Madame, j'espère aller trouver la Royne d'Angleterre, demain après
diner, et ne fauldray de luy incister vifvement, et néantmoins le plus
gracieusement qu'il me sera possible, au nom de Voz Très Chrestiennes
Majestez, qu'elle veuille faire suprimer le livre, qui a esté imprimé
en ceste ville contre l'honneur de la Royne d'Escoce[18], lequel livre
a esté réimprimé de nouveau en anglois, avec l'adjonction de quelques
rithmes françoises, qu'on impute à la dicte Dame qu'elle les a
composées, qui sont pires que tout le demeurant du livre. Dont
requerray, Madame, que la censure des deux se face tout à la foys, et
n'obmettray les aultres particullaritez qui concernent la Royne
d'Escoce et les Escoçoys, ny de sonder, s'il m'est possible, à quoy
réuscyroit l'office, que Mr de Glasco desire que Voz Majestez facent,
d'envoyer icy ung gentilhomme tout exprès pour les affaires de la
dicte Royne, sa Mestresse, ny s'il seroit honnorable pour Voz
Majestez, et utille pour elle, de le faire; car, quant à estre
agréable, j'ose desjà bien asseurer, Madame, qu'il ne le sera
nullement à la Royne d'Angleterre. Tant y a que je réserve de m'en
esclarcyr mieulx sur les propos que j'entendray d'elle mesmes, et d'en
esclarcyr après Voz Majestez par les premières que je leur feray. Et
sur ce, etc.
Ce Ve jour de décembre 1571.
[18] Il s'agit ici du libelle composé par Buchanan, vers 1568,
sur l'ordre du compte de Murray, et qui fut alors publié pour la
première fois (1571), sous le titre de _Detectio Mariæ Reginæ
Scotorum_.--Voyez le _Recueil de Jebb_, 1, 237.