemands, encombrés de sinécuristes, battent

la dèche.--Les oeuvres d'assistance et d'entr'aide, créées par les Belges,

font beaucoup de bien: la mendicité diminue de jour en jour. Le Comité

Solvay patronne et subsidie toute initiative intéressante; la solidarité

supprime le paupérisme.

_Avril_.--Pour avoir refusé de réfectionner la route de Malines (abîmée

par le charroi militaire) la ville de Bruxelles est frappée d'une pénalité

de 500.000 marks...

--Grâce à l'activité de la section agricole du «Comité», les terrains

vagues se convertissent en cultures. Une coopérative intercommunale fait

des provisions de vivres.--La Croix-Rouge de Belgique disparaît plutôt

que d'assurer le service civil du corps de santé allemand; l'encaisse est

confisquée et une fausse Croix-Rouge de Belgique est constituée par les

Allemands.

--Un tarif prussien refrène la hausse des vivres et des fourrages. Seule,

l'intendance militaire tire profit de cette mesure, qui demeure lettre

morte pour le public. Le régulateur des comptoirs communaux arrête

l'ascension des prix: ils restent néanmoins en hausse.

_Mai_.--Les extorsions d'argent continuent en raison des besoins des

budgétivores qui se casent en Belgique. C'est vraiment du brigandage. En

Hollande, en Angleterre, des agents allemands substituent nos billets à

leurs marks dépréciés. La Deutsche Bank, de Bruxelles, ratisse la monnaie

d'or et les billets par l'appât d'une prime. Le billon de nickel est

drainé également.

-Von Bissing met à la ration nos prisonniers en interdisant de leur

envoyer plus de 5 kilogrammes de vivres par mois.--Le pain renchérit

encore. En Flandre, la ration tombe à 200 et 175 grammes. Sur tous les

points du pays, on constate l'affaissement physiologique des ouvriers et

des ouvrières, ce qui les rend moins résistants à la fatigue et diminue

leur production. Des émeutes provoquées par la cherté des vivres éclatent

à Liège: les baïonnettes prussiennes aident la police à rétablir

l'ordre... Toutefois, le pain et les denrées sont tarifés.

_Juin_.--Dans un communiqué publié par la presse à tout faire, von Bissing

expose comment ses «intentions de faire renaître la vie économique en

Belgique sont remises en question»: c'est la faute aux ouvriers de

l'arsenal de Malines! Ils refusent de reprendre le travail. Voilà pourquoi

ledit gouverneur pressure et affame le pays! Si l'on travaillait à

l'atelier de Malines, la Belgique entière serait un paradis! Rien de plus

simple! Mais voici la vérité: afin que tout le personnel prussien soit

disponible pour les travaux urgents d'une grande ligne _militaire_ allant

d'Aix-la-Chapelle à Bruxelles, par Visé et Louvain, les ouvriers belges

des arsenaux de Gand, de Malines, de Jemelle, de Luttre, etc., furent

sommés de reprendre le travail. Pour les y contraindre, à Gand on a arrêté

leurs femmes; à Malines on les isole et, avec eux, tout le district.

En attendant, la nouvelle ligne n'avance guère! D'où la fureur de von

Bissing! Il était clair qu'il ne se serait pas fait une telle bile s'il

se fût agi, comme il le dit mensongèrement, de l'intérêt des populations

belges! Les intérêts allemands, voilà uniquement ce dont il s'occupe.

--Le Prussien fixe un tarif des viandes dont bénéficie seule l'intendance

prussienne, aux abattoirs.

_Conclusion_.--Les gouverneurs impériaux ne sont que des pantins: Berlin

tire les ficelles. C'est l'Allemagne qui administre la Belgique, et sa

science d'organisation devait étonner le monde. Elle l'étonne, en effet,

et l'indigne, par son impuissance à réparer les maux de la sauvagerie

militaire. _L'Allemagne excelle uniquement à piller et à affamer le pays,

à en extraire des tonnes de vivres et des milliards de francs, à voler son

outillage et à détruire le reste [75].

Notre revanche consistera à mettre dehors les fournisseurs alboches,

à boycotter leur commerce et leur industrie. La nouvelle orientation

économique nous tournera vers les produits français, anglais, italiens,

etc., etc.; en outre, nous favoriserons les initiatives nationales qui se

créent pour expulser du marché belge les Allemands._

[Note 75: Le même brigandage s'opère dans le nord de la France, ainsi

qu'en Pologne.]

Leur geste consiste à nous mettre sous le nez un browning... puis un prix

courant. Notre réponse sera le coup de pied au derrière.

(_La Vérité_, n° 5, 12 juin 1915, p. 2.)

Il sera intéressant pour le lecteur d'apprendre avec quelle désinvolture

les autorités allemandes, emportées par leur besoin d'extorsion, violent,

à deux jours de distance, les engagements souscrits par elles-mêmes. Les

pages suivantes sont extraites de la brochure sur M. Max:

La contribution de guerre et les réquisitions.

L'autorité allemande avait dès le début considéré M. Adolphe Max comme le

bourgmestre de toute l'agglomération bruxelloise, c'est-à-dire de

quinze communes qui, au point de vue légal, sont des administrations

indépendantes et ne relèvent que du Gouvernement. Le représentant de

celui-ci, M. Béco, gouverneur du Brabant, était parti avant l'entrée des

troupes allemandes à Bruxelles. Le Gouvernement était dans le refuge

d'Anvers. C'est sur Bruxelles que retombait tout le poids de l'occupation

des armées étrangères, du maintien de l'ordre, des réquisitions et de la

formidable contribution de guerre imposée par les envahisseurs! M. Adolphe

Max fit de courageuses tentatives pour adoucir les conditions imposées,

témoin ce document:

«Comme suite à l'acte du 20 août 1914 arrêté par le capitaine Kriegsheim

et le bourgmestre de la ville ont eu lieu des pourparlers aujourd'hui

entre le général-major von Jarotzky, gouverneur de Bruxelles, et le

bourgmestre au sujet des 50 millions exigés.

«Le bourgmestre a déclaré qu'il n'est pas en état, malgré la meilleure

volonté, de procurer la somme totale. Par contre, il s'engage à payer en

déduction tout de suite la somme de _1 million 500.000_ et dans le délai

de huit jours d'autres sommes s'élevant ensemble à _18 millions 500.000_.

«Il a ajouté qu'il considérait comme une impossibilité de fournir la somme

de 50 millions et il a sollicité la diminution du montant.

«Le gouverneur a déclaré qu'il n'avait pas de mandat à cet effet, mais il

a promis d'introduire auprès du commandant supérieur de l'armée une motion

en rapport avec la situation, aussitôt que les 20 millions visés ci-dessus

seraient payés. Le bourgmestre a acquiescé à cette solution.

«Le bourgmestre a, en outre, fait remarquer que c'était tant au nom de

Bruxelles que de quinze communes-faubourgs qu'il agissait concernant

l'indemnité de guerre réclamée, mais qu'il ne pouvait être responsable

des désordres ou des actes d'hostilité s'il s'en produisait en dehors du

territoire de la ville, les faubourgs n'étant pas soumis légalement à son

autorité. Le gouverneur a donné sa parole que chaque commune serait rendue

responsable de tous désordres qui se produiraient chez elles.

«Le gouverneur a ajouté, sur la demande du bourgmestre, que, pendant le

délai de huit jours, il ne sera plus fait, par l'autorité allemande, de

réquisitions en vivres ou approvisionnements soit à charge de la ville et

des faubourgs, soit à charge de leurs habitants, et ce afin de préserver

la population de la famine.

«Bruxelles, le 24 août 1914.

«_Le Gouverneur_, «Adolphe MAX,

«VON JAROTZKY. «_Bourgmestre_.

«GRABOWSKY, _Conseiller aulique_.»

Les réquisitions imposées le 20 août cessèrent le 24: l'agglomération

bruxelloise, qui compte près de 800.000 habitants, était menacée de

manquer de vivres. L'avis suivant fut affiché:

La Presse Clandestine dans la Belgique Occupée · 第 104 / 112 题