AU ROY.

Sire, estantz quasi en une mesmes heure arrivez deux corriers de

France et d'Escoce en ceste court, le IIIe de ce moys, j'ay à dire

meintenant à Vostre Majesté, quant à celluy de France, qu'on a trouvé

que sa dépesche estoit composée de plusieurs pacquetz de diverses

dattes, qui ont parlé diversement du propos d'entre Monseigneur et la

Royne d'Angleterre, de sorte que, sellon le contenu des unes lettres,

les choses sembloient n'aller guières bien, mais par celles du XXXe du

passé, qui sont les plus fresches, Mr de Valsingam a si bien escript

et si bien rabillé le tout que le comte de Lestre s'en est envoyé

conjouyr avecques moy, et me remercyer des bons offices qu'il cognoist

que, par Mr de Larchant et par les lettres que j'ay escriptes par luy

à Voz Majestez, j'ay procuré d'estre faictz en cest endroict, et qu'il

les répute offices vrayement honnestes, et qui se monstrent de tant

plus louables et vertueulx qu'il n'a manqué qui se soyent esforcez au

contraire d'en faire de très mauvais pour rompre le tout; de quoy il

me vouloit bien asseurer que la Royne, sa Mestresse, et les siens en

raportoient une très grande et bien fort espécialle obligation à

Vostre Majesté, et une aultre très grande à la prudence de la Royne,

vostre mère, et encores une aultre non moindre à la vertu et constance

de Monsieur; et qu'encor que Mr de Montmorency ne vînt pour ceste

foys, à quoy il avoit bien grand regrect, que Mr de Foix ne lairroit

pourtant d'estre aultant bien veu et bien receu que nul gentilhomme

qui peult, de quelle part qui soit au monde, arriver en ceste court,

espérant que toutes choses yroient bien.

Et le corrier d'Escoce a raporté qu'on avoit opposé tant de

difficultez à l'abstinance de guerre qu'il n'avoit esté possible de la

conclurre, et que ceulx de Lillebourg, nonobstant les six mil escuz

que Chesoin leur avoit perduz, publioient qu'ilz en avoient receu

douze mille par des moyens que, maugré leurs adversayres, ilz en

recepvroient chacun moys aultant qu'on leur en vouldroit adresser de

France, et qu'ilz avoient souldoyé deux centz chevaulx davantaige, et

tenoient mille hommes en garnyson dedans la ville; que ceulx de

l'aultre party requéroient instamment la Royne d'Angleterre de leur

envoyer ung entier secours, sans lequel ilz luy déclairoient qu'ilz ne

pouvoient plus temporiser; que le comte de Lenoz se trouvoit las de la

peyne et de la despence qu'il luy convenoit soubstenir au Petit Lith;

que les comtes de Morthon, de Mar et aultres de leur faction, se

plaignoient de luy, et ne vouloient plus recognoistre sa régence, ains

prioyent la dicte Dame de leur vouloir assister à eulx, ainsy qu'elle

avoit promiz de le faire, et ilz suyvroient son intelligence,

aultrement qu'ilz sçavoient commant faire leur paix; que les comtes de

Casselz et d'Eglinthon avoient esté miz en liberté soubz obligation de

ne porter les armes contre le tiltre du jeune Prince; que aulcuns de

la partie neutre monstroient de se vouloir joindre avec le dict de

Morthon et avoient assigné jour et lieu pour en conférer ensemble.

Toutes lesquelles choses, Sire, ceulx cy ont mises en dellibération,

mais je ne sçay encores quelle résolution ilz y ont prinse, sinon

qu'il semble qu'ilz proposent d'envoyer aulcuns de ce conseil sur les

lieux pour monstrer d'accommoder les choses; mais ce n'est, à mon

adviz, pour aulcun bien de la Royne d'Escosse, ni pour la paix de son

royaume, et y a grand danger, s'ilz font tumber toute l'authorité du

pays ez mains du dict de Morthon, qu'il ne s'en ensuyve ung grand

préjudice à la personne de la dicte Royne d'Escoce, et une trop

estroicte intelligence de luy avec la Royne d'Angleterre. Par ainsy

sera bon, Sire, de fortiffier toutjour de plus en plus l'honneste

party qui deppend de vous; j'estime, Sire, que le plus pressé est de

faire mettre ez mains de Mr de Glasco les deniers que Vostre Majesté a

ordonné d'estre employez par moys en cest affaire, et que cependant le

Sr de Glasco, en vous faisant condoléance de la détention et mauvais

trettement du dict Sr de Vérac et de la vollerie de voz pacquetz, il

vous inciste aussi fort fermement qu'il ne soit dorsenavant rien

tretté des affaires de la Royne, sa Mestresse, par les Anglois sans

que l'exprès mandement d'elle, ou la présence de ses expéciaulx

ambassadeurs et encores de vos propres depputez y interviennent, et

qu'il le vous baille hardyement par escript affin que Vostre Majesté

ayt tant plus d'argument d'en parler à l'ambassadeur d'Angleterre, et

de me commander d'en parler vifvement par deçà. Les depputez de

Flandres ont remiz entièrement le différand des merchandises à ce que

le comte de Lestre et milord de Burgley en ordonneront; qui pouvez

voyr, Sire, combien la chose va passer à l'advantaige des Angloys, et

néantmoins il y reste encores quelque accrochement. Ce IXe jour

d'aoust 1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 131 / 362 题