Madame, à peyne a esté party le corrier avec ma dépesche, du VIe de ce
moys, que Mr le comte de Lestre m'a envoyé dire ce que je mande en la
lettre du Roy du contenu de celles de Mr de Valsingam, et davantaige
qu'il donnoit une grande louange à Voz Majestez Très Chrestiennes et à
Monseigneur de la tant vertueuse et royalle façon, dont toutz trois
procédiez vers la Royne, sa Mestresse; qui rejettiez toutjour toutes
les persuasions qu'on vous pouvoit donner contre le bon propos
encommancé, et ne vouliez admettre les pratiques, lesquelles le dict
de Valsingam mande que Mr le cardinal de Lorrayne, ou quelques aultres
pour luy, menoient secrectement, de proposer le party de la Royne
d'Escoce, sa niepce, ou encores plus expressément celluy de la
Princesse de Portugal, à Mon dict Seigneur, et qu'il feroit qu'en
faveur de l'ung ou de l'aultre mariage, ou au moins pour faire cesser
celluy de la Royne, sa Mestresse, le clergé de France luy donroit
quatre centz mil escuz par an. A quoy le Roy avoit respondu:--«Qu'il
estoit bien ayse de cognoistre que son clergé fût assés riche pour
pouvoir faire de telles offres, par où il espéroit qu'il en pourroit
tirer de grandes subventions pour payer ses debtes, mais qu'il ne
trouvoit bon qu'il se meslât de telz affaires; car tout ce qu'il avoit
estoit bien à son frère.» Néantmoins que le dict sieur comte
s'esbahyssoit comme il me tardoit tant à arriver quelque dépesche de
cella, et si je pensoys qu'il y eust encores rien de changé. Je l'ay
remercyé infinyement de la privée communication, dont il continuoit
user vers moy, et que je ne fauldrois toujour de luy bien
correspondre, mais qu'à présent je ne luy sçauroys dire sinon que
j'estoys plus esbahy que luy que je n'avoys ny lettre, ny nouvelle
quelconque de Voz Majestez. Et, bien peu après, est arrivé mon
secrétaire avec la certitude du partement de Mr de Foix pour s'en
venir; dont j'ay incontinent dépesché homme exprès pour en aller
advertyr le dict sieur comte. Sur ce, etc. Ce IXe jour d'aoust 1571.