Sire, j'ay esté convyé, comme de coustume, le XXIXe du moys passé, au
festin du maire de Londres de ceste année, et l'ambassadeur d'Espaigne
n'y a poinct esté, mais ouy bien le Sr de Suavenguem, depputé des
Pays Bas, auquel les seigneurs de ce conseil, qui s'y sont trouvez en
bon nombre, luy ont donné lieu fort honnorable devant eulx,
incontinent après moy, et luy ont faict fort grande caresse. J'ay
aprins, tant de luy que d'eulx, qu'ilz espèrent bientost l'entier
accord de leurs différans par l'arrivée du Sr Fiesque, lequel ilz
attendent, d'heure en heure, et ne sçavent que penser à quoy il tient,
despuys qu'ilz ont heu adviz que le duc d'Alve luy avoit délivré la
ratiffication des articles, qu'il ne soit desjà icy; et pensent
quelques ungs que le retardement vient de ce que le dict duc se sent
offancé de la publication des placartz, qu'on a naguières imprimez en
ceste ville, qui font expresse mention qu'il a aspiré à la rébellion
de ce royaulme; mais je ne pense pas que pour cella le dict accord
s'interrompe.
Le comte de Lestre m'a dict, en ryant, que la Royne, sa Mestresse,
délibéroit de me faire trois querelles, aussitost qu'elle me verroit:
la première, sur les deux mil escuz que je redemandois comme envoyez
par vostre commandement au Sr de Vérac, vostre agent en Escoce, là où
Voz Majestez Très Chrestiennes avoient respondu au Sr de Valsingam
qu'ilz estoient provenuz de l'arsevesque de Glasco, et ne
s'adressoient nullement à vostre agent; la segonde, que j'avoys retiré
le secrétaire de l'évesque de Roz en mon logis; et la troisiesme, qui
seroit la plus aspre, que j'avois trop plus instantment poursuyvy les
affaires de la Royne d'Escoce que je n'avois heu commandement de le
faire, et avoys toutjours trop plus parlé la part d'elle, que non paz
la sienne envers Voz Majestez.
A quoy j'ay respondu que la Royne, sa Mestresse, quant elle auroit
bien entendu comme le tout a passé, non seulement cesseroit me
quereller, mais me jugeroit avoir toutjour bien mérité de sa bonne
grâce, et que Voz Majestez la pouvoient encores satisfaire de la
première et de la dernière de ses dictes querelles, sachant
certainement que la responce, que vous aviez faicte à son ambassadeur,
ne contravenoit en rien, pour le regard de l'argent, à ce que, du
commancement, je leur en avois, à la vérité, racompté, et, s'il
playsoit à la dicte Dame vous en faire encores parler et faire
recercher de messieurs voz secrétaires des commandemens l'ordonnance
que j'en avois heue par voz précédantes dépesches, elle trouveroit n'y
avoir ny plus ny moins en cella que je luy en avois desjà dict; et,
quant au soing des affaires de la Royne d'Escoce, je craignois que le
Sr de Valsingam eust plus cogneu de courroux, en Voz Très Chrestiennes
Majestez, de ce que j'y avois esté froid et remiz, que non pour y
avoir excédé voz commandemens; que j'avoys toutjour procuré à la
Royne, sa Mestresse, plus qu'à nul prince, ny princesse de la terre,
l'amytié et bonne intelligence de Voz Majestez; bien estoit vray que
j'avois toutjours desiré que ce fût sans intéresser vostre grandeur,
ny diminuer rien de vostre réputation; et que, touchant le secrétaire
de Mr de Roz, que, à la vérité, il avoit esté en mon logis, comme les
aultres serviteurs de la Royne d'Escoce, mais toutz s'en estoient
despuys allez; et je ne sçavois, à présent, ou il estoit, dont s'ilz
le m'eussent demandé, quant il estoit icy, je n'eusse failly de le
leur exiber, pourveu qu'ilz m'eussent promiz de ne luy faire point de
mal; que je prenoys tant de confiance ez propres déportemens, dont
j'avois usé en ce royaulme, que j'oserois toute ma vie me présanter
fort franchement à la Royne sa Mestresse, et espérer toutjour sa
faveur et bon visaige; ce que si je ne pouvois obtenir, au moins ne
laysseroys je de l'avoyr par bons offices aultant bien mérité que
gentilhomme qui ayt jamais esté ambassadeur auprès d'elle.
Il m'a prié là dessus d'aller trouver la dicte Dame aussitost que
j'aurois nouvelles de Vostre Majesté, et que, ce pendant, elle auroit
faict l'ellection de celluy qu'elle vous veult dépescher, dont
desireroit que ce peult estre luy mesmes ou milord de Burlay, mais les
présens affaires de ce royaulme les empeschoient toutz deux;
néantmoins que, quel que se fût, j'en serois adverty incontinent, et
qu'il viendroit, puys après, et aulcuns du conseil faire ung jour de
bonne chère en mon logis.
Cependant, Sire, milord de Housdon a continué son voyage à Barvyc, et
j'entendz qu'il a esté mandé aulx recepveurs des quatre comtez plus
prochaines du dict lieu, d'y aporter les deniers du quartier
d'octobre, où nous sommes, ce qui me faict souspeçonner quelque levée
de gens et quelque entreprinse contre les Escouçoys; et desjà se parle
icy de l'arrivée de milord Dacres avec milord de Sethon en Escoce, ce
que je n'ay encores sceu de lieu assés bon pour le vous ozer asseurer.
Tant y a que, s'il est ainsy, ce sera une grande colleur aulx Anglois
d'envoyer forces de dellà contre ceulx qu'ilz tiennent pour rebelles;
et se parle aussi, Sire, que ceulx d'Esterlin ont levé le siège de
devant Lillebourg, et qu'ilz ont retiré leur artillerie de nuict, et
ont faict leur retrette au Petit Lith, non sans y estre poursuyviz
jusques dans leur rempartz; ce que je mettray peyne de vériffier
davantaige. Et sur ce, etc.
Ce Ve jour de novembre 1571.
_Par postille à la lettre précédente._
Comme je fermoys la présente, m'est arrivé, d'ung costé, la
dépesche de Vostre Majesté, du XXe du passé, et, de l'aultre, la
confirmation du susdict dernier article, de la retrette honteuse
de ceulx d'Esterlin de devant Lillebourg, sans avoir ozé donner
l'assault, combien qu'il y eust bresche raysonnable; et j'ay
receu l'advis que maistre Pierre Caro est desjà désigné pour
aller devers Vostre Majesté, et qu'il sera faict vischamberlan et
du conseil. Il est personnaige de bonne mayson, riche et bien
estimé par deçà, assés bien affectionné à la France et fort
intime de milord de Burgley.