Petit Diktionnaire de Boche

Par le Dr KOLOSSAL KANDIDE

(Kouronné par l'Akadémie de Kôpenick.)

K.--Konsonne usitée pour germaniser les mots d'origine latine et leur

donner une forme appropriée à la Kultur teutonne.

K.K. (prononcez «caca»).--Komestible exkluant, pour le konsommateur, toute

krainte de konstipation.

KABOCHE.--Mot dérivant par kontraction du substantif latin kaput qui

signifie tête, et de l'adjectif boche. Tête karrée, dont les parois sont

parfaitement imperméables et dont le kôté facial ne présente aucune espèce

de physionomie, sauf à l'heure de la soupe.

KABOTIN.--Voir le mot: Kaiser.

KAFARD.--Espion allemand. Mouchard de Boche.

KAKOPHONIE,--Effet musikal produit sur des oreilles non kultivées, par

l'exécution des oeuvres de Richard Wagner.

KAISER.--Bipède amphibie, de l'ordre des karnassiers, tribu des

Hohenzollern. Sur terre, ses moeurs sont celles des grands félins; sur

mer, celles des squales. Cet animal, à l'état libre, est extrêmement

prolifique, mais tout fait espérer qu'il ne se reproduit pas en kaptivité.

Par suite de la chasse particulièrement active dont cette espèce est

actuellement l'objet, elle tend à disparaître komplètement du monde

civilisé.

KALAIS.--Ville konvoitée (Voir le mot: _Kalendes grecques_).

KANARD.--Produit volatil fabriqué en grosses kantités par la Maison Wolff,

Berlin; très assimilable pour les estomaks teutoniques, provoque des

nausées chez les neutres.

KATHÉDRALE.--Cible pour les obus de 420 (voir les mots: _Kultur_ et

_Kristianisme_).

KANNIBALES.--Se dit des gens qui mangent leurs semblables; applikable par

konséquent aux Boches qui ne mangent que du kochon.

KAMARADE.--Terme s'appliquant au guerrier ennemi, lorsque celui-ci est le

plus fort.

KAPOUT.--Terme définissant le sort du guerrier ennemi, lorsque celui-ci

est le plus faible.

KALENDES GRECQUES.--Date présumée de l'entrée à Kalais des troupes du

général von Kluck.

KAMELOTE.--Ensemble des produits de l'industrie allemande en temps de

paix.

KANONS.--Ensemble des produits de l'industrie allemande en temps de

guerre.

KAMBRIOLEUR.--Voir le mot: _Kronprinz_.

KOCHONS.--Source des «delikatessen» teutonnes. Terme principal d'un

problème qui passionne l'Allemagne tout entière: les kochons doivent-ils

manger toutes les pommes de terre? Ou bien les Allemands doivent-ils

manger tous les kochons? Les pommes de terre pour les kochons? Les

épluchures pour les Teutons?...

KONTREFAÇON.--Procédé artistique, littéraire, scientifique et industriel,

où s'est uniquement affirmé le génie de la race germanique.

KRÉTIN.--Titre honorifique très recherché par les signataires du manifeste

dit des 93 _Intellectuels_ boches.

KRONPRINZ.--Espèce de Hohenzollern apparenté, par la forme de son bek,

à l'ordre des rapaces, mais se rattachant à la tribu des mammifères

supérieurs, en ceci qu'il a le pouce opposable aux autres doigts: cette

particularité lui permet de saisir et de retenir avec la plus grande

facilité tous les objets mobiliers.

KRISTOF KOLOMB.--Explorateur allemand qui, sur l'ordre du Kaiser, annexa

l'Amérique à la Prusse et inventa l'oeuf dur.

KOPERNIK.--Savant allemand qui, sur l'ordre du Kaiser, régla le mouvement

enveloppant de la terre autour du soleil et prépara l'annexion de cet

astre à la Prusse (1543).

KULOT.--Se dit du résidu qui se trouve au fond du fourneau d'une pipe. Se

dit aussi de ce qu'il y a au fond du tuyau, quand il s'agit d'un tuyau de

_l'Agence Wolff_:

KULTUR.--Vieil Heidelberg. Soulographies universitaires. Jeunesse

studieuse buvant à pleines bottes la bière de mars et se tailladant la

figure à coups de rapières. Littérature à forme de contes de nourrices

(_Niebelungen, Walkyries, Lohengrin_... Ballades de Schiller...

Divagations de _Faust_); philosophie à forme de brouillard (Leibnitz,

Kant, Nietzsche); arts plastiques à forme de choucroute... Kolossales

inventions prises à l'étranger... Chevaux kalkulateurs d'Elberfeld...

Kapitaine Koepenick... Gemütlichkeit et Delikatessen... Fabrication

intensive de petits Allemands. Expansion germanique. Exportation de

touristes à lunettes; viols, assassinats... Importation de pendules

acquises à la foire d'empoigne... Kroix de fer... _Deutschland über

Alles... Hoch! Hoch!_ Karème; pain KK; katastrophe; kaptifs; korbeaux...

kapouts!

HUNS.--Peuple pacifique et kultivé des bords de l'Oder et de la Spree,

dont le territoire fut envahi par des barbares appelés Belges, qui

détruisirent tous les monuments de kulte et de kultur, violèrent, puis

massacrèrent hommes et femmes, vieillards et enfants.

HÉLAS.--Mot welsche adopté par le _Diktionnaire de Boche_ après la

bataille de la Marne.

(_La Soupe_, n° 353.)

Quant aux traductions des noms de rue, elles s'étaient propagées

longuement par tradition orale avant de cristalliser dans _La Libre

Belgique_:

_La Libre Belgique_ a publié un petit dictionnaire à l'usage des receveurs

des tramways bruxellois. On s'en est beaucoup diverti: En voici quelques

extraits:

Rue de l'Empereur: Bloedighart-straat[33].

Rue du Gouvernement Provisoire: von Bissing-straat.

Rue du Bourgmestre: Onze Max-straat [34].

Rue de Paris: Achteruit-straat [35].

Rue des Comédiens: Bethmann-straat.

Rue des Dirigeables: Kapot-straat.

Rue de l'Éléphant: Zeppelin-straat.

Rue des Déménageurs: Kronprinz-straat.

Rue Meert: Kultur-straat.

Marché aux Porcs: Boche-markt.

(_L'Écho belge_, 15 février 1916.)

[Note 33: Littéralement: rue du Coeur saignant. Rappel du télégramme

de l'Empereur au président Wilson où il déclare que «_son coeur saigne_».

A la suite de cette affiche on disait, par à peu près avec Guillaume le

Conquérant, «Guillaume au Coeur Saignant». (Note de J. M.)]

[Note 34: Littéralement: rue de Notre Max. Le Bruxellois ne dit pas

«Le Bourgmestre» mais «Notre Max». (Note de J. M.)]

[Note 35: Littéralement: rue de la Marche rétrograde. Allusion à un

jeu que les gamins de Bruxelles se donnent le malin plaisir de jouer sous

les yeux des soldats allemands. Ils se mettent en rang, puis le plus

grand commande avec l'accent à la fois guttural et aboyant des officiers

allemands: _Vorwärts! Marsch!_ Le rang s'ébranle ou pas de l'oie.--_Halt!_

Arrêt brusque.--_Nach Paris! Marsch!_ Ils se remettent en marche, mais à

reculons. (Note de J. M.)]

Les Belges ne négligent d'ailleurs jamais une occasion de se moquer de

leurs bourreaux. Lisez, par exemple, l'entrefilet suivant, publié par _La

Libre Belgique_ (d'après _L'Echo belge_ du 17 octobre 1916):

Je ne lis jamais _Le Bruxellois_, cette ordure...

Mais j'ai tant et tant ri l'autre dimanche, en allant au bois, que je me

suis laissé mettre cet infect journal dans la main, par la marchande, sans

m'en douter...

Et voici pourquoi, ce dimanche, tous les promeneurs ont été secoués d'un

fou rire, qui redoublait quand un officier boche s'arrêtait furieux pour

voir passer des cyclistes dernier cri.

Une douzaine de fervents de la bécane, après avoir respectueusement obéi

aux ordres de Son Excellence von Bissinge en remettant leurs bandages, ont

cru pouvoir, usant du peu de liberté qui nous reste, pratiquer quand même

leur sport favori. Ils ont donc été faire un tour de bois, en groupe. Ils

roulaient sans pneus, tout simplement. Ça faisait un bruit de casserole,

mais, à ça près, ils pédalaient vivement.

Les bons types, ils avaient tous, attachée à une corde en bandoulière,

leur pompe. Sans doute, pour regonfler, le cas échéant, les Boches qui se

seraient dégonflés d'émotion. Ils pensent à tout.

La Presse Clandestine dans la Belgique Occupée · 第 53 / 112 题