Madame, il a esté faict, ceste sepmaine, quatre nopces en ceste court,
dont celles de la seur du comte de Hontingthon avec le filz du comte
d'Ocester, et de la fille aynée de milord Chamberland avec milord
Dudeley, ont esté conduictes pour l'accommodement d'aulcuns seigneurs
qui estoient ung peu broillez ez affaires du duc de Norfolc, et croy
que ce a esté pour s'asseurer d'eulx. Les aultres de la fille de
milord Burgley avec le comte d'Oxfort, et d'une jeune et riche veufve
avec milord Paget, encores qu'elles ayent esté célébrées avec tout
plésir et contantement, il s'y est veu néantmoins de la parciallité de
court. Et, ayant esté convyé au festin de celles du dict comte
d'Oxfort, la Royne d'Angleterre m'a bien vollu dire que, de tant de
mariages à la foys, ung chacun luy présageoit le sien debvoir estre
bientost, et qu'il ne tenoit au Sr de Quillegrey qu'elle n'en
demeurast en fort grande persuasion et en une fort bonne espérance; et
a continué plusieurs honnestes et modestes propos de ce faict,
lesquelz j'ay suyviz de semblables, rejettant la cause des difficultez
sur les trop escrupuleux, qui se trouveroient ung jour grandement
coulpables, envers Dieu et les hommes, d'avoir empesché ce grand et ce
tant desiré bien à la meilleure part de la Chrestienté. Le comte de
Lestre m'en a parlé en termes qui monstrent avoir quelque opinion que
Monsieur en soit dégousté, ce que je luy ay asseuré ne sçavoir, et
n'en avoir rien entendu; et, toutz deux, nous sommes résoluz de ce que
le pis ne pouvoit estre que très bon: scavoir est, une très ferme
amytié et bonne intelligence entre Voz Majestez et ces deux royaulmes.
Je n'ay, à la vérité, touché, en tout le jour du festin, ung seul mot
d'affaires à la dicte Dame, mais, le jour de l'audience, je ne luy ay
obmiz ung seul poinct du contenu ez deux lettres de Voz Majestez, du
dernier du passé, et premier d'estuy cy, et mesmement du faict de la
Royne d'Escoce et des Escouçoys; en quoy je l'ay trouvée bien peu
modérée de l'affection et animosité qu'elle y a toutjour procédé, ce
qui me rend assés suspecte toute la négociation qu'elle a envoyé faire
en France; et me vient on encores de dire que, sur les nouvelles
qu'elle a heu de quelque combat qui est advenu entre ceulx de
Lillebourg et du Petit Lith, duquel je ne sçay encores les
particularitez, elle dépeschera demain le mareschal Drury en Escoce,
avec une commission fort rigoureuse contre ceulx du bon party. Au
regard de vériffier icy, avecques moy, les choses qu'on impose à la
Royne d'Escoce, je crains, Madame, que la Royne d'Angleterre penseroit
avoir si grandement justiffié par là tout ce qu'elle propose de faire
contre ceste pouvre princesse et contre son estat, qu'elle passeroit
oultre à ce qui peut en cella mesmes toucher la réputation et grandeur
de vostre couronne; et si le Roy y vouloit, puys après, contradire de
parolle, ou s'y opposer d'effect, qu'elle estimeroit avoir grande
occasion de se pleindre de luy; et quant aulx moyens, qui se
pourroient trouver pour vous accommoder avec elle sur les présens
troubles et différands des Escouçoys, j'en ay mandé quelque adviz par
le Sr de Sabran; et, après que j'auray conféré avec les seigneurs de
ce conseil, je vous pourray de ces deux faitz ensemble escripre plus
au long. Et adjouxteray icy, Madame, qu'il a esté résolu de mettre en
jugement le duc de Norfolc, le segond jour du prochain terme de
janvier, et que le comte de Cherosbery sera mandé pour présider en la
cause, avec les douze pairs, et que, pendant qu'il sera icy, sir Raf
Sadeller yra en la mayson du dict comte estre gardien de la Royne
d'Escoce; de quoy elle se donra beaucoup de peur, et je fays tout ce
que je puys pour l'empescher. Sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de décembre 1571.