Madame, il semble que la Royne d'Angleterre ayt prins pour grand
offance qu'on ayt vollu inférer de son dire, qu'il y avoit du péril et
du dangier pour Monseigneur vostre filz s'il vouloit user de la
religion catholique par deçà, chose qu'elle asseure n'avoir touchée ny
prez, ny loing, ains plustost le contraire: c'est qu'elle voyoit les
occasions de trouble, qui avoient aparu à la venue du Roy d'Espaigne,
cesser toutes en l'endroict de Mon dict Seigneur parce qu'il ne
passeroit icy sur ung changement de religion, comme avoit esté allors,
ny sur ung nouveau règne comme celluy de sa sœur, qui estoit assés
contredict de plusieurs, ains viendroit continuer avec elle, avec tout
heur et playsir, un règne très paysible et bien estably, qui avoit
desjà duré trèze ans en la personne d'elle seule. Mais ceulx de la
noblesse de sa court se sont davantaige irritez du dict propos, ayantz
plusieurs des principaulx dict tout librement que en France, en
Espaigne et en quel estat qui soit aujourduy au monde, l'on ne sauroit
plus honnorablement, ny loyaulment, ny avec plus de fidellité et
d'obéyssance, accompaigner leur prince qu'ilz accompaigneront
Monsieur, s'ilz ont cest heur que de l'avoir pour roy, ou quelque
aultre prince qui sera mary de leur Royne, et qu'ilz sçauront aussi
bien et vaillamment mouryr à ses pieds que nation qui soit soubz le
ciel; par ainsy, que les ennemys de ce propos aillent trouver quelque
aultre invention, car la preuve et la vertu de leurs prédécesseurs
convaincront toutjour ceste cy de grand mensonge; et ne pouvoient
penser que Voz Majestez et Mon dict Seigneur leur vollussiez faire
tant de tont que d'avoir une si mauvaise opinion d'eulx, ny qu'il se
trouvast ung si arrogant homme en Angleterre qui osât contradire ou
s'opposer en rien à son prince.
A quoy Mr de Foix et moy, pour modérer ceste impression, avons
premièrement respondu à la dicte Dame que Voz Majestez et Mon dict
Seigneur auroient très agréable ceste sienne déclaration, et avons
signifié à quelques ungs des siens que Voz dictes Majestez avoient
aultant bonne estime d'eulx que de noblesse qui soit au monde, et que
vous prandrez encores de fort bonne part ceste leur abondante
affection vers Mon dict Seigneur. De quoy ilz sont demeurez assés
satisfaictz; mais ilz ont opinion que une partie de ceste objection
soit procédé artifficieusement d'aulcuns de deçà, qui sont
souspeçonnez, à cause du Roy d'Espaigne, de ne vouloir l'advancement
de ce propos, lesquelz on menace assés ouvertement, et avec
démonstration en universel, qu'on ne desire rien tant que de recouvrer
ung tel chef, de qui la vertu et la valleur sont infinyment prisées et
louées par deçà. Sur ce, etc.
Ce XIXe jour d'aoust 1571.