A LA ROYNE.

Madame, il semble que l'accidant du duc de Norfolc et celluy du comte

de Lenoz facent desirer davantaige à ceste princesse, et aulx siens,

la conclusion du propos encommancé, affin de mieulx asseurer l'estat

de ce royaulme: car, ainsy qu'on a ramené le dict duc à la Tour, le

peuple de Londres, lequel on a toutjour estimé luy estre le moins

affectionné du royaulme, a néantmoins accouru de toutes partz pour le

veoir et le saluer, et pour dire tout hault qu'il estoit plus homme de

bien et plus loyal subject de leur Royne que ceulx qui l'accusoient,

et qu'ilz prioient Dieu de conserver son ignocence et de confondre

ceulx qui cerchoient sa mort. D'ailleurs, ilz voyent que les choses

d'Escoce ne leur succèdent ainsy qu'ilz desireroient, et qu'il leur

est besoing, s'ilz y veulent rien establyr à leur dévotion, d'y aller

à plus grandes et ouvertes forces, et à plus de fraiz qu'ilz n'y

employent; dont semble qu'ilz s'en trouvent assez perplex. Je croy

bien qu'ilz feront, à ceste heure, des nouvelles dellibérations ès

dictes choses d'Escoce, et qu'ilz envoyeront pratiquer le comte de

Mar, et, possible, dépescheront quelques gens de guerre de dellà, par

prétexte de venger la mort du dict de Lenoz; mais les lettres du Sr de

Vérac monstrent que si, de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes,

arrivoit, sur ceste conjonction de temps, quelque personnaige

d'authorité et de grande qualité vers les Escossoys, avec quelques

moyens de vostre faveur, que les ungs et les aultres se réduyroient

facillement à l'intelligence de France, et viendroient à paciffication

entre eulx, au grand honneur de Voz Majestez et grande réputation des

affaires du Roy, non seulement en ceste isle, mais par toute la

Chrestienté. Je ne vous diz rien, Madame, de l'extrémité en laquelle

la Royne d'Escoce, vostre belle fille, s'estime estre réduicte, car

ses propres lettres vous en parleront assés; seulement vous supplie

très humblement me commander l'office qu'il vous playt que je y face,

conforme à ce que vous sçavez commant la Royne d'Angleterre le

prendra. Et sur ce, etc.

Ce XVIe jour de septembre 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 147 / 362 题