Sire, il a faict ung si contraire temps, l'espace de dix jours, à
passer par deçà, que, jusques au premier de ce moys, le Sr de Vassal
n'a peu arriver icy, lequel m'a rendu les lettres du XVe du passé, et
avec icelles m'a informé d'aulcunes choses, que Voz Majestez luy
avoient donné charge de me dire; sur lesquelles j'envoye présentement
devers la Royne d'Angleterre pour luy demander audience, et,
incontinent après que j'auray parlé à elle, je ne fauldray, Sire, de
vous mander tout ce qu'elle m'aura respondu. Cependant je diray à
Vostre Majesté qu'elle a faict une fort bonne et fort favorable
réception à Mr le comte de Mongomery, et a heu de longs et privez
propos avecques luy, et l'a faict fort caresser et bien tretter en sa
court, et veult, à ce que j'entendz, avoir sa fille avec elle, et que
le filz de sir Arthur Chambernant, qui l'a espousée, aille résider
quelque temps en France pour aprendre la langue et les honnestes meurs
du pays. Le dict sieur comte est venu conférer avecques moy, premier
que d'aller trouver la dicte Dame, avec grande démonstration de bonne
affection au service de Vostre Majesté, et m'a prié de luy monstrer en
quoy il se pourroit employer icy pour vous en faire; qui ay esté bien
ayse, Sire, qu'il en ayt usé ainsy, affin que ceulx cy cognoissent que
toutz voz subjectz se vont de plus en plus réunissant, et se rangent à
l'affection et obéyssance de Vostre Majesté; et n'ay poinct reffuzé de
luy monstrer comme il pourroit mieulx dresser ses propos pour les
faire servyr au bien de voz affaires. Lequel, au retour de Grenvich,
m'est venu racompter aulcunes particullaritez que la dicte Dame et
ceulx de son conseil luy ont dictes, qui tendent à faire une fort
estroicte amytié avecques Vostre Majesté, nonobstant qu'ilz soient, à
ce qu'ilz disent, meintenant recerchez, aultant qu'il est possible, du
costé d'Espaigne; mais c'est o[17] condition que ne les pressiez de se
dessaysir jamais de la personne de la Royne d'Escoce, car ne
pourroient espérer qu'il y eût une seulle heure de repos en ce
royaulme, aussitost qu'elle seroit restituée au sien, et qu'ilz
craignent qu'en ce poinct je leur soys fort contraire. Le dict Sr de
Mongomery s'en retourne aujourd'huy, et va repasser à Dièpe, dont je
mettray peyne, cy après, d'entendre s'il aura rien plus négocié par
deçà.
[17] Avec condition.
La dellibération continue bien toutjour d'envoyer maistre Smith en
France, mais cella n'est encores ni bien conclud ny bien arresté. J'en
tretteray avec la dicte Dame, pour vous en pouvoir, par mes premières,
mander quelque certitude, avec ses aultres responces qu'elle me fera.
Il se dict icy plusieurs choses d'Escoce, néantmoins je n'adjouxteray
rien à ce que Vostre Majesté en pourra veoir par l'extrêt d'une lettre
que le Sr de Vérac m'a escripte, du XIIe du passé, sur laquelle je
diray seulement deux choses à Vostre Majesté: l'une est que je n'ay
point forny les deux mil deux centz escuz à l'homme qu'il me mandoit,
parce que je n'en ay ny le moyen ny vostre commandement de le faire,
mais je l'ay renvoyé le mieulx satisfaict de parolle que j'ay peu vers
Mr de Glasco et de Puiguillen; qui a monstré d'en estre contant, et
est personnaige de considération, qui semble entendre assés bien
l'estat du pays, et asseure que, si quelcun de grande qualité y passe,
lequel veuille bien tretter en vostre nom la paciffication entre les
seigneurs des deux partys, qu'ilz s'y rangeront; la segonde est que la
principalle importance de tout le faict de vostre service par dellà
semble estre à bien conserver le capitaine Granges, qui a le chasteau
et la ville de Lillebourg entre mains; et pourtant je desire, Sire,
que renvoyez son frère le mieulx expédié et le plus contant que Vostre
Majesté le pourra faire.
Le Sr Fiesque est arrivé, lequel donne toute espérance de l'accord, et
encores des aultres accommodemens qui doibvent suyvre le dict accord;
l'on verra dans peu de jours ce qui en réuscyra. Il semble que le Sr
de Valsingam ayt escript que Vostre Majesté envoye des gens de guerre
en Picardie, et que l'ambassadeur d'Espaigne s'est retiré en Flandres
sans avoir prins congé, ce que ceulx cy présument estre ung argument
de guerre; tant y a qu'on ne m'en a point encores parlé. Et sur ce,
etc.
Ce Ve jour de décembre 1571.
Ainsy que je fermois la présente, la Royne d'Angleterre m'a mandé
que celluy qui doibt aller en France, est desjà dépesché, mais
que, pour quelques occasions, il n'en fault faire bruict.