Madame, j'ay fort curieusement considéré les propos qui ont esté
tenuz, entre Vostre Majesté et l'ambassadeur d'Angleterre, sellon
qu'ilz sont fort bien et fort dilligentement recueilliz, en la lettre
qu'il vous a pleu m'escripre du XXVIIIe du passé. Et, pour le regard
de ce qu'il a commancé de vous faire quelque pleinte de moy, je sçay,
Madame, que je vous ay ordinairement randu ung si véritable et si
particullier compte, de tout ce que j'ay dict et négocié par deçà,
qu'il ne vous a peu dire rien de nouveau, aussi ne veulx je faillyr de
remercyer très humblement Vostre Majesté pour la favorable responce
que luy avez faicte de la bonne opinion, en quoy il playt au Roy et à
vous me tenir, laquelle me suffit pour l'entière justiffication de mes
actions, qui ne sont vouez qu'au seul service de Voz Majestez; et
j'espère, Madame, que, dans peu de jours, vous l'ouyrez parler en
aultre façon de moy, sellon que la Royne, sa Mestresse, et ses deux
principaulx conseillers m'ont dict, touchant l'inquisition qu'ilz
avoient faicte de moy à cause de ces deux mil escuz, qu'il n'a esté
trouvé que j'aye jamais faict ny dict chose, en ceste charge, qui ne
soit bonne et honneste. Il est vray, Madame, que j'eusse bien vollu
qu'il vous fût souvenu de luy parler du dict argent en la façon que
auparavant j'en avois escript, mais cella se pourra rabiller la
première foys que luy donrez audience, et suys très ayse que luy ayez
ainsy sagement et vertueusement respondu, comme avez faict, touchant
la Royne d'Escoce, affin qu'en la manière de procéder, dont l'on use
icy contre elle et contre les Escouçoys, l'on y aille plus réservé. Et
quant au propos du mariage, si j'eusse heu vostre lettre avant aller
à l'audience, j'eusse suyvy exactement les termes d'icelle, tant y a
que je n'ay point outrepassé ceulx de la précédante dépesche du
XXVIIe: et est à considérer, Madame, qu'en telles matières, il se
trouve toutjour d'honnestes excuses et interruptions jusques à la
porte de l'esglize. Je crains seulement que ceste expression: «_de
vouloir avoir l'exercice public et libre de la religion_,» si le Sr de
Valsingam en escript par deçà, ne réfroydisse ou ceste Royne d'envoyer
devers Voz Majestez, ou milord de Burgley de faire le voyage; tant y a
que j'en mèneray la pratique ainsy soubdain et chauldement comme je
l'ay commancée. Et, au regard d'introduyre le segond propos de
mariage, il semble, Madame, qu'il sera beaucoup meilleur d'atandre à
le toucher sur quelque occasion des choses que milord de Burgley
pourra dire ou proposer par dellà, car je voys bien qu'il n'est
encores temps d'en parler icy; tant y a que, en ceste et aultres
particullaritez de vostre lettre, je métray peyne d'y observer le
temps et l'ocasion pour m'y conduyre tout ainsy qu'il vous playt me le
commander. Sur ce, etc. Ce XVe jour d'octobre 1571.