A LA ROYNE.

Madame, premier que d'adjouxter rien à ce que je vous ay desjà escript

des principaulx poinctz qui se trettent, en France et icy, entre Voz

Majestez et ceste princesse, tant de l'allience que de la

confédération, j'estime estre besoing que je voye, de rechef, la dicte

Dame et ses deux conseillers, de sorte que, pour ceste foys, je vous

supplieray très humblement, Madame, estre contante de ce peu que je

mande présentement en la lettre du Roy. Et adjouxteray seulement,

icy, touchant ce que les Srs Smith et Quillegrey ont dict: que la

Royne, leur Mestresse, sçavoit bien que j'avoys esté meslé ez brigues

et menées du duc de Norfolc, mais qu'elle le vouloit ignorer; que je

ne puis estre marry qu'elle ayt faict une diligente recherche sur moy,

car, encor qu'elle ayt cogneu que je n'ay pas esté toutjour endormy à

descouvrir les choses d'importance, qui ont peu tourner à quelque

conséquence de vostre service en ce royaulme, si a elle trouvé que je

ne me suis jamais entremis de pas une qui ne soit honneste et digne de

ceste charge, et qui puisse, peu ny prou, estre interprétée contre

l'amityé et les trectés qu'elle a avec Vostre Majesté. Et, encor que

l'évesque de Roz et les secrettères du dict duc puissent avoyr dict

que j'ay sceu l'entreprinse, que les filz du comte Dherby et ceulx de

Lanclastre vouloient faire pour mettre la Royne d'Escoce en liberté,

il n'a peu toutesfoys, quand il eut esté ainsy, estre décent ny

convenable à mon debvoir de le réveller, car ce eust esté procéder

maladroictement, d'incister, d'un costé, à la restitution et liberté

de la dicte Dame, sellon que Voz Majestez me le commandoient, et de la

vouloir empescher, de l'aultre. Aussy la Royne d'Angleterre mesmes et

ses conseillers justiffient en telle sorte mes déportemens, qu'elle et

eulx m'ont remercyé de n'avoir heu intelligence avec Ridolfy sur les

praticques de la rébellion, ayant luy mesmes escript qu'on me les tînt

secrettes, affin que je ne les mandasse en France; qui a esté cause de

faire prendre à ceste princesse la confiance que l'on voyt qu'elle a

aujourd'huy de Voz Majestez. Et est très certein, Madame, que je n'ay

jamais rien sceu icy que je ne le vous aye incontinant mandé, ny ne y

ay rien faict que Voz Majestez ne me l'ayent commandé, ny rien

atempté qui ayt peu gaster vostre service ou réfroidir ceste princesse

de vostre amityé, ainsy que les choses du passé, et celles du présent

en font assez de foy; vous remercyant très humblement, Madame, de

l'honneur que Voz Majestez me font de croyre que je n'ay jamais excédé

les choses qu'elles m'ont escriptes: en quoy, à la vérité, je y ay

esté si scrupuleux que j'ay toutjour mieulx aymé demeurer dans les

termes d'icelles que de les outrepasser d'ung seul mot, bien que, par

voz lettres du IIIe du passé, il semble, Madame, qu'on vous en ayt

voulu parler aultrement, sur quelque propos que Me Smith avoit tenus.

Et sur ce, etc.

Ce XIXe jour de febvrier 1572.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 222 / 362 题