Pour donner une idée du genre de relations qui ont paru en Belgique, nous
copierons les trois premiers numéros des _Pages du Livre des douleurs de
la Belgique_. Cette série a paru d'abord dans _La Soupe_ (n°. 276, 280,
315, 322, 403, 442, 449), puis en une brochure séparée (voir p. 20).
Dans les Fonds-de-Leffe, près de Dinant[54].
[Note 54: C'est le village dont parle le soldat allemand Philipp, dans
BÉDIER, _Les Crimes allemands_, p. 12 et fac-similé 4. Ce soldat cite
quelques détails abominables. Voir aussi BÉDIER, _Comment l'Allemagne
essaye de justifier ses crimes_, p. 17, (Note de J. M.)]
Les Allemands occupaient les villages du plateau, Sorinne, Thynes,
Lisogne, etc., depuis le 14 ou le 15 août. Le 15 il y avait eu un combat à
Dinant entre Allemands et Français.
Le samedi 22 ils arrivent dans la partie d'amont des Fonds-de-Leffe, près
du château de M. Boucher. Ils entrent dans une maison en disant à la
femme: «Votre mari a tiré sur nous; nous venons de le voir dans les
buissons.--C'est impossible, répondit-elle, mon mari est absent; il est à
la guerre.» Dans une deuxième maison, même accusation: là aussi le mari
était parti comme soldat.
Dans une troisième habitation ils trouvent le père et le fils Jacquet:
«Vous étiez derrière votre maison, disent les Allemands, d'où vous avez
tiré sur nous.--Non, nous ne sommes pas sortis, et nous n'avons d'ailleurs
pas d'armes.--Vous mentez, venez avec nous.» On leur lie les mains
derrière le dos et on les emmène.
Dans une autre maison, ils prennent, toujours sous le même prétexte, un
marbrier nommé Bertulot.
En même temps deux autres groupes de soldats descendent de Lisogne et de
Thynes; les premiers amènent huit hommes prisonniers, les seconds deux
seulement.
D'autres troupes, au lieu de descendre directement dans la vallée,
continuent par la route de Liège à Dinant. Eux aussi font prisonniers
indistinctement tous les hommes qu'ils trouvent dans les maisons,
notamment Louis Neiper et son fils, âgé de treize à quatorze ans. Arrivés
devant la rangée de trente-trois petites maisons qui bordent la route dans
le fond de la vallée, ils tirent des centaines de coups de feu dans les
fenêtres.
Ce jour-là ils ne commettent pas d'autres méfaits.
Le dimanche 23 août, dès le matin, ils arrivent par milliers, descendant
du plateau dans la vallée.
Les trois hommes des Fonds-de-Leffe, pris la veille, les huit de Lisogne
et les deux de Thynes, sont menés dans la prairie de M. Capelle. On en lie
un à un arbre et on le tue à coups de fusil. Le cadavre est détaché, et.
on en lie un second à l'arbre; il est fusillé. Et ainsi de suite jusqu'au
treizième qui a vu abattre successivement ses douze compagnons.
Pendant que cette exécution se poursuit, les Allemands fouillent les
maisons et s'emparent systématiquement de toute la population masculine
âgée de plus de treize ou quatorze ans. Dès qu'un groupe de soldats a
capturé une demi-douzaine de civils, on les met contre un mur et on les
fusille. Parfois le supplice a lieu en présence des femmes, des mères,
des soeurs, des enfants. Lorsque les femmes n'assistent pas directement
à l'exécution, on s'arrange tout au moins pour qu'elles soient dans le
voisinage immédiat et qu'elles ne perdent rien des supplications des
hommes, des jurons des officiers et des feux de peloton qui abattent les
victimes.
Mon père et ma mère, ma soeur, mon beau-frère et leurs enfants s'étaient
réfugiés chez nous. Tout à coup les soldats entrent et ordonnent à mon
mari, à mon père et à mon beau-frère de les suivre; on les ajoute à un
groupe de quatre autres hommes et on les conduit contre le moulin de M'me
Coppée. Nous avons entendu les cris poussés par les malheureux; chacune de
nous reconnaissait la voix de son mari ou de son père. Puis les coups de
feu: des gémissements inarticulés; encore quelques coups de fusil. C'était
fini.
Nous étions serrées les unes contre les autres, tremblantes, sans parler,
sans pleurer. On a alors amené quatre autres hommes, parmi lesquels j'ai
vu un frère de mon mari; il s'était caché depuis le matin dans une hutte
sur le coteau boisé à gauche des Fonds-de-Leffe; mais les Allemands ont
avec eux des chiens dressés à la chasse à l'homme, qui vont dépister les
fuyards. Quelques instants après, des détonations nous disaient que le
supplice était accompli.
Puis nous avons été traînées, avec une centaine de femmes et d'enfants,
dans le moulin de Mme Coppée. Nous avons dû passer auprès des fusillés; on
ne nous permettait pas de nous arrêter; j'ai pourtant reconnu mon père,
dont le crâne était ouvert.
Nous sommes restées enfermées dans le moulin, jusqu'au mercredi 26 août,
sans pouvoir sortir. On ne nous a pas donné la moindre nourriture, ni pour
nous ni pour nos petits enfants. Mais quand la soif nous torturait par
trop, on allait chercher pour nous de l'eau du ruisseau, de l'eau toute
sale. Plusieurs fois, pendant ces quatre jours, les soldats apportèrent
de la paille devant les fenêtres, et y mettaient le feu, pour nous brûler
vives, disaient-ils. D'ailleurs, le dimanche, les officiers nous avaient
déjà averties que si on ne réussissait pas à chasser les Français de
Dinant, nous serions toutes fusillées.
Après nous avoir enfermées dans le moulin, les soldats descendent plus bas
dans la vallée et continuent à capturer tous les hommes pour les fusiller.
Ils pillent à fond toutes les maisons. Ils mettent aussi le feu, dans la
rangée de trente-trois habitations, aux dix maisons les plus proches de
nous. S'ils n'allument pas les autres, c'est qu'ils se sont rendu compte
qu'en agissant ainsi, ils interceptaient toute communication entre
les Fonds-de-Leffe et Dinant dans la vallée de la Meuse, puisque les
Fonds-de-Leffe sont tellement étroits qu'il n'y aurait pas eu moyen de
passer à côté des maisons en flammes.
L'après-midi de ce même jour, le dimanche 23, les Allemands avaient fait
venir huit hommes de Dinant pour enterrer les fusillés des Fonds-de-Leffe.
Le soir, les soldats ordonnent à ces huit hommes de creuser chacun une
fosse, puis ils en fusillent quatre et les font enterrer par leurs quatre
compagnons; ils se préparent à fusiller aussi ces survivants, lorsqu'un
officier qui passe leur fait grâce, à la condition que les jours suivants
ils continueront à enterrer les cadavres.
Le dimanche soir, les Allemands avaient donc fusillé, sans aucune
exception, tous les hommes qu'ils s'étaient procurés dans les
Fonds-de-Leffe. Mais il en restait quelques-uns de cachés, que les chiens
n'avaient pas pu découvrir. Le lendemain lundi on en trouva dix-sept.
Ceux-ci furent amenés sur le talus près de la Cliche de Bois, un cabaret à
l'entrée de la ville, en face de l'abbaye des Prémontrés. Un officier les
plaça devant un peloton de soldats et commanda le feu. Mais la plupart des
soldats tirèrent en l'air; les hommes, croyant se sauver, se laissèrent
tous tomber et firent le mort. Seulement, l'officier avait remarqué la
supercherie. Il fit avancer une mitrailleuse. Puis il dit à haute voix en
français que ceux qui n'étaient pas morts pouvaient s'en aller, qu'on ne
leur ferait plus de mal. A peine se furent-ils relevés que la mitrailleuse
les faucha.
Le dimanche matin, la population des Fonds-de-Leffe comprenait 251 hommes
et garçons. Le lundi soir 243 avaient été fusillés. Aucun de ceux qu'on
avait pris n'avait été épargné. Les huit qui ont échappé au massacre
avaient réussi à s'enfuir et ils ne sont revenus que longtemps après.
Heureusement que beaucoup de fils et de maris sont partis avec l'armée et
combattent sur l'Yser. Singulière guerre, où ceux qui sont soldats sont
moins exposés que les trop jeunes, les trop vieux et les infirmes, restés
à la maison.
Il n'y a donc plus guère dans les Fonds-de-Leffe que des femmes et des
enfants. Nous vivons comme nous pouvons dans les maisons saccagées, dont
les portes et les fenêtres, fracturées par les Allemands, ont été réparées
tant bien que mal à l'aide de planches et de cartons bitumés.
La fabrique est rouverte, et j'y ai du travail trois jours toutes les deux
semaines. Grâce au Comité national de secours et d'alimentation, et au
Comité dinantais qui s'est constitué à Bruxelles, nous avons de la soupe,
du pain, des vêtements, du charbon. Tout le monde est misérable, mais
personne n'est mort de faim.
Bien plus à plaindre sont nos enfants qui ont assisté au massacre d'août.
Presque chaque nuit ma petite s'éveille en criant: «Maman, sauvons-nous,
ils viennent de nouveau tuer papa, bon-papa et les oncles!»
A Sorinne, près de Dinant.
Les Allemands sont arrivés chez nous le 14 août au début de l'après-midi,
par Foy-Notre-Dame.
Le 15, ils sont allés combattre sur les hauteurs qui couronnent Dinant;
vers 16 heures ils sont revenus furieux et affamés. Ils exigeaient à boire
et à manger, mais n'attendaient pas qu'on le leur donnât; ils fracturaient
les portes et les fenêtres pour pénétrer plus vite dans les maisons. Ils
ne laissèrent pas la plus petite croûte de pain ni le moindre bout de lard
dans le village. Quand tout fut mangé ils tuèrent les porcs, les vaches,
les poules. Bref le village fut totalement dévalisé. Cela dura jusqu'au
jeudi 20.
Le 20, ils combattirent du côté de Thynes et d'Awagne, mais ils furent
repoussés. Ils revinrent l'après-midi, de nouveau furieux. Vers 17 heures,
nous avons entendu deux (ou trois) coups de canon, tirés tout près du
village. Une demi-heure après, quelques soldats entraient brusquement
dans chaque maison et commandaient à tout le monde de sortir. Ils ne nous
laissèrent pas le temps de mettre un chapeau ou des souliers; il fallait
s'en aller tel qu'on était. Pas un villageois ne resta dans une maison.
Nous fûmes tous conduits chez Moret, marchand de bétail, où nous fûmes
enfermés dans les écuries, les granges, les hangars, les greniers.
Le soir, on nous fit sortir et on nous aligna tous, hommes, femmes,
enfants, vieillards, contre un mur; puis ils amenèrent notre curé, les
mains liées derrière le dos. Il nous dit: «Mes chers paroissiens, nous
allons tous être fusillés demain matin. Faisons un acte de contrition.
Ceux qui auront la chance d'échapper feront plus tard une confession
complète.»
Puis on nous fit rentrer dans les bâtiments de Moret où nous avons passé
la nuit. On nous fouilla pour chercher des armes, qu'on ne trouva pas,
mais on nous prit tous les objets durs que nous avions sur nous, jusqu'à
nos clefs.
Le 2l, vers 9 heures du matin, nous fûmes de nouveau alignés contre le
mur. En face de nous il y avait des milliers de soldats. La haie avait été
coupée sur l'autre côté de la route, et dans la prairie des mitrailleuses
étaient braquées vers nous. Un aumônier allemand, parlant le français,
passa devant nous et serra la main aux hommes.
Puis un colonel arrive et dit en français que pour avoir tiré sur les
troupes allemandes, nous méritons d'être tous fusillés; mais que nous
serons seulement emmenés prisonniers en Ardenne. Il ajoute que nous serons
dorénavant tous pauvres et malheureux (nous n'avons pas compris alors ce
qu'il voulait dire).
On nous renvoie ensuite dans les bâtiments de Moret. Nous sommes alors
environ 700, car à nous ont été joints: 1° les habitants de Sorinne qui
s'étaient enfuis la veille quand on avait tiré les coups de canon, et qui
s'étaient cachés pendant la nuit dans les bois et dans les haies, mais
avaient été rattrapés le matin; 2° des habitants de Gemechenne, des
Fonds-de-Bouvigne et d'autres hameaux du voisinage, ainsi que deux Pères
prémontrés de l'abbaye de Leffe, qui sont, je crois, des Anglais.
Quoiqu'on nous eût fouillés la veille au soir, et qu'on se fût assuré
que nous n'avions pas d'armes, les fenêtres et les portes durent rester
fermées pendant cette journée extrêmement étouffante. Ceux d'entre nous
qui devaient sortir pour un besoin étaient accompagnés de soldats,
baïonnette au canon. Nous sommes restés enfermés ainsi, sans boire et sans
manger, jusqu'au samedi soir 22 août. Alors nous avons reçu chacun un
petit morceau de viande, à moitié crue, provenant d'un cochon qu'on venait
de tuer.
Le 22 août, vers 22 heures, on nous fit tous descendre, et on nous dit que
nous allions être emmenés. En même temps on commençait à mettre le feu au
village. Nous sommes partis en cinq groupes:
Premier groupe: les femmes ayant de petits enfants, dans des chariots
conduits et escortés par des soldats;
Deuxième groupe: les enfants de sept à treize ou quatorze ans, à pied;
Troisième groupe: les jeunes filles et les femmes non accompagnées de
petits enfants;
Quatrième groupe: les vieillards;
Cinquième groupe: les hommes. Ceux-ci ont dû marcher, en zigzag sur la
chaussée, les bras et la tête levés. Dès qu'on laissait retomber les
mains, on recevait des coups de crosse. Le curé et le bourgmestre, M. le
baron de Villenfagne, avaient les mains liées derrière le dos. C'était
surtout à ceux-ci et aux deux Pères blancs de Leffe qu'on en voulait.
On prétendait que c'étaient eux qui avaient organisé les attaques de
«francs-tireurs» (notez que pas un civil n'avait tiré un coup de feu),
et on menaçait à chaque instant de les fusiller. A droite et à gauche
marchaient des soldats. De temps en temps les officiers tiraient dans la
nuit des coups de revolver et accusaient aussitôt les hommes d'avoir tiré.
Or ils ne nous avaient pas même laissé une clef.
Le dimanche 23, après trois ou quatre heures de marche, au milieu de la
nuit, on arrive à Leignon. Les chariots retournent aussitôt à Sorinne
pour prendre trois malades incapables de marcher, notamment un vieillard,
Joseph Hardy, qui mourut le lendemain. Ces malades avaient passé la nuit
en plein air à Sorinne. Parmi eux se trouvait Émile Haulo, qui s'était
blessé et ne pouvait pas marcher. A Leignon les Allemands l'enlevèrent du
chariot et le jetèrent à l'entrée de l'église, puis lui ordonnèrent d'y
entrer; comme il ne marchait pas assez vite à leur gré, ils lui percèrent
la cuisse d'un coup de baïonnette.
Nous sommes restés dans l'église de Leignon, couchés sur la paille,
jusqu'au 1er septembre. Deux autres d'entre nous y sont morts: un petit
enfant, Émile Gauthier, et un vieillard, Michel Monin. Pendant ces neuf
jours, les sentinelles qui étaient avec nous dans l'église tiraient de
temps en temps, toujours pendant la nuit, des coups de fusil pour nous
effrayer; ils menaçaient alors de tuer tout le monde, en commençant par
le curé, les Pères blancs et le bourgmestre. Le curé, les mains liées
derrière le dos, avait été jeté dans un confessionnal; on le tirait de là,
plusieurs fois certains jours, pour le cravacher devant ses paroissiens.
On nous apportait des pommes de terre cuites, mais le curé ne recevait
rien; nous le nourrissions en cachette; il fallait lui mettre les pommes
de terre dans la bouche, car on ne lui délia jamais les mains.
A plusieurs reprises, on fit mettre tous les hommes d'un côté de l'église
et les femmes de l'autre, puis on amenait le curé, le bourgmestre et les
deux Prémontrés, pour les fusiller. On les battait, puis on renvoyait
l'exécution à plus tard. Le curé et le bourgmestre avaient le corps tout,
bleu de meurtrissures.
Le 1er septembre, un officier vint demander au curé s'il était vrai que
les soldats l'avaient battu, promettant de faire fusiller immédiatement
les coupables. Mais le curé assura que rien de désagréable ne lui était
arrivé de la part des soldats.
Puis chacun de nous dut donner aux Allemands tout son argent. Les soldats
déclaraient que, si la moindre pièce de monnaie était encore trouvée sur
quelqu'un, il serait fusillé séance tenante. A midi, les femmes et les
enfants durent sortir de l'église, et on rendit à chacune l'argent qu'elle
avait remis le matin aux soldats. Elles furent mises en liberté, mais avec
défense de retourner vers Sorinne ou vers Dinant. La plupart d'entre
elles allèrent à Ciney. Puis 94 hommes furent conduits à Hotton, où
ils restèrent quatre jours sans manger. On les remit en liberté le 5
septembre. Quand ils passèrent à Marche-en-Famenne, comme le couvre-feu
était déjà sonné, ils furent de nouveau coffrés jusqu'au lendemain. Les
autres hommes furent relâchés, mais il leur était aussi défendu de rentrer
chez eux. Ils allèrent à Ciney auprès des femmes et des enfants.
Après trois semaines, ils reçurent un passeport leur permettant de
s'éloigner pour un jour. Ceux qui allèrent à Sorinne constatèrent que
toutes les maisons sans exception étaient brûlées, ainsi que les étables,
les écuries, les granges, les meules, les abris à foin; bref, tout ce qui
pouvait être incendié était réduit en cendres. Il ne restait debout dans
tout le village que le château, une ferme et l'église. Encore celle-ci
avait-elle été dévalisée: le tabernacle avait été forcé et violé; le
calice, les crucifix, les chandeliers et tous les autres ornements avaient
été enlevés.
Du bâtiment Moret, où nous avions été emprisonnés, il ne restait que les
murs. Nous avons appris alors le sort de trois hommes qui n'avaient pas
été avec nous à Leignon. Ils étaient restés cachés chez Moret. L'un, le
berger de la ferme de Gemechenne, s'était aventuré à sortir quand il avait
cru que le danger était passé, mais il avait été fusillé sur-le-champ.
Les deux autres, Jules et Albert Houzieaux, forgerons, avaient été
repoussés dans la maison par les soldats et brûlés vifs.
Le martyre d'un soldat belge.
Les Allemands protestent avec indignation quand on les accuse d'avoir
achevé des blessés ou maltraité des prisonniers de guerre. Tout au plus
consentent-ils à admettre que des individus isolés, loin des officiers,
aient pu commettre des actes répréhensibles; mais, ajoutent-ils, ces
soldats agissaient sous l'empire de la légitime exaspération produite par
les «attaques de francs-tireurs» et par les «ignominies que de paisibles
commerçants allemands avaient subies à Bruxelles et à Anvers».
Voici un récit datant de la nuit du 4 au 5 août 1914.
La déclaration de guerre est arrivée à Bruxelles le 4 août, à 7 heures du
matin. L'armée allemande était entrée en Belgique dans la nuit précédente;
dès le soir du 4 août, elle tentait un coup de main contre Liège. Les
soldats dont voici les aventures combattaient dans l'intervalle entre deux
forts.