Madame, je donne compte, en la lettre du Roy, des responces qui m'ont
été faictes sur les deux dernières dépesches de Voz Majestez, et y
mande la substance du propos que Mr le comte de Lincoln m'est venu
tenir, quant il est party pour vous aller trouver; ayant à vous dire
davantage, Madame, que le dict sieur comte monstre d'avoir une bonne
affection au propos de Monseigneur le Duc, et une fort grande
affection à Voz Majestez Très Chrestiennes et à la France, et qu'il
m'a touché assez de choses en général de cella; mais que, pour le
faire venir à quelque particulier, je luy ay bien voulu dire que,
oultre la bonne disposition, en quoy il trouveroit Voz dictes
Majestez, de persévérer à jamais en une parfaicte confédération avec
la Royne, sa Mestresse, et ce royaulme, qu'il vous verroit encores
très affectionnés à la vouloir perpétuer par ung indissoluble lien de
mariage, et d'une très honnorable allience; en quoy je desirois qu'il
heût charge de vous y bien respondre, si, d'avanture, Vostre Majesté
venoit à luy en parler, et que, si je pensois que la dicte Royne, sa
Mestresse, fût en cella que de ne trouver bon qu'on entrât en ce
propos, ou bien qu'elle luy heût donné commandement de ne l'escouter,
je mettrois peyne d'advertyr Vostre Majesté de le différer à une
aultre foys.
Sur quoy il m'a respondu que son instruction ne luy estoit encore
dellivrée, mais qu'il jugeoit bien, parce que, de bouche, sa dicte
Mestresse luy avoit dict, qu'elle se trouvoit aujourdhuy si contante
de Voz Très Chrestiennes Majestez qu'il ne failloit doubter, quand
elle auroit ung peu plus gousté le fruict de vostre amityé, qu'elle ne
se disposât, le plus qu'il luy seroit possible, de satisfaire à Voz
Majestez Très Chrestiennes, aultant qu'avec son honneur et dignité
elle le pourroit faire; et qu'il s'assuroit bien qu'elle ne pourroit
prendre que de fort bonne part tout ce que Voz Majestez vouldroient
proposer maintenant à luy, qui ne desiroit rien tant en ce monde que
de pouvoir bien servir à l'effect de ce propos, le cognoissant très
honnorable pour sa Mestresse, et très desirable pour toutz les
subjects de son royaulme, et n'a poinct passé oultre. Dont m'ayant
semblé ne le debvoir presser davantage, je me déporteray aussy,
attendant l'arrivée de Mr de Montmorency et de Mr de Foyx, d'en dire
plus avant à Vostre Majesté. Sur ce, etc.
Ce XXVIIIe jour de may 1572.