A LA ROYNE.

Madame, encor qu'entre plusieurs propos, dont j'ay heu à tretter avec

la Royne d'Angleterre du faict de l'Escoce et des Escoussoys, je luy

aye nomméement, et en termes bien exprès, de la part de Voz Très

Chrestiennes Majestez, vifvement incisté de vouloir ordonner ung bon

et honneste trettement à la Royne d'Escoce, et mettre l'évesque de

Roz, son ambassadeur, en liberté, je crains néantmoins, Madame, que,

de tant qu'on voyt la pouvre princesse estre toutjour fort

estroictement tenue, et l'évesque en dangier de sa vie, qu'aulcuns

vouldront estimer que n'avez assez fermement employé vostre authorité

et crédict envers ceste princesse pour y remédier, mesmement si l'on

procède contre la personne du dict évesque. En quoy, Madame, si voz

Majestez estiment qu'il s'y doibve faire par elles mesmes quelque plus

vif office par dellà envers l'ambassadeur d'Angleterre, ne fault

doubter qu'il ne serve grandement; ou bien, si me commandez de le

faire icy, je mettray peyne d'y suyvre entièrement vostre intention,

et me garder, le mieulx que je pourray, de n'altérer rien en celle de

la Royne d'Angleterre; me trouvant aussi en peyne comme user pour le

duc de Norfolc, au cas qu'il soit jugé à mourir, car il a l'ordre du

Roy, et n'est en ce dangier, où il se trouve, que pour avoir vollu

ayder les affaires de la Royne d'Escoce: dont vous playrra, Madame, me

commander, tout à temps, ce que jugerez estre bon là dessus, car l'on

luy faict la poursuyte si vifve et si secrecte que je crains qu'on

verra plus tost son exécution qu'on n'entendra qu'il ayt esté

condempné. Et sur ce, etc.

Ce XXXe jour de novembre 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 184 / 362 题