31 décembre 1914.

Cette année néfaste touche à sa fin et espérons que la nouvelle rétablira

la paix; à toi aussi, à Jeanne et à tes petits enfants, mon mari et moi

souhaitons toutes sortes de bonheur dans l'année à venir. Vous ne sauriez

croire combien nous autres Allemands nous plaignons la pauvre Belgique, et

les Belges verront bien aussi maintenant quelle faute ils ont commise en

se rendant tributaires de l'Angleterre. Si la Belgique fût restée l'amie

de l'Allemagne, il ne lui serait pas arrivé le moindre mal. Et le sort

épouvantable qui lui est échu en partage, elle le doit à la collaboration

brutale du peuple et même des femmes et des enfants à la guerre.

De cela nous avons nombre de preuves (nous-mêmes) par les récits des

officiers et soldats allemands. Comme les Bruxellois sont sages en restant

tranquilles. Nous espérons que cet état de choses restera tel.

Un soldat qui a été en quartier chez nous nous écrit de Staden, aux

environs du canal de l'Yser, que le peuple belge ne désire pas le retour

des Français ni des Anglais, car ceux-ci s'y sont conduits d'une façon

indiciblement honteuse.

Ils ne reviendront pas, car l'Allemagne est invincible et vous ne sauriez

vous figurer combien de réserves militaires nous avons encore. Dans tous

les cas, le fait que par cupidité et par jalousie on tâche d'anéantir un

peuple arrivé au comble de la civilisation et formant un État riche et

florissant est sans précédent dans l'histoire.

Oui, l'Angleterre a réussi à indisposer contre nous les nations par la

voie des journaux.

L'Angleterre nous dépasse en une chose seulement: elle sait mieux mentir.

Et quelle opinion mesquine se fait-elle des lecteurs de ses articles qui

souvent ajoutent foi à tous ses mensonges et à toutes ses folies? A des

lecteurs allemands on n'oserait pas raconter de pareilles sornettes.

Combien de fois notre magnifique Empereur n'a-t-il pas tendu à la France

la main de la réconciliation, mais elle l'a repoussée par un sentiment de

vengeance sotte et aveugle. Les Français et les Belges ne nous sont pas

antipathiques. Pourquoi ne s'allient-ils pas à nous contre l'Angleterre

cupide, rusée et perfide, qui veut subjuguer tout le monde? Nous ne

comprenons pas encore qu'en France, on ne se rende pas compte de cela.

C'est-à-dire qu'il y en a qui le comprennent, mais qui n'osent pas

l'avouer par peur de je ne sais quoi.

Cher oncle, je te prie de m'excuser de m'être trop étendue en vous

communiquant mon opinion sur la guerre, mais tout cela m'est personnel.

Nous sommes charmés que vous, Jeanne et les enfants se portent bien et que

ceux-ci mettent tant de zèle à secourir les indigents.

L'Allemagne est encore loin de périr par la faim. Nous avons assez de

pain, pommes de terre, etc., jusqu'à la prochaine récolte; notre stock de

bétail est considérable.

Vous ferez bien de faire comprendre cela aux Français et aux Anglais pour

leur faire abandonner leurs illusions stupides.

En France et en Angleterre, le peuple ne sait pas cela par la suppression

des journaux allemands.

Maintenant il faut que je finisse, nous espérons que vous recevrez cette

lettre, et nous serions charmés de recevoir de vos nouvelles de toi et de

Jeanne. Amitiés aussi de la part de mon mari.

Ta nièce: Elza.

Extrait d'une lettre privée de Mlles Y et Z.

La Presse Clandestine dans la Belgique Occupée · 第 34 / 112 题