A LA ROYNE.

Madame, mardy dernier, le Sr Barnabé, que bien vous cognoissez, m'est

venu présenter les recommendations de Mr le comte de Lestre, de qui il

est secrétaire, et me dire que le dict sieur comte avoit aussi charge

de me mander les recommendations de la Royne, sa Mestresse, et ung des

paniers de son cabinet, où elle tient les petites besoignes de ses

ouvrages, qu'il m'a incontinent baillé, lequel elle m'envoyoit plein

de fort beaulx abricotz, pour me faire veoir que l'Angleterre est ung

assés bon pays pour produyre de bons fruictz; et qu'au reste, si

j'avois nulles nouvelles de France, que je luy en fisse part affin

d'en satisfaire la dicte Dame, laquelle il m'asseuroit que jamais ne

s'estoit trouvée plus sayne ny en meilleure disposition que

meintenant, et qu'elle n'alloit plus en coche, ains sur ung beau grand

cheval, à la chasse.

Je luy ay respondu que je remercyoys infinyment Mr le comte de la

continuation de sa bonne vollonté vers moy, et que je le supplyois de

bayser en mon nom très humblement les mains de Sa Majesté, et m'ayder

d'ainsy dignement la remercyer de son salut et de son beau présent,

comme une si excellante faveur le méritoit; laquelle je recepvoys avec

l'honneur et respect qui estoient deuz à sa grandeur, et que ses beaux

abricotz monstroient bien qu'il y avoit de belles et bonnes plantes en

son royaulme, où je souhaytois des greffes de France pour encores y

produyre le fruict plus parfaict; et, quant à sa bonne disposition,

que c'estoit la plus agréable nouvelle dont je pouvois resjouyr ny

contanter Voz Majestez Très Chrestiennes, et que je supplyois Nostre

Seigneur l'y meintenir; au reste que je n'avois, pour ceste heure, que

luy mander de France sinon la déclaration que le Sr de Valsingam

estoit allé faire à Voz Majestez Très Chrestiennes comme l'on

procédoit très sincèrement de ce costé au propos du mariage, de quoy

vous aviez receu une fort grande satisfaction, et l'aviez asseuré

qu'il y estoit de mesmes parfaictement bien correspondu de vostre

part; et que j'attandoys, d'heure en heure, quelque dépesche sur la

responce que Mr de Larchant vous auroit apportée, dont ne fauldrois,

incontinent après, d'aller trouver la dicte Dame.

Et, le jour ensuyvant, j'ay envoyé ung gentilhomme exprès devers le

dict sieur comte affin de le remercyer davantaige, et aussi pour

entendre du bon portement de la dicte Dame et de la disposition du

propos; lequel m'a confirmé que l'ung et l'aultre se portent fort bien

et que ainsy j'en asseure Voz Majestez. Je sentz bien qu'ilz sont en

peyne du retardement des nouvelles de France; et cependant ilz ont

passé oultre à l'accord d'un des trois différans des Pays Bas, tant à

leur advantaige qu'ilz ne l'ont peu reffuzer, et avec opinion

d'acommoder bientost les aultres deux, si le duc d'Alve continue de

plyer ainsy à tout ce qu'ilz veulent. Sur ce, etc.

Ce XXXIe jour de juillet 1571.

_Par postille à la lettre précédente._

Tout présentement me vient d'arriver celle qu'il vous a pleu

m'escripre du XXVe du présent, laquelle me servyra de bonne

instruction en moy mesmes, et je la feray encores servyr envers

d'aultres qui, possible, seroient mal informez, oultre que je

suys admonesté, à toute heure, de croyre qu'on va de

dissimulation sur cest affaire et sur celluy d'Escoce.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 124 / 362 题