AU ROY.

Sire, ce que je vous avois mandé de l'hazardeuse entreprinse, que

ceulx de Lillebourg avoient faicte pour surprendre dedans Esterling

plus de soixante seigneurs comtes, lordz, évesques, abbés ou aultres

principaulx de la noblesse, qui estoient là assemblez pour tenir ung

parlement contre leur Royne, est très véritable, et n'a l'on ouy de

longtemps rien de plus mémorable que cella, si l'yssue eust

correspondu à son commancement; mais la chose enfin est devenue aulx

termes que Vostre Majesté verra par les deux adviz cy encloz[14].

[14] Cette entreprinse sur Stirling, qui avait eu un si heureux

commencement (v. _note_ p. 69), fut sans aucun résultat pour la

cause de Marie Stuart; le comte de Mar étant bientôt arrivé,

délivra les seigneurs prisonniers; il fut proclamé régent, et fit

périr, par les supplices, plusieurs des auteurs de l'entreprise.

Les deux avis dont il est ici mention n'ont pas été transcrits

sur les registres.

Tant y a que milord de Burgley m'a envoyé dire par le Sr de

Quillegrey, son beau frère, que asseuréement le comte de Lenoz y a

esté tué, et qu'aussitost le comte de Mar a esté créé régent, mais

qu'on ne sçayt encore s'il aura accepté la charge; m'a mandé

davantaige que, à cause de quelques pratiques qu'on a découvertes du

duc de Norfolc, la Royne d'Angleterre a dellibéré de faire observer de

plus près que jamais la Royne d'Escoce, et ne permettre que, de

quelques jours, elle ayt aulcune intelligence par messaiges, ny par

lettres, avec personne du monde, et par ainsy qu'elle me faisoit

renvoyer ung pacquet, que naguières j'avois escript à la dicte Royne

d'Escoce, bien que je le luy heusse dépesché par saufconduict; et,

quant aulx choses d'Escoce, qu'elle avoit mandé à son ambassadeur

qu'après le retour de Mr de Foix il en allast tretter avec Vostre

Majesté, à quoy pensoit qu'il ne feroit faulte; au regard de ce qui

estoit advenu des deniers que j'envoyoys en Escoce, qu'elle en avoit

prins ung peu de souspeçon, mais qu'elle s'asseuroit tant de la

parfaicte amytié de Vostre Majesté qu'elle en demeuroit hors de toute

deffiance, et s'asseuroit aussi que ne prendriez sinon de bonne part

la dilligence que, pour la conservation de son estat, elle mettoit de

vériffier les pratiques que Ridolphy avoit menées contre elle, où il

avoit toutjour, dez le commancement, vollu pourvoir que ne fussent

communiquées à moy, vostre ambassadeur, ès quelles la dicte Royne

d'Escoce et le dict duc se trouvoient à ceste heure meslez. Et

adjouxtoit de soy, le dict de Burgley, qu'il ne voyoit pas pour cella

qu'il deubt venir rien de réfroydissement au bon propos, et que l'ung

de quatre seigneurs: savoir, du comte de Betfort, de milord de

Boucost, de mestre Smith ou de luy; avoient esté proposez pour aller

devers Vostre Majesté sur la correspondance du voyage de Mr de Foix,

après qu'on auroit receu responce du Sr de Valsingam, bien que la

Royne, sa Mestresse, ne vouldroit estre veue aller recercher ce dont

l'advantaige, réservée aulx dames, requiert qu'elle soit recerchée.

J'ay respondu, Sire, à chacun poinct sellon que j'ay estimé convenir à

la grandeur de Vostre Majesté, et à l'entretennement de vostre commune

amytié avec ceste princesse, et au desplaysir que vous aurez si la

Royne d'Escoce est maltrettée, ensemble au regrect qui vous touche de

ces désordres qui continuent entre les Escossoys, avec un desir infiny

d'y remédier, ce que je n'estendz icy aultrement pour éviter longueur;

et que je percistoys, quant aulx deux mil escuz, de les demander et

d'estre prest d'aller satisfaire la dicte Dame comme je les ay

baillez, et de n'avoir jamais heu pratique avec le duc de Norfolc ny

avec nul des siens; que, touchant le propos du mariage, Mr de Foix

avoit emporté les responces, ès quelles il n'avoit garde d'y rien

empyrer, mais bien luy avoit semblé expédiant que quelcun des

seigneurs de ce conseil deust aller remonstrer à Vostre Majesté

combien toutz eulx les estiment raysonnables.

Or espérè je, Sire, de veoir bientost la dicte Dame et vous mander ce

que là dessus elle m'aura vollu plus ayant discourir; cependant, pour

vous mieulx tesmoigner des durs déportemens qu'on use envers la Royne

d'Escoce et des profondz souspirs qu'elle en adresse à Vostre Majesté,

et pour vous faire veoir aussi quel est l'estat présent de son

royaulme et comme l'on continue de le vouloir toutjour broiller, qui

néantmoins monstre d'attandre sa ressource de la faveur de Vostre

Majesté, et que icelle luy viendra à ceste heure plus opportune et

plus utille que jamais, je vous envoye l'extrêt de la dernière lettre,

du VIIIe du présent[15], que j'ay receue de la dicte Royne d'Escoce;

avec une aultre lettre qu'elle m'a secrectement escripte, le mesmes

jour, de sa mein, et deux lettres du Sr de Vérac du vingtiesme et

trentiesme du passé, avec celle que, du dict mesmes XXXe, le Sr de

Ledinthon a escript à Mr de Roz. Sur toutes lesquelles, après les

avoir bien considérées et consultées, et les avoir communiquées à Mr

de Glasco, comme la Royne, sa Mestresse, le desire, je vous supplie

très humblement, Sire, y vouloir prendre une bonne et bien honnorable

résolution, et faire appeller l'ambassadeur d'Angleterre affin de luy

en faire aultant entendre comme Vostre Majesté jugera qu'il en sera

expédiant pour n'altérer l'amytié de sa Mestresse, et justiffier les

honnestes debvoirs dont vous avez toutjours usé vers elle en cest

endroict. Et sur ce, etc.

Ce XVIe jour de septembre 1571.

[15] Voir la _Collection complète des lettres de Marie Stuart_,

publiée par Mr le prince de Labanoff de Rostof.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 146 / 362 题