AU ROY.

Sire, je n'ay jamais porté moins de respect à la Royne d'Angleterre ez

propos que j'ay heu à luy tenir, despuys que je suys en ceste charge,

que si ce eust esté à Vostre mesmes Majesté, laquelle, après celle de

Dieu, je suys tenu et la veulx honnorer et révérer plus que nulle de

ce monde; et pourtant ne craignez, Sire, que la façon et les termes,

dont je luy useray sur le faict de la Royne d'Escoce et des Escouçoys,

la puyssent offancer, mais c'est qu'elle veult bien fort que vous ayés

ceste matière, laquelle luy est infinyement à cueur, pour tousjour

délayssée, et faict semblant de trouver mauvais que vous luy en faciez

parler, bien que, en effect, elle et les siens m'advouhent souvant que

voz instances là dessus ne sont que très raysonnables, et qu'il n'est

possible d'y aller plus modestement, ny avec plus d'observance de

l'amytié de la Royne d'Angleterre, que vous faictes; et est à

craindre, Sire, veu l'estat où est la Royne d'Escoce et celluy de son

royaulme, qu'on y souspeçonne plustost du deffault que de l'excez.

Vray est que je sçay bien que ceste vostre persévérance, qu'avez

monstrée par moy vers vostre alliée et vers voz alliez, faict que la

Royne d'Angleterre desire plus ardentment vostre alliance, et de

contracter une bonne intelligence avec Vostre Majesté. Je vous ay

desjà, Sire, assés au long exprimé par mes précédantes lettres comme,

sur les trois poinctz que j'ay requiz à ceulx de ce conseil, (de

n'estre rien innové au trettement de la Royne d'Escoce, de me donner

satisfaction des deux mil escuz, et de vouloir entendre à quelque bon

expédiant pour la paciffication des Escouçoys), ilz m'avoient

respondu, tout à ung mot, que, pour ceste heure, la Royne, leur

Mestresse, ne vouloit entendre à rien de tout cella, et qu'elle en

feroit satisfaire Vostre Majesté par son ambassadeur.

Despuys, j'ay esté adverty qu'elle a despesché en dilligence le

capitaine Caje au mareschal de Barvyc pour le faire aller devers ceulx

de Lillebourg, affin de les exorter à se réunyr à l'obéissance de leur

jeune Roy avec ceulx d'Esterlin, ou elle leur déclairoit que, sans

respect de qui que ce fût au monde, elle envoyeroit ses forces par

dellà pour les y renger; et, sur ce, avoit esté desjà faict icy une

création de capitaines et ung despartement de charges sur les forces

de terre, et préparé vivres pour avitailler deux grandz navyres, et

douze centz hommes pour trois moys par mer, et, d'abondant, qu'on

faisoit préparer le chasteau de Herfort pour y remuer la Royne

d'Escoce et bailler la garde d'elle à ser Raf Sadeler, qui n'est du

nombre des comtes, ny des barons du royaulme, avec très grand

souspeçon de mauvais trettement à la personne, et, possible, à la vie

de ceste princesse. Dont j'ay estimé, Sire, qu'il convenoit à vostre

réputation et au bien de vostre service que je disse aulx seigneurs de

ce conseil que la bonne foy ne comportoit que la Royne, leur

Mestresse, d'un costé, monstrât de desirer vostre amytié, et que, de

l'aultre, elle vous fît injure, car elle sçavoit que la Royne d'Escoce

estoit vostre belle sœur; et que je leur déclaroys tout ouvertement

que vous aviez receu Lillebourg et ceulx qui sont dedans à vostre

protection, par ainsy, je les prioys que, en l'endroict d'elle et

pareillement d'eulx, il fût uzé de quelque respect pour l'amour de

vous.

A quoy, pour le regard de la dicte Royne d'Escoce, ilz ne m'ont donné

meilleure satisfaction que de m'alléguer plusieurs occasions d'offance

que la Royne d'Angleterre prétend contre elle, et qu'on vous fera une

telle déclaration de ce qu'elle avoit projetté de faire, pour se

soustraire de vostre alliance, que vous n'aurez plus ocasion d'avoir

soing, ny souvenance d'elle; et, au regard des Escouçoys, ilz m'ont

respondu qu'ilz feront en sorte que la Royne, leur Mestresse, y

procèdera, le plus qu'il sera possible, sellon vostre desir et

intention; et sur le reste de la négociation que j'ay continué avec

eulx, despuys ma dernière audience, ilz m'ont résoluement asseuré que

la dicte Dame envoyera bientost ung principal seigneur de ce conseil

devers Vostre Majesté. Et je pense avoir desjà tant faict, Sire, que

ce sera milord de Burgley, mais quant j'en seray encores plus certain,

et que je sçauray le temps de son partement, j'en advertiray en

dilligence Vostre Majesté, ayant opinion que de son voyage et de ceste

sienne commission a de résulter tout l'effect de ce que pouvez espérer

de ceste princesse et de ce royaulme. Sur ce, etc.

Ce XVe jour d'octobre 1571.

A la lettre, que Vostre Majesté a escripte à la Royne

d'Angleterre pour le passeport de Mr de Glasco, il m'a esté

respondu qu'en façon du monde elle ne veult qu'il viegne en

Angleterre.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 159 / 362 题