Nous recevons aussi quelques journaux hollandais dont la germanophilie
offre toute garantie. Le plus lu, et le plus anciennement toléré, est
_Nieuwe Rotterdamsche Courant_. Mais même lui renferme souvent des
articles dont la lecture ne peut pas être permise aux Belges, et ces
numéros-là, qui sont précisément les plus intéressants, sont arrêtés
par la censure. Il y a ainsi chaque mois une dizaine ou une douzaine de
numéros qui ne peuvent pas être distribués à Bruxelles. De plus, en avril
et en mai 1915, de nombreux numéros admis à la vente étaient passés au
caviar. Nous donnons la reproduction d'un article rendu illisible, à la
colonne 3, page 2, feuille B, de l'édition du matin du 10 mai 1915, et la
reproduction du même article dans le journal vendu en Hollande (pl. XIII).
Voici la traduction de l'article noirci:
Le chlore.
Londres, 9 mai (Reuter).--Le «témoin oculaire» au quartier général
britannique (en France et en Flandre) donne dans son plus récent compte
rendu des dernières opérations aux environs d'Ypres, le récit de la façon
dont un officier prussien fut fait prisonnier, puis amené derrière les
lignes, où quelques soldats anglais, mis hors de combat par les gaz
asphyxiants, agonisaient en faisant de pénibles efforts d'inspiration.
L'officier prussien s'arrêta, éclata de rire et, montrant les hommes
étendus par terre, demanda: «Comment trouvez-vous cela?» Le «témoin
oculaire» termine ainsi son récit: La vue de camarades, empoisonnés par
les gaz, qui gémissent et se contractent de douleur, et qui se tordent
en agonie, comme de la vermine empoisonnée, a produit chez les soldats
anglais une exaspération qui sera partagée, espérons-le, par tout le
royaume britannique; elle fera que nous ne nous reposerons pas avant
d'avoir obtenu satisfaction complète contre ceux qui portent la
responsabilité de ces horreurs!
Comprend-on maintenant le besoin qu'éprouvent les Belges de journaux non
censurés?