Sire, beaucoup de choses m'ont esté dittes et alléguées par la Royne
d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, et je leur en ay
représenté plusieurs aultres ez troys conférences, que j'ay heu avec
elle et avec eulx, sur la négociation de Me Smith, que je ne les vous
ay pas voulu, Sire, toutes desduyre, par le menu, en mes deux
dépesches, du Xe et XIIIe de ce moys, affin de ne vous estre ny
ennuyeulx, ny long; mais je vous ay représanté celles, desquelles la
substance et les parolles m'ont semblé importer beaucoup, et faire
grandement besoing à la continuation et à la conclusion du tretté. Et,
pour ceste heure, j'ay à très humblement supplyer Vostre Majesté
qu'affin que j'aye moïen de mieulx advérer les advis qu'on m'a donné
sur ce qu'on a escript, du dict XIIIe, au dict Sr Smith, et pour
recognoistre la vérité ou la simulation des propos que la dicte Dame
et les siens m'en ont tenus, conforme à ce que je vous en ay desjà
mandé par mes deux dernières dépesches, il vous playse, Sire, me faire
advertyr si messieurs voz depputés ont trouvé que le dict Sr Smith y
ayt despuis correspondu; car, sellon qu'il en aura uzé, je
travailleray de cognoistre clèrement de ceulx cy quelle ilz
prétendent debvoir estre leur dernière et déterminée résolution au
dict tretté. Leurs démonstrations, à la vérité, continuent jusques à
maintenant d'estre fort bonnes, et leurz marchandz, lesquelz sont
venus conférer avecques moy sur l'ancien commerce de Roan, m'ont dict
qu'il sera pourveu aux désordres, dont ceulx du dict Roan se pleignent
qu'on leur uze en ceste ville de Londres, touchant le poix et la
mesure, et touchant l'escavage, le pilotage, le charriage, l'embalage,
les banques routes, et aultres semblables griefz et impostz, desquelz
l'on ostera les abus, si ceulx de Roan veulent aussy modérer les
leurs, affin que le traffic soit dorsenavant mieulx et plus librement
continué.
Et, quand aux choses d'Escoce, j'entendz, Sire, que la commission du
maréchal Drury et de mestre Randol, qui sont desjà partys, est de
moyenner à bon escient, par delà, un accord entre les deux partys, et
faire qu'ilz conviennent d'une forme de gouvernement de certains de la
noblesse, tant d'ung costé que d'aultre, jusques au nombre de seize,
pour régir l'estat, soubz l'authorité du jeune Roy, remettant ung
chacun en ses biens, honneurs et offices, et que mesmes le tiltre de
régent demeure au duc de Chastellerault, layssant néantmoins
l'administration de la personne du Prince toutjour au comte de Mar;
qui est ung moyen aparant par lequel ceulx cy tendent de substrère le
dict duc et les siens de l'obéyssance de la Royne d'Escoce, affin de
la ruyner, et de oprimer du tout, s'ilz peuvent, le nom et l'authorité
d'elle. Qui me faict desirer, Sire, qu'il vous playse haster
davantaige le voyage de Mr Du Croc, car il pourra obvier à cestuy et
aultres préjudices qui, possible, y adviendront encores plus grandz,
si quelcun, de la part de Vostre Majesté, ne s'y présente bientost;
bien que milord de Burgley m'a dict qu'il a esté donné en mandement,
par article exprès, au dict Drury, de déclarer aux Escoçoys que la
Royne d'Angleterre n'entend qu'ilz se départent de l'alliance de nul
des aultres princes, leurs confédérés, nomméement de Vostre Majesté,
pourveu qu'aulcuns estrangers ne soient introduictz dans leur pays,
qui puissent troubler leur repoz, ny mouvoir guerre, ou donner
souspeçon d'icelle à l'Angleterre. Et m'ont davantaige le comte de
Lestre, et le dict milord de Burgley assuré que, sur l'instance que
j'avoys faicte pour le bon trectement de la Royne d'Escoce, au nom de
Vostre Majesté, la Royne, leur Mestresse, a donné charge au comte de
Cherosbery de luy amplier sa liberté et la mener aux champs et à la
chasse, affin de mieux entretenir sa santé. Et m'a l'on aussi permis
d'envoier m'enquérir des nouvelles de l'évesque de Roz, et luy offrir
ce qu'il pourra avoir besoing de moy, avec promesse de sa procheyne
liberté. Qui sont signes de modération, Sire, assez sufisans pour me
confirmer que ceulx cy, jusques à maintenant, procèdent assez cler et
droict ez chosez qu'ilz font négocier avec Vostre Majesté.
Il est vray qu'ilz viennent de recepvoir, tout présentement, une
dépesche de Me Smith, qui est d'assez vieille dathe, car a séjourné, à
cause du passage, huict ou dix jours à Callays, laquelle je ne sçay
s'il leur fera rien changer. Elle est, à mon advis, du mesme jour que
le mesmes messager m'en a rendu une aultre de Vostre Majesté, du
dernier de janvier, sur laquelle j'espère que vous trouverés, Sire,
que je vous y ay desjà respondu, et en grand partye satisfaict, par
les miennes deux précédentes, du Xe et XIIIe du présent; de sorte
que, avant y adjouxter rien davantaige, j'estime estre bon que je voye
ceste princesse et les siens, affin que, par ung mesme moyen, je
puisse cognoistre comme ilz demeurent édiffiés des dictes dernières
lettres, et si celles, qui leur sont venues en mesmes temps de
Flandres, ont admené nulle mutation, et qu'est ce que, sur les unes et
les aultres, je vous pourray escripre de leur intention.
Ceste princesse avoit dépesché, vendredy heut huict jours, un
mandement aux maire et chérifz de Londres pour faire exécuter le
lendemein matin le duc de Norfolc; mais, meue de repentance, sur les
unze heures de nuict elle leur contremanda qu'ilz supercédassent la
dicte exécution jusques à ce qu'ilz heussent aultre mandement d'elle.
Quelques ungs arguent ceste sienne clémence vers le dict duc, et y
aura bien affaire qu'elle n'en soit destournée, sinon que, possible,
quelque peu de faveur, que les docteurs, qu'on luy a envoyés, luy ont
acquise, le saulvent; qui ont assuré qu'on l'avoit à tort souspeçonné
d'estre feinct en sa religion, et qu'il est très ferme protestant. Sur
ce, etc.
Ce XIXe jour de febvrier 1572.