ORDRE

_A partir d'aujourd'hui la ville ne peut plus accorder de secours--

quel qu'il soit, même pour les familles, femmes et enfants qu'aux seuls

ouvriers qui travaillent régulièrement à des travaux militaires et autres

ouvrages imposés.

Tous les autres ouvriers et leurs familles ne pourront plus désormais être

secourus en aucune façon._

(_La Libre Belgique_, n° 39, août 1915, p. 2, col. 1.)

* * * * *

Un autre article du même numéro de _La Libre Belgique_ est aussi à

signaler:

Avis important.

Nous tenons de source absolument certaine que plusieurs Allemands

parcourent le pays, achetant et commandant des sacs aux paysans, aux

ouvriers et aux ouvrières. Ces sacs ne sont nullement destinés au

commerce, mais à un usage militaire: remplis de sable, ils serviront soit

à construire des abris, à faire des barrages dans les canaux ou même à

combler ceux-ci à certains endroits. Attention donc! Il ne faut pas que

les Belges involontairement servent l'armée allemande et lui fournissent

des armes défensives ou autres. Nous prions donc nos lecteurs de bien

vouloir faire répandre partout cet avis.

Nous savons qu'il suffira que les ouvriers belges soient avertis pour

qu'ils fassent leur devoir en refusant le gain qui leur est offert. Leurs

héroïques compagnons de Luttre et de Malines et d'ailleurs leur ont donné

un exemple magnifique et qui sera suivi.

La Convention votée à La Haye en 1907 à l'unanimité du monde civilisé

interdit aux armées belligérantes et occupantes de forcer les civils

à travailler pour les troupes ennemies, sauf pour les besoins de

l'alimentation. Cet article est clair et ne prête à aucune équivoque,

comme le prétendent les autorités allemandes pour les besoins de la cause.

(_La Libre Belgique_, n° 39, août 1915, p. 4, col. 1.)

A Halluin, le commandant de place dit cyniquement son intention de ne pas

permettre aux habitants de protester lorsque les Allemands enfreignent

l'article 52 de la Convention de La Haye. A Roubaix, la Kommandantur

se propose d'emprisonner les ouvriers récalcitrants et de déporter les

notables [49]. A Gand, précisant une ordonnance antérieure [50], le

commandant de l'étape rappelle que les Belges n'ont le droit d'invoquer ni

les lois belges ni les conventions internationales:

[Note 49: _Comment les Belges résistent_..., p. 225.] [Note 50:

_Ibid_., p. 139.]

Arrêté concernant les mesures destinées à assurer l'exécution des

travaux dans lesquels l'Administration militaire allemande a de

l'intérêt.

Dans les derniers temps les ouvriers de différentes villes du rayon de

l'étape ont refusé, sans motif, de se conformer aux ordres des commandants

militaires allemands prescrivant l'exécution de travaux urgents. Les

récalcitrants ont par là occasionné de graves préjudices aux communes en

question ainsi qu'à leurs concitoyens.

Pour éviter pareils incidents, et en vue de lancer un avertissement

général, j'ordonne ce qui suit:

1.--Quiconque, sans motif, refuse d'entreprendre ou de continuer

un travail conforme à sa profession, et dans l'exécution duquel

l'Administration militaire allemande a de l'intérêt, travail ordonné par

un des commandants militaires allemands, sera--s'il est personnellement

à même de faire cette besogne--passible d'une peine d'emprisonnement

correctionnel d'un an au plus.

Aussi peut-il être déporté en Allemagne.

Le fait que l'on invoque des lois belges soi-disant contraires ou même des

conventions internationales ne peut, en aucun cas, justifier le refus de

travailler. Au sujet de l'admissibilité du travail exigé, le commandant a

seul droit de prendre une décision.

2.--Est passible d'une peine d'emprisonnement de cinq ans au plus

quiconque, par contrainte, menaces, persuasions ou autres moyens, tente de

décider une autre personne au refus désigné au paragraphe 1 sous menaces

de peines.

3.--Quiconque, sciemment, par des secours ou d'autres moyens, favorise le

punissable refus de travailler, sera passible d'une amende pouvant aller

jusqu'à 10.000 marks; en outre, il pourra être condamné à une peine

d'emprisonnement d'un an au plus.

Si des communes ou associations se sont rendues coupables d'une telle

transgression, les chefs en seront punis en conséquence.

4.--Indépendamment des pénalités, dont menacent les paragraphes 1-3

ci-devant, les autorités allemandes pourront, au cas de besoin, imposer

aux communes, où, sans motif, l'exécution d'un travail a été refusée, une

contribution ainsi que d'autres mesures coercitives de police.

5.--Le présent arrêté entre immédiatement en vigueur. Gand, le 12 octobre

1915.

_Der Etappeninspekteur_,

VON UNGER, Generalleutnant.

(_L'Écho belge_, 26 octobre 1915, p. 1, col. 4.)

Dans le n° 42, _La Libre Belgique_ raconte le conflit survenu entre

l'autorité allemande et le maire de Lille (_Un bel exemple de

patriotisme_), et il donne aux Bruxellois des conseils de sagesse et de

modération, mais en même temps de fermeté.

Aux patrons et aux ouvriers.

Les Allemands commencent à user à Bruxelles des procédés odieux et

illégaux qu'ils ont employés à Menin, Luttre, Roubaix, Lille, etc., afin

de forcer la population à travailler pour le compte du Gouvernement et de

l'armée ennemis.

La Convention de La Haye défend expressément à l'occupant de contraindre

les habitants d'un pays de travailler pour l'ennemi. Elle lui ordonne

également de respecter les lois en vigueur avant l'occupation. Or, en

Belgique, nous vivons sous le régime de la liberté et nous prétendons

avoir le droit de garder la liberté entière; celle de travailler

comme celle de nous croiser les bras, lorsque nous jugeons le travail

incompatible avec notre devoir; celle d'ouvrir comme de fermer nos usines;

celle de donner aux ouvriers le salaire accepté par eux pour travailler,

comme celle de les payer pour ne rien faire.

Nous adjurons nos concitoyens de suivre l'admirable exemple de ceux qui

les ont devancés dans la lutte contre l'oppression. A Bruxelles ils ont

pour eux le nombre, et le nombre est une force devant laquelle même le

gouvernement actuel a dû plier. _Pas de révolte, pas d'émeute, la force

d'inertie_, comme à Malines et comme le 21 juillet. On fera des exemples

de répression, peut-être, et nos oppresseurs ne se tiendront pas si vite

pour battus. Comme à Malines, ils finiront cependant par céder...tout en

se disant satisfaits et en proclamant par affiches que c'est _nous_ qui

avons cédé. Comme à Malines aussi, sans doute, ils diront qu'ils ne

demandent rien pour l'armée mais ont en vue uniquement le rétablissement

de la vie économique. Ne nous fions ni à leurs promesses ni à leurs

affirmations.

Honte aux mauvais patriotes qui céderaient devant la menace. L'ennemi

demande des bras; qu'il retire de ses armées les ouvriers dont il a

besoin. _Tout Belge qui travaille pour l'Allemagne permet à un Allemand

de prendre, au lieu de l'outil, le fusil_. C'est à peu près comme s'il se

battait lui-même contre ses frères.

Souvenons-nous aussi qu'il y a à Bruxelles des représentants des

puissances neutres auxquels nous pouvons adresser nos protestations contre

des procédés aussi scandaleux, aussi contraires au droit.

(_La Libre Belgique_, n° 42, août 1915, p. 1, col. 1.)

Dans les carrières de Lessines, les Allemands voulaient faire préparer par

le personnel ouvrier des pierrailles pour le béton armé des tranchées:

Les ouvriers carriers.

Les dirigeants et le personnel des carrières de Lessines ont décidé de

refuser tout travail pour le compte des Boches. Ainsi la solidarité

ouvrière s'affirme dans toutes les classes d'industrie, étroitement unies

contre l'oppresseur.

Bravo!

(_La Libre Belgique_, n° 48, octobre 1915, p.3, col. 1.)

Conclusion: le bourgmestre de Lessines condamné à quatre mois de prison, 1

maître de carrières à cinq années, 3 autres à un an, 6 contremaîtres à six

mois, 160 ouvriers à six semaines (voir p. 192). N'importe! Les ouvriers

persistèrent à refuser le travail, et finalement les Allemands eurent

recours aux prisonniers russes.

Les arrêtés du 14 août et du 15 août 1915 (voir ci-dessous) résument les

exigences de nos oppresseurs en ce qui concerne le travail: toute besogne

commandée par les Allemands doit être exécutée; les chômeurs seront privés

de secours. Il est bien vrai que le deuxième alinéa de l'article 1 parle

du «droit des gens», mais les arrêtés de Halluin et de Gand (p. 187) nous

donnent la mesure du respect qu'ont les Allemands pour la Convention de La

Haye:

Arrêté concernant les mesures destinées à assurer l'exécution des

travaux d'intérêt public.

ART. 1.--Quiconque, sans motif, refuse d'entreprendre ou de continuer

un travail d'intérêt public conforme à sa profession et ordonné par une

autorité allemande, sera passible d'une peine d'emprisonnement de police

ou d'emprisonnement correctionnel d'un an au plus.

Tout motif concernant le refus de travailler sera valable s'il est admis

par le droit des gens.

ART. 2.--L'article 2 de l'arrêté du 19 novembre 1914 (_Bulletin officiel

des Lois et Arrêtés_, n° 17, p. 57) est remplacé par la disposition

suivante: «Est passible d'une peine d'emprisonnement de cinq ans au plus

quiconque, par contrainte, menaces, persuasion ou d'autres moyens, tente

d'empêcher d'autres personnes d'entreprendre ou de continuer un travail

d'intérêt public conforme à leur profession et ordonné par une autorité

allemande, ou un travail pour compte d'une autorité allemande ou pour

compte d'un entrepreneur agissant en vertu d'un mandat d'une autorité

allemande.»

ART. 3.--Quiconque, sciemment, par des secours ou d'autres moyens,

favorise le refus de travailler punissable en vertu de l'article 1, sera

passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 10,000 mark»; en outre, il

pourra être condamné à une peine d'emprisonnement d'un an au plus.

ART. 4.--Si des communes, associations ou d'autres groupements favorisent

le refus de travailler de la manière prévue à l'article 3, les chefs en

seront rendus responsables conformément à cet article.

ART. 5.--S'il est prouvé que certaines sommes sont destinées à secourir

des personnes désignées à l'article 1, ces sommes seront confisquées au

profit de la Croix-Rouge de Belgique.

ART. 6.--Les infractions au présent arrêté seront jugées par les tribunaux

ou autorités militaires allemands.

ART. 7.--Indépendamment des prescriptions précédentes, les autorités

compétentes pourront, quand il y aura lieu, imposer des contributions.

ART. 8.--Le présent arrêté entrera en vigueur le jour de sa publication.

Bruxelles, le 14 août 1915.

_Le Gouverneur général en Belgique_,

Baron VON BISSING,

_Général-Colonel_.

Arrêté concernant les chômeurs qui, par paresse, se soustraient au

travail.

ART. 1.--Quiconque, sciemment ou par négligence, fait de fausses

déclarations au sujet de sa situation personnelle lors d'une

enquête destinée à établir son indigence, est passible d'une peine

d'emprisonnement de six semaines au plus, à moins que les lois en vigueur

ne prévoient l'application d'une peine plus forte; en outre, il pourra

être condamné à une amende pouvant aller jusqu'à 1.250 francs.

ART. 2.--Quiconque est secouru par l'Assistance publique ou privée et,

sans motif suffisant, refuse d'entreprendre ou de continuer un travail

qu'on lui a proposé et qui répond à ses capacités, ou quiconque, en

refusant un tel travail, tombe à charge de l'Assistance publique ou

privée, sera passible d'une peine d'emprisonnement de quatorze jours à six

mois.

Tout motif concernant le refus de travailler sera valable s'il est admis

par le droit des gens.

Le tribunal peut, en outre, ordonner l'application de la mesure prévue à

l'article 14 de la loi du 27 novembre 1891 (_Moniteur belge_, p. 3531 et

suivantes).

ART. 3.--Quiconque, sciemment, favorise par des secours ou d'autres moyens

le refus de travailler punissable en vertu de l'article 2, est passible

d'une amende pouvant aller jusqu'à 12.500 francs; en outre, il pourra être

condamné à une peine d'emprisonnement d'un an au plus.

ART. 4.--Si des communes, associations ou d'autres groupements favorisent

le refus de travailler de la manière prévue à l'article 8, les chefs en

seront rendus responsables conformément à cet article.

ART. 5.--S'il est prouvé que certaines sommes sont destinées à secourir

les personnes désignées à l'article 2, ces sommes seront confisquées au

profit de la Croix-Rouge de Belgique.

ART. 6.--Les infractions au présent arrêté seront jugées par les chambres

correctionnelles des tribunaux belges de première instance.

ART. 7.--Le présent arrêté entrera en vigueur le jour de sa publication.

Bruxelles, le 15 août 1915.

_Le Gouverneur général en Belgique_,

Baron VON BISSING,

_Général-Colonel_.

Aussitôt les condamnations se mirent à pleuvoir. Voici une affiche

placardée à Bruxelles:

Avis.

Le gouverneur militaire de la province du Hainaut a fait publier l'avis

suivant:

Pour n'avoir pas repris le travail malgré les sommations du séquestre, les

ouvriers suivants ont été condamnés, le 1er octobre, par le tribunal de

campagne:

Louis Lenoir, à cinq ans de prison;

Victor Lepot, à un an de prison;

Émile Lenoir, à un an de prison;

Jules Brassart, à un an de prison;

Louis Van Langenhove, à un an de prison;

Émile Notté, à un an de prison;

Adelin Lepoivre, à quatre mois de prison;

Six contremaîtres, à six mois de prison;

Quatre-vingt-un ouvriers, à huit semaines de prison;

J'ai confirmé ce jugement.

Mons, le 2 octobre 1915.

Je porte cet avis à la connaissance de toute la population du territoire

placé sous mes ordres.

Bruxelles, le 12 octobre 1915.

_Le Gouverneur général en Belgique,_

Baron VON BISSING,

_Général-Colonel._

L'articulet que voici nous apprend ce qu'est un séquestre:

Une copie d'une lettre existe--qui en dira long--adressée par le major

allemand d'Anvers à M. Henne, administrateur délégué de la Société

«Sambre-Escaut» à Fontaine-l'Évêque. En voici la traduction: «Étant donné

que vous avez refusé de travailler pour l'administration de l'armée

allemande et, conformément à une ordonnance du gouvernement général en

Belgique du 25 juin 1915, votre fabrique de fils barbelés à Hemixem

est mise sous séquestre et remise en marche sous la direction de

l'administration de la position fortifiée d'Anvers. La question du

dédommagement sera réglée plus tard.»

Le refus de M. Henne était basé sur le principe que les fils barbelés,

d'après les conventions de La Haye, sont considérés comme matériel de

guerre.

(_L'Echo belge_, 21 février 1916, p. 1, col. 3.)

Le 25 août 1915, l'autorité allemande convoqua à Bruxelles de nombreux

industriels pour discuter ensemble la «reprise des affaires». Voici un

article du journal _Le Belge_ sur cette tentative:

Toujours la «reprise des affaires».

La grande réunion des industriels, convoquée par l'autorité allemande pour

consacrer la reprise de l'activité et du travail en Belgique, a eu lieu le

mardi 25 août. Cela a été un fiasco complet.

On s'était cependant mis en frais pour elle. Embusqués, industriels

allemands, étaient là en groupe compact. Du grand quartier général de

Mézières était tout exprès venu un général pour présider. Avec une

franchise militaire, il a expliqué qu'en faisant marcher les ateliers et

les mines, on supprimait les chômeurs, et avec les chômeurs, les causes

de troubles, et avec les causes de troubles, la nécessité de maintenir

de fortes garnisons pour les réprimer au besoin. On se doutait de la

conclusion. L'Allemagne voudrait ne pas immobiliser dans nos régions

industrielles des hommes dont elle a, au front, un besoin de plus en plus

urgent. De là ses efforts pour enrayer le chômage, aux dépens des patrons

et des ouvriers belges, qui seraient dupés par elle et plus ruinés encore,

s'il est possible.

La malice était trop grosse pour réussir; on s'est séparé sans avoir

abouti. On n'aboutira jamais.

Nous conseillons donc à tous ceux dont les démarches intéressées ou

inconsidérées encouragent les Allemands à convoquer ces inutiles réunions

à renoncer une bonne fois à leurs démarches. Nous parlons de certaines

personnalités hollandaises trop remuantes, d'une part, et de certains

hommes belges trop «impatients à se produire», de l'autre. Les

premiers, depuis la fin de 1914, multiplient leurs efforts pour servir

d'intermédiaires à un accord dont ils tireraient profit; les seconds,

se persuadant qu'ils concourent à soulager les misères de leur pays, se

laissent entraîner à des visites, à des entrevues compromettantes. En

voilà assez!

A toutes les tentatives allemandes pour favoriser--jésuitiquement--la

reprise du travail, mais en réalité pour fournir à l'Allemagne hommes,

produits, matières et outils, il n'y a qu'une seule chose à opposer, la

force d'inertie, et qu'un seul mot à répondre: Allez-vous-en!

(_Le Belge_, n° 3, septembre 1915, p. 5.)

Plus récemment les chefs d'industrie ont de nouveau opposé un refus formel

à la proposition de travailler pour les Allemands:

Il y a quelques mois déjà que nous aurions voulu faire connaître M.

Hinnenthal à nos lecteurs, car il caractérise un des types les plus

particuliers de la civilisation allemande, en même temps qu'il personnifie

par ses fonctions cette race d'agents serviles dont la haute Kultur se

sert depuis son installation chez nous pour ruiner systématiquement notre

pays. M. Hinnenthal est un Boche élégant; il n'a ni la tête carrée, ni le

col dans les épaules. A le voir en pékin, il a un certain cachet et il

doit certainement passer pour un chic type... à Breslau, car c'est là

qu'il exerce, en temps de paix, ses fonctions de directeur d'une grande

usine sidérurgique.

M. Hinnenthal est un de ces embusqués de marque qui feront récompenser

leur courage à... l'arrière, pour avoir si bien réussi à organiser

le pillage des usines belges. C'est un valeureux soldat; il en porte

l'uniforme avec fierté.

M. Hinnenthal n'était pas, comme beaucoup d'autres, un étranger pour les

Belges; non, il entretenait, avec la plupart de nos industriels, des

relations d'affaires qui étaient toutes empreintes de cordialité. En un

mot, c'était un ami d'outre-Rhin.

Ayant cherché à renouer ses anciennes relations d'amitié en Belgique, il a

instamment prié les industriels belges, principalement les constructeurs

de locomotives, de travailler pour lui.

L'État-major allemand avait précisément usé quelque 600 locomotives (on ne

va pas pour rien de «devant Ypres» à «devant Riga» et vice versa) et il

aurait bien voulu faire le travail de réparation en Belgique, puisque

toutes les usines allemandes ne s'occupent plus que de faire des obus. M.

Hinnenthal promettait de gros salaires, chaque usine aurait sa commande

et... ferait son beurre. Du reste, il donnait sa parole d'Allemand que

ces locomotives, une fois réparées, ne transporteraient que des Belges et

serviraient pour le service intérieur du pays.

Il va de soi que M. Hinnenthal a été éconduit partout. Partout il a reçu

cette réponse: réparer des locomotives, même destinées au transport

des voyageurs et des marchandises belges, c'est libérer un nombre

correspondant de machines qui conduiront au front des soldats et des

munitions. Puisque ces réparations sont nécessaires, que l'État-major

allemand les fasse entreprendre en Allemagne, où les usines feront un peu

moins de munitions.

La Presse Clandestine dans la Belgique Occupée · 第 75 / 112 题