AU ROY.

Sire, voyant que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil

estoient merveilleusement occupez à faire parachever, sur la fin de ce

terme, le procès contre les seigneurs qui sont dans la Tour, je me

suys, pour sept ou huict jours, fort vollontiers déporté d'aller rien

négocier avec elle ny avec eulx, mesmes que je n'ay heu guières grand

argument pour le faire, et qu'il m'a semblé qu'ilz vouloient voyr le

fondz de ce faict, premier que d'en entamer ung nouveau; et aussi que

j'ay bien vollu, Sire, vous réserver l'advantaige de ne les aller

requérir de ce dont j'estime qu'ilz doibvent venir recercher Vostre

Majesté, qui est de vostre amytié et de vostre intelligence. Et

cependant j'ay sceu que, voulantz par trop aproffondir le dict affaire

d'iceulx seigneurs, ilz ont faict que les partz, qui aspirent à la

succession de ceste couronne, se sont ressucitées plus vifves que

jamais, et que les principaulx s'esforcent en ceste court, par toutz

les moyens qu'ilz peuvent et sans y espargner aulcune sorte

d'artiffice, d'y faire incliner les choses, chacun sellon qu'il estime

pouvoir servyr à fortiffier et advancer sa prétention; en quoy ilz

meslent encores et la France et l'Espaigne, et tiennent ceste

princesse si irrésolue entre les deux, sans toutesfoys le luy donner à

cognoistre, qu'elle ne sçayt auquel se debvoir bonnement résouldre,

d'où vient qu'elle va ainsy, dilayant de jour en jour, et changeant

souvant d'ellection de celluy qu'elle veult envoyer; et croy encores

que quelquefoys ilz la rendent incertaine si elle vous en doibt

envoyer pas ung: tant y a que le mieulx que je pourray, sans

indignité, luy recorder sa promesse, j'essayeray de la conduyre à

l'acomplir.

Mècredy dernier, l'examen des dicts seigneurs prisonniers a esté miz,

suyvant l'ordre du pays, devers quatre chevalliers, quatre escuyers et

quatre bourgeois, lesquelz, à ce que j'entendz, ont arbitré qu'en

celluy du duc se trouvent aulcuns articles qui doibvent estre proposez

comme cas de lèze majesté à ceulx qui les jugeront, et qu'il n'appert

encores assés clairement qu'il soit ainsy en nul des aultres. Le lundy

ensuyvant, l'on a commancé, avant jour, avec les flambeaux, de

travailler à dresser ung eschaffault et une potance à la place devant

la Tour, et court ung bruict sourd par la ville que c'est pour y

exécuter le dict duc le premier; et y en a qui disent qu'on en fera

aultant de l'évesque de Roz, comme estant le principal autheur de la

rébellion. J'ay desjà, au nom de Vostre Majesté, incisté à la

dellivrance de ce segond, et sçay que sur cella il a esté une foys

arresté en ce conseil qu'encor qu'on eust de quoy procéder

criminellement contre luy, que néantmoins l'on s'en déporteroit; mais

ilz sont si muables et sont tant anymez en cest affaire, et ont si peu

de respect aulx qualitez du Sr de Roz, qui est ambassadeur et évesque

catholique, que je ne suys sans peyne et sans quelque doubte de luy.

Milord de Housdon a de rechef escript que les seigneurs des deux

partys en Escoce continuent de faire plusieurs assemblées et

conférances pour parvenir à ung bon accord, et qu'il y a grand

espérance qu'ilz se paciffieront. J'entendz qu'il a esté mandé aulx

capitaines de Barvyc, et de la frontière du North, de faire la reveue

de leurs gens, et que, si quelques ungs avoient coulé en Escoce,

qu'ilz les révoquent. Et aulx recepveurs des quatre provinces, plus

voysines de la dicte frontière, qui debvoient porter les deniers de ce

quartier à Barvyc, a esté contremandé qu'ilz en envoyent la moytié

icy, et que, de l'aultre moictié, laquelle monte à vingt six mil escuz

ou envyron, ilz advisent d'en contanter la garnyson de la dicte

frontière.

Le Sr Fiesque est attandant le passaige à Callais, il y a plus de dix

jours, ou au moins faict l'on semblant qu'il y soit, et que la

tempeste et le vent contraire l'empeschent de passer. Cela est cause

qu'on n'a touché à la vante des merchandises, et se monstre icy ung

fort grand et général desir que ces différans avec les Pays Bas se

puyssent accorder. Sur ce, etc.

Ce XXXe jour de novembre 1571.

_Par postille à la lettre précédente._

Despuys la présente escripte, j'ay adviz que milord de Housdon a

escript comme les depputez de ceulx d'Esterlin sont arrivez à

Barvyc, pour tretter de leurs affaires avecques luy, qui monstre

qu'ilz ne tendent à s'accorder avec ceulx de Lillebourg, et qu'il

est allé quelques monitions du dict Barvyc au Petit Lith, et que

de Lillebourg on a dépesché quelque personnaige de qualité devers

Vostre Majesté. Le comte de Montgomery est arrivé, despuys au

soir bien tard, en ceste ville.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 183 / 362 题