La réponse fut digne de la brutalité allemande:
Bruxelles, le 1er janvier 1916.
A la lettre du 27 décembre 1915, n° 4864, j'ai l'honneur de répondre que
la police militaire a eu des motifs fondés pour faire une perquisition
domiciliaire aussi bien dans votre habitation privée que dans votre
cabinet officiel.
Votre protestation contre les opérations de perquisitions pratiquées dans
votre cabinet officiel est sans fondement et sans objet, attendu que vous
ne pouvez invoquer des privilèges spéciaux pour les locaux officiels de
l'Hôtel de Ville.
(s.) Frhr. VON BISSING.
En juin 1916, ils ont mis en prison, prétendument pour avoir propagé _La
Libre Belgique_, un jeune homme de seize ans, M. Léon Lenertz, fils d'un
chef des travaux graphiques de l'Université de Louvain qui fut fusillé
devant sa maison du boulevard de Tirlemont pendant la nuit tragique du 25
au 26 août 1914.
En septembre 1916, sept des principaux imprimeurs de Gand ont été mis
sous les verrous. Ils devaient y rester, paraît-il, jusqu'à ce que les
rédacteurs de _La Libre Belgique_ se soient fait connaître. Toutefois on
ne les a gardés que pendant un bon mois.
C'est surtout dans les couvents que M. le baron von Bissing s'obstine à
chercher les rédacteurs des journaux clandestins.
Le collège Saint-Michel, qui est le principal établissement des Jésuites
à Bruxelles, a été à diverses reprises fouillé et bouleversé de fond en
comble; le père Dubar fut condamné à douze ans de travaux forcés.
Perquisitions au collège Saint-Michel.
Samedi 18 mars, de grand matin, 80 bandits prussiens armés jusqu'aux
dents se sont présentés aux fins de perquisition au collège Saint-Michel,
boulevard Saint-Michel, à Bruxelles.
Après que tous les élèves eurent été licenciés, ils ont commencé leurs
exploits, et, naturellement, puisqu'il n'y avait rien à saisir, ils s'en
sont retournés Gros-Jean comme devant.
Ces imbéciles étaient à la recherche de... _La Libre Belgique_.
Von Bissing a, une fois de plus, fait buisson creux. Et l'automobile
insaisissable roulait..., roulait..., roulait toujours...
(_Écho de ce que les journaux censurés n'osent ou ne peuvent pas dire_,
avril 1916, p. 33.)
Le 4 juin 1916, le gouverneur général s'adressa à Mgr Heylen, évêque de
Namur, pour l'amener à agir sur son clergé. Après avoir signalé combien
il lui est pénible de se montrer sévère--sévère, mais juste--envers les
prêtres, il invoque... parfaitement, il invoque la Convention de La Haye.
Puis il ajoute:
Si l'on veut obtenir que les condamnations soient évitées, on ne
peut l'attendre que d'une conduite calme et exempte de politique des
ecclésiastiques eux-mêmes.
Et c'est pour cette raison que je m'adresse à Votre Grandeur avec la
prière d'agir sur vos subordonnés de manière qu'ils s'abstiennent dans
l'exercice du ministère sacré et ailleurs encore de toute activité
politique, et moins encore qu'ils se rendent coupables de transgressions
graves de mes prescriptions. Il importerait surtout de les détourner de
la diffusion d'écrits inadmissibles, à laquelle des ecclésiastiques ont
récemment pris une grande part.
M'est-il permis de prier Votre Grandeur de me faire savoir si je puis
compter sur Sa collaboration dans le sens indiqué? Au surplus, je ne
demande que la tenue des garanties auxquelles l'Épiscopat a souscrites, en
son temps, en ce qui concerne la bonne conduite du clergé.
Voici quelques passages de la réponse de Mgr Heylen:
Namur, 15 juin 1916.