ÉPOQUES ACQUITTEMENTS

Condamnations Acquittements Ordonnances

simples de non-lieu

Jusqu'au 30 avril 1915. 1.215 167 1.310

Du 1er mai au 31 juillet 894 141 567

Du 1er août au 31 octobre 1.206 184 973

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TOTAUX 3.315 492 2.850

Ce qui fait 3.342 acquittements contre 3.315 condamnations.

De ces chiffres, il ressort que le nombre des acquittements dépasse

celui des condamnations et que les tribunaux allemands prononcent leurs

sentences impartialement et ne s'inspirent que de l'esprit du droit et de

justice. Chaque juriste admettra que la statistique comporte un caractère

qu'on trouverait favorable, même en temps de paix, et qu'elle atteste un

esprit de tolérance dans le droit et non une application arbitraire de la

loi.

(_L'Écho belge_, 16 février 1916, p. 1, col. 3.)

Le journal vraiment belge (paraissant en Hollande) auquel nous empruntons

le communiqué, fait remarquer que sur 3.342 acquittements, il y a 2.850

ordonnances de non-lieu. «Ce que ceci prouve? ajoute-t-il: que les Belges

sont arrêtés à tort et à travers, uniquement pour semer la terreur parmi

la population.»

Faut-il s'étonner, devant cette rage d'arrestations, qu'on ait jeté en

prison de paisibles scouts?

Une amusante méprise.

Douze instituteurs de la ville viennent d'être arrêtés dans la forêt de

Soignes et d'être conduits par des uhlans à la prison de Saint-Gilles où

ils ont été retenus pendant quarante-huit heures. Après quoi on les a

relâchés sans leur faire d'excuses, leur innocence ayant pu être aisément

établie.

Ne riez pas, l'histoire est tout à fait sérieuse. Ces douze professeurs

ont été, deux jours durant, accusés de se livrer à l'espionnage. Et leurs

familles ont pu croire un moment qu'elles ne les reverraient plus.

Ce qu'ils faisaient dans la forêt de Soignes? Du scouting tout simplement.

Ces instituteurs ambitionnaient de devenir scoutmasters après la guerre

et ils commençaient, sous la direction d'un vétéran, leur initiation. Un

cycliste teuton, les ayant surpris tandis qu'ils travaillaient ainsi en

commun, trouva leur attitude suspecte. Il s'en fut, aussi vite que le lui

permettait sa bécane, prévenir le poste le plus voisin que des espions se

trouvaient dans la forêt à tel endroit qu'il désigna. Quelques minutes

plus tard, trois uhlans à cheval apparaissaient dans la clairière où les

instituteurs s'exerçaient et procédaient à leur arrestation. Ils eurent

beau expliquer qu'en se livrant aux joies du scouting ils ne faisaient

rien que de parfaitement licite, les trois cavaliers ne «foulurent rien

zavoir». Ils escortèrent les douze fonctionnaires de la ville jusqu'à

la prison de Saint-Gilles où on les mit tous au secret. Il fallut

quarante-huit heures à la police allemande pour constater qu'il y avait eu

là, une fois de plus, un regrettable excès de zèle.

L'Administration de M. von Bissing est si paternelle!!!

(_La Libre Belgique_, n'o 43., septembre 1915, p. 4, col. 2.)

A la suite de cette sotte équipée, le gouverneur de Bruxelles prit son

mémorable arrêté du 21 août 1915:

Arrêté.

Les sorties en groupe, cortèges et, en général, toute réunion publique

quelconque, organisés par les boy-scouts ou d'autres sociétés du même

genre, avec ou sans insignes, ne sont permis qu'avec mon autorisation

expresse.

En cas de contravention au présent arrêté, les organisateurs et tous les

participants sont passibles d'une peine d'emprisonnement de trois mois au

plus et d'une amende pouvant aller jusqu'à 500 marks, ou d'une de ces deux

peines à l'exclusion de l'autre.

Si les contrevenants jouissent de l'impunité, leurs parents, tuteurs,

maîtres, etc., seront rendus responsables à leur place.

Les contraventions seront jugées par les autorités ou tribunaux militaires

allemands.

Bruxelles, le 21 août 1915.

_Le Gouverneur de Bruxelles_,

VON KRAEWEL,

_Général-Lieutenant_.

Or, le même jour, l'autorité allemande de Bruxelles défendait à nos

policiers d'arrêter aucun Allemand, sauf en cas de flagrant délit lors de

la perpétration d'un crime (_La Libre Belgique_, n'o 49, octobre 1915).

La comparaison est piquante entre les procédés de la police allemande,

arrêtant tout le monde sous le moindre prétexte et sans le moindre

prétexte, et les entraves qu'on met à l'exercice de la police belge.

Pour finir, disons que le fait d'avoir été en prison n'est plus du tout

regardé en Belgique comme infamant. Loin de là; la possession d'un casier

judiciaire allemand est un titre à la considération publique. Le moment

approche où l'on montrera du doigt, comme suspect, celui qui n'a jamais

été arrêté. Ci un articulet de _La Libre Belgique_:

Petites nouvelles.

A Bruxelles.--Il y a en ce moment, à Saint-Gilles, 170 civils internés

sous des prétextes quelconques, la plupart sans aucun fondement sérieux.

Parmi ces prisonniers deux prêtres auxquels les Allemands reprochent leur

langage trop patriotique. Si l'occupation allemande continue quelque temps

encore, le fait d'avoir été interné à Saint-Gilles deviendra bientôt un

certificat d'honorabilité exceptionnelle.

(_La Libre Belgique_, n° 7, mars 1915, col. 2.)

A Anvers, aller en prison se dit «passer ses vacances à l'Hôtel des

Patriotes». _La Belgique_ (de Rotterdam) a donné dans ses numéros du 25

octobre au 12 novembre 1915 une intéressante relation faite par un de

ses correspondants anversois qui a passé par cette villégiature. Le plus

piquant est que, pendant sa réclusion, le collaborateur de _La Belgique_

trouva moyen d'envoyer sa copie au journal prohibé dont _La Belgique_

donne un fac-similé de l'en-tête (voir pl. VI). Pour comble d'ironie,

cette feuille clandestine, conçue dans une prison, s'appelle _De Vrije

Stem (La Voix libre)_; elle déclare que les bureaux et la rédaction

siègent: Hôtel des Patriotes, rue des Béguines, 42 (c'est l'adresse de

la prison); comme adresse télégraphique elle donne: Kommandantur

Anvers--Malines. Elle ajoute, suivant la formule consacrée d'il y a

quelques siècles, qu'elle paraît «avec grâce et privilège».

Une dame de nos connaissances, enfermée inopinément à la prison d'Anvers,

se plaignait de son sort à l'infirmière qui la soignait. «Oh! Madame! lui

dit celle-ci, ne vous en faites pas pour ça! Depuis que les Allemands

occupent Anvers, notre clientèle n'est plus du tout ce qu'elle était

avant: nous ne recevons plus, maintenant que des gens du meilleur monde!.»

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La Presse Clandestine dans la Belgique Occupée · 第 78 / 112 题