Cette année néfaste touche à sa fin et espérons que la nouvelle rétablira
la paix; à toi aussi, à Jeanne et à tes petits enfants, mon mari et moi
souhaitons toutes sortes de bonheur dans l'année à venir. Vous ne sauriez
croire combien nous autres Allemands nous plaignons la pauvre Belgique, et
les Belges verront bien aussi maintenant quelle faute ils ont commise en
se rendant tributaires de l'Angleterre. Si la Belgique fût restée l'amie
de l'Allemagne, il ne lui serait pas arrivé le moindre mal. Et le sort
épouvantable qui lui est échu en partage, elle le doit à la collaboration
brutale du peuple et même des femmes et des enfants à la guerre.
De cela nous avons nombre de preuves (nous-mêmes) par les récits des
officiers et soldats allemands. Comme les Bruxellois sont sages en restant
tranquilles. Nous espérons que cet état de choses restera tel.
Un soldat qui a été en quartier chez nous nous écrit de Staden, aux
environs du canal de l'Yser, que le peuple belge ne désire pas le retour
des Français ni des Anglais, car ceux-ci s'y sont conduits d'une façon
indiciblement honteuse.
Ils ne reviendront pas, car l'Allemagne est invincible et vous ne sauriez
vous figurer combien de réserves militaires nous avons encore. Dans tous
les cas, le fait que par cupidité et par jalousie on tâche d'anéantir un
peuple arrivé au comble de la civilisation et formant un État riche et
florissant est sans précédent dans l'histoire.
Oui, l'Angleterre a réussi à indisposer contre nous les nations par la
voie des journaux.
L'Angleterre nous dépasse en une chose seulement: elle sait mieux mentir.
Et quelle opinion mesquine se fait-elle des lecteurs de ses articles qui
souvent ajoutent foi à tous ses mensonges et à toutes ses folies? A des
lecteurs allemands on n'oserait pas raconter de pareilles sornettes.
Combien de fois notre magnifique Empereur n'a-t-il pas tendu à la France
la main de la réconciliation, mais elle l'a repoussée par un sentiment de
vengeance sotte et aveugle. Les Français et les Belges ne nous sont pas
antipathiques. Pourquoi ne s'allient-ils pas à nous contre l'Angleterre
cupide, rusée et perfide, qui veut subjuguer tout le monde? Nous ne
comprenons pas encore qu'en France, on ne se rende pas compte de cela.
C'est-à-dire qu'il y en a qui le comprennent, mais qui n'osent pas
l'avouer par peur de je ne sais quoi.
Cher oncle, je te prie de m'excuser de m'être trop étendue en vous
communiquant mon opinion sur la guerre, mais tout cela m'est personnel.
Nous sommes charmés que vous, Jeanne et les enfants se portent bien et que
ceux-ci mettent tant de zèle à secourir les indigents.
L'Allemagne est encore loin de périr par la faim. Nous avons assez de
pain, pommes de terre, etc., jusqu'à la prochaine récolte; notre stock de
bétail est considérable.
Vous ferez bien de faire comprendre cela aux Français et aux Anglais pour
leur faire abandonner leurs illusions stupides.
En France et en Angleterre, le peuple ne sait pas cela par la suppression
des journaux allemands.
Maintenant il faut que je finisse, nous espérons que vous recevrez cette
lettre, et nous serions charmés de recevoir de vos nouvelles de toi et de
Jeanne. Amitiés aussi de la part de mon mari.
Ta nièce: Elza.
Extrait d'une lettre privée de Mlles Y et Z.