Madame, en ces propoz que les seigneurs de ce conseil m'ont tenuz,
desquelz je fais mencion en la lettre du Roy, je considère que, comme
ilz n'ont esté vuydes d'affection, aussi ne me semble il qu'ilz les
ayent dictz sans quelque artiffice, pour les accommoder au temps et au
besoing de leurs affaires: j'estime, Madame, qu'il sera bon que Voz
Majestez se servent aussi et du temps, et des accidantz qui les
pressent, pour les aproprier à l'utillité des vostres. Je n'ay rien
changé, quant au propos de l'alliance, de ma première responce: c'est
que Voz Majestez n'avoient vollu assoir nul certain jugement sur les
articles que Mr de Foix vous avoit apportez; ains aviez réservé cella
à la venue de celluy d'entre eulx que la Royne, leur Mestresse, vous
dépescheroit: et, quant à faire une bien estroicte alliance avec elle,
je leur ay bien donné non seulement espérance mais asseurance qu'ilz
l'obtiendroient; et, quant aulx affaires d'Escoce, qui sont ceulx dont
ilz débattent le plus, que indubitablement ilz les accommoderoient à
leur advantaige avecques Voz Majestez, pourveu qu'ilz y gardassent le
respect de vostre réputation et de l'honneur de vostre couronne.
Or, ay je, Madame, procuré l'ellection du milord de Boucaust comme le
plus à propos, à deffault du comte de Lestre et de milord de Burgley,
que de nul aultre seigneur de ceste court; mais je crois bien,
qu'avant qu'il parte d'icy, qu'on vouldra sonder s'il pourra raporter
nulz bons effectz de son voyage; dont ne fays doubte que par le Sr de
Valsingam, ou par le Sr de Quillegrey à son arrivée, il n'en soit
touché quelque mot à Voz Majestez, et encores à moy, icy. Dont vous
suplie très humblement, Madame, me prescripre, par voz premières, si
j'auray à continuer en cella le mesmes langaige que j'ay tenu jusques
icy, ou bien y changer quelque chose; affin que je ne négocie rien qui
soit pour aparoyr, peu ny prou, dissemblable, non d'une parolle
seulement, de voz responces et moins d'une seule minute de voz
intentions.
Je ne sçay si ceste princesse et son conseil se vouldront opiniastrer
en la dure résolution, qu'ilz ont faicte, de la détention de la Royne
d'Escoce, car ce seroit quasi vous couper broche, par ce préjudice, de
ne tretter rien plus avecques eulx de tout le faict des Escouçoys,
mais ilz muent si souvant d'adviz qu'il ne fault moins espérer de leur
changement que de leur résolution; et je croy qu'il sera bon, Madame,
que ceste icy soit seulement cogneue de Voz Majestez et de
Monseigneur, sans encores monstrer que vous la sachiez, affin qu'on ne
trouve estrange que vous veuillez, nonobstant icelle, entrer en
intelligence et confédération avec la Royne d'Angleterre; et j'espère
qu'il s'y trouvera des moyens honnorables et non trop mal aysez pour
toutes Voz Majestez et pour le repos des trois royaulmes. Et sur ce,
etc.
Ce XVe jour de novembre 1571.