Sire, ma dépesche, du Ve du présent, n'estoit guyères que dellivrée au
courrier, quand celle de Vostre Majesté, du XIXe du passé, m'est
arrivée avec l'ample discours de tout ce que jusques alors a passé
entre messieurs voz depputez et les ambassadeurs de ceste princesse,
et avec les actes, par ordre, d'une chacune foys qu'ilz se sont
trouvés ensemble. Sur quoy je suys allé me conjouyr avec la dicte Dame
que le tretté me sembloit desjà fort advancé, de tant que le premier,
et principal, et plus important de tous les poinctz, qui y estoient
requis, estoit tout accordé, qui estoit le bon vouloyr des
contractans: car Vostre Majesté trouvoit, par la procédure de Me
Smith, que la volonté de la dicte Dame correspondoit si parfaictement
à la vostre, et toutes les deux estoient si conformes à desirer ung
ferme establissement d'amityé et une bonne confédération entre Voz
Majestez et voz deux royaulmes, que vous ne vous déffiyés, à ceste
heure, non plus de la sienne que vous vous assuriés et la priez
d'estre très asseurée de la vostre; que desjà la forme du dict tretté
estoit commancée par aucuns articles, ausquelz ne se trouvoit aucun
différend quand à la substance, mais l'on n'avoit encores bien peu
convenir des parolles; en quoy vous luy déclariez, Sire, que vostre
vouloir et intention estoit qu'on s'abstînt de toute chose au dict
tretté qui, en parolle ou en substance, peût tant soyt peu offancer la
dignité de la dicte Dame et le repos de son estat, et qui peût mal
sonner pour elle vers les aultres princes, ses voysins, ou vers ses
propres subjectz; et qu'en semblable vous la priez d'avoir le mesmes
vouloir vers vous; que, pour procéder plus honnorablement au dict
tretté, vous aviez commandé à Mr de Montmorency d'y assister, par où
elle pouvoit juger combien vous dellibériez d'aller franc et droict à
la conclusion de cest affère; que, à la vérité, vous estiez assez
esbahy que Me Smith n'avoit encore faict apparoir de son pouvoir, bien
que voz depputez luy en eussent parlé, et ne feissent difficulté de
luy monstrer le leur, qui seroit ung vouloir obliger Vostre Majesté,
et qu'elle demeurast hors d'obligation, bien que vous ne pouviez
penser qu'elle eust dépesché si loing un tel personnage pour commancer
ung tel affaire, sans luy avoir donné commission et pouvoir par
escript; que, des poinctz qui avoient esté debbatus ez premières
conférences, je m'en remettois à ce que Me Smith luy en escripvoit,
seulement je la supplyois d'avoir le réciproque respect que je luy
disois ez choses de vostre réputation au dict treité, comme vous le
vouliés avoir à la sienne, et de n'y faire apparoir les difficultés,
impossibilité, ny uzer de longueur; car celle des partyes, qui en
voudroit uzer ainsy, monstreroit de n'avoir jamais heu bon vouloir,
et que ce n'auroit esté que mocquerie, derrision et fraude qu'elle
auroit voulu uzer à l'aultre; ce que vous ne pouviez, Sire, ny voulyez
penser de la dicte Dame; que le propos qu'elle m'avoit tenu de milord
Flemy avoit produict l'effect qu'elle desiroit, car Vostre Majesté
avoit mandé, par toutz ses portz, de ne laysser sortyr aulcuns gens de
guerre pour Escoce, de quoy s'estant l'évesque de Glasco et les
aultres seigneurs escoçoys infiniement pleinctz, vous leur aviez
promis que, par l'yssue du trecté, leurz affères seroient accommodés
et la paix de leur pays establie, et que cepandant vous vouliez
dépescher ung gentilhomme de bonne qualité par dellà pour aller
moyenner une abstinence d'armes entre les deux partys; dont, de tant
que le dict gentilhomme ne tarderoit guyères à estre icy, je la
supplioys de faire préparer celluy des siens qu'elle luy vouloit
bailler adjoinct, car desiriez y procéder par une bonne et commune
intelligence avec elle.
La dicte Dame, ayant recueilhy tout ce mien propos, lequel, en
substance, n'a contenu rien davantaige que quelques parolles
d'honesteté, m'y a respondu par le mesme ordre que je luy ay dict:
c'est qu'elle tenoit, à la vérité, celluy premier poinct, de la bonne
volonté, pour tant accordé que vous ne vous debviés rien moins
promètre meintenant de la siène que de la vostre propre, comme elle ne
se resjouyssoit aussy, en nulle chose de ce monde, tant qu'en
l'assurance de celle que vous luy portiez; et que une de ses plus
grandes envyes estoit qu'il se peult faire qu'elle veît Voz Majestez
Très Chrestiennes affin de vous tesmoigner par la parolle ce qu'elle
avoit en son affection; que sellon la jalousie qu'elle portoit aux
choses de sa réputation, elle vouloit avoir tout esgard à la vostre,
et ne se porter si inconsidéréement vers vous, qu'on la peût
souspeçonner d'estre inconsidérée vers elle mesmes, qui sçavoit bien
qu'elle ne pourroit éviter la tache de laquelle elle auroit recherché
de vous entacher; qu'elle demeuroit fort contante que Mr de
Montmorency fût en la commission du trecté, et s'en promettoit
davantaige la bonne fin qu'elle en avoit tousjours espéré, car le
sçavoit estre fort homme d'honneur, et bien fort affectionné à la paix
de ces deux royaulmes; que Me Smith n'avoit point parlé sans
commission, car avoit porté lettre d'elle à Vostre Majesté, et estoit
fort excusable s'il n'avoit voulu monstrer son aultre pouvoir, mais,
en temps et lieu, il ne se trouveroit en estre deffaillant. Au regard
des difficultés qui se pourroient trouver en l'affaire, elle ne les
feroit grandes de son costé, et vouloit, de bon cueur, touchant celles
qui avoient apparu desjà que, si la généralité des parolles pouvoit
suffire, sans exprimer le particullier, qu'on en uzât ainsy qu'il vous
plairoit, bien qu'elle vous supplioit de considérer que l'expression
de ce mot de _religion_, ainsy que ses ambassadeurs le requéroient,
luy conservoit les aultres alliences, et que, sans icelluy, c'estoit
bien, à la vérité, se joindre et unir à Vostre Majesté, mais se
séparer de tous ses aultres confédérez; néantmoins que, de cella et
des aultrez poinctz de la dépesche du dict Sr Smith, elle avoit donné
charge à quelques ungs de son conseil d'en conférer avecques moy, et
qu'elle me prioit que ce fût au plus tost, affin de satisfaire au
dernier point de la longueur que je luy avois remonstré; car l'exemple
du passé et ce qu'elle prévoioit bien encores de l'advenir,
l'admonestoient de ne guères temporiser; finallement qu'elle vous
remercyoit d'avoir arresté l'expédition de milord de Flemy, et qu'elle
avoit envoyé, de rechef, en Escoce devers les deux partys pour les
exorter à ung accord, sellon qu'ilz luy avoient desjà, des deux
costés, donné promesse, par leurs lettres, qu'ilz l'accepteroient tel
qu'elle vouldroit; dont ne voyoient que le gentilhomme, que y vouliés
dépescher, y peût de beaucoup servir, néantmoins, puisqu'ainsy vous
plaisoit, elle en estoit contante.
Il seroit long, Sire, à vous racompter le surplus qui a esté entre la
dicte Dame et moy, dont suffira, s'il vous plaist, pour ceste foys, de
ce dessus. Et vous adjouxteray seulement icy qu'ayant, incontinant
après, parlé à milord de Burgley, je l'ay trouvé en assés bonne
disposition vers les choses du tretté, et mesmes d'envoyer ung segond
pouvoir à Me Smith, puysque, pour quelques considérations, il n'avoit
ozé monstrer le premier; mais, quant aux difficultés où l'on s'estoit
arresté jusques icy, qu'elles luy sembloient de plus grande
considération qu'on ne les faysoit; dont m'en parleroit plus au long
en nostre conférence. Et sur ce, etc. Ce Xe jour de febvrier 1572.
J'ay remonstré à ceulx de ce conseil que Vostre Majesté avoit
prié et faict prier Me Smith d'escripre par deçà que les deux mil
escus me fussent rendus; mais milord de Burgley m'a asseuré qu'il
n'en avoit encores rien escript, et a appellé à tesmoings en
cella ceulx du dict conseil qui avoient veu ses lettres, mais
quand il le manderoit, l'on mettroit peyne de satisfaire à vostre
intention aultant qu'il seroit possible: dont vous supplie très
humblement, Sire, d'en faire une recharge au dict Sr Smith.