Sire, sur la responce que par mes précédantes, du vingt sixiesme du
présent, je vous ay mandé avoir faicte aulx seigneurs de ce conseil
touchant les choses d'Escoce, qui a esté par une lettre que j'ay
escripte à milord de Burgley, il m'a respondu que les comtes de
Lestre, de Sussex et luy, ont, par ensemble, leu ma dicte lettre, et
que l'ayantz despuys monstrée à la Royne, leur Mestresse, elle n'y a
trouvé rien qui ne luy ayt semblé raysonnable; et pourtant qu'elle a
ordonné d'estre incontinent faicte une dépesche au comte de Lenoz pour
l'admonester de se desporter modéréement, et avec respect, vers les
subjectz et messagiers de Vostre Majesté, et de ne contraindre en rien
le Sr de Vérac qu'il ne puysse user la charge que luy avez commise par
dellà; et que la dicte Dame et eulx toutz sont attandans quelque
responce des deux partys, qui sont en Escoce, pour sçavoir s'ilz
veulent condescendre à une abstinance de guerre, et, s'ilz le font,
qu'on procèdera incontinent au tretté, ou sinon qu'elle envoyera
aulcuns de son conseil sur les lieux pour essayer de les accorder;
avec lesquelz le dict Sr de Vérac pourra intervenir, pour y faire, au
nom de Vostre Majesté, les bons offices qu'il verra convenir au bien
et repos de ce pouvre royaulme; et quant à une plus grande
dellibération que celle là sur le faict de la Royne d'Escoce, et sur
la liberté de son ambassadeur, que la dicte Dame n'avoit pensé, pour
ceste heure, d'y rien toucher jusques aux dictes nouvelles d'Escoce:
ce néantmoins, puysque je desiroys que ce fût plus tost, ilz luy en
parleroient, affin qu'elle y prînt expédiant, et ne m'a rien plus
mandé.
Or, Sire, j'entendz que le dict de Lenoz a mandé icy le contenu des
lettres et de l'instruction et mémoires que le dict Sr de Vérac
pourtoit, et que, quant il en a esté faict le récit à ceste princesse,
elle n'y a rien trouvé qui luy ayt semblé estre directement contre
elle, ce qui l'a assés satisfaicte; et les amys de la Royne d'Escoce
ne cognoissent qu'il y ayt heu plus grand dangier que si elle n'y a
veu une aussi ferme résolution de Vostre Majesté au restablissement de
la dicte Royne d'Escoce, comme ilz le desireroient. Tant y a
qu'encores hyer, sur la négociation que j'ay envoyé faire à iceulx de
ce dict conseil, j'entendz que quelques ungs d'eulx ont fermement
soubstenu que la Royne d'Angleterre ny son royaulme ne peuvent estre
aulcunement bien asseurez, si la Royne d'Escoce ou si l'évesque de Roz
sont remiz, l'ung ny l'aultre, ny deçà ny delà la mer, en pleyne
liberté, fortiffians ceste leur opinion par nouveaulx argumens de la
pratique, qui a esté nouvellement descouverte du Sr Thomas Stanley,
second filz du comte Dherby, lequel ilz ont miz despuys huict jours
avec plusieurs aultres dans la Tour, et de ce qu'ilz ont entendu que
le Sr Roberto Ridolphy est passé de Rome en Espaigne, lesquelz deux
ilz estiment estre de l'intelligence de la dicte Dame et de son dict
ambassadeur, ce qui me faict juger que malayséement pourrons nous de
longtemps, par parolles ny par négociations, tirer de ceulx cy rien de
bien en cest endroict; et pourtant qu'il sera bon, Sire, sans laysser
les instances accoustumées, si d'advanture il s'y peult toutjour
gaigner quelque chose, que Vostre Majesté se résolve d'elle mesmes d'y
faire ce que l'honneur de sa couronne et le bien de son service
monstreront de le requérir, sans nulle manifeste offance de ceste
princesse. Et croy, Sire, que vous obtiendriez ès dictes choses
d'Escoce le meilleur effect de vostre intention, si le pays pouvoit
estre remiz en paix, et il le pourroit estre si le comte de Morthon le
vouloit, et le dict de Morthon ne seroit trop difficile à gaigner, si
la Royne d'Escoce pouvoit estre persuadée de se contanter que le
petit Prince, son filz, demeurast conjoinctement Roy avec elle; car,
parce que le dict de Morthon est celluy qui principallement l'a
proclamé et érigé pour roy, il n'estime qu'il y puysse avoir nulle
sorte de bonne seurté pour luy, s'il est déposé; mais je ne sçay si ce
préjudice seroit aultant dommageable à ceste pouvre princesse, comme
celluy où elle se trouve meintenant. Vostre Majesté le considèrera, et
je prendray garde si cependant ceulx cy préparent nulle entreprinse de
ce costé.
Fitz Maurice prospère en Hirlande, et dict on qu'il a nouvellement
prins ung fort sur les Anglois, ce qui les ennuye beaucoup. L'on
essaye icy de gaigner sire Jehan, frère du comte d'Esmont, pour
l'envoyer par dellà au lieu du dict comte, de qui ilz ne se fyent
guières, tant pour contenir le pays que pour y diminuer l'affection
qu'on a mise vers le dict Fitz Maurice, qui n'est si prochain seigneur
de la comté d'Esmont comme cestuy cy; et desjà milord debitis
d'Yrlande le se rand familier et domestique pour le passer de dellà
avecques luy.
Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz ayent monstré d'aller
lentement, ilz se sont néantmoins poursuyviz sans intermission par les
depputez des deux costez, de sorte qu'ilz sont desjà tout accordez
quant aulx merchandises; reste à accorder le poinct de l'argent et de
l'entrecours, et me vient on de dire que le duc d'Alve a dépesché
secrectement ung gentilhomme qui doibt arriver bientost icy; par
lequel il mande à ceste princesse que le Roy, son Maistre, sera prest,
pourveu que ses subjectz se treuvent aulcunement satisfaictz des
prinses, de renouveller l'entrecours et l'alliance avec elle en la
meilleure forme qu'elle ayt jamais esté entre ceste couronne et la
mayson de Bourgoigne.
Le propos du mariage demeure en ung merveilleux silence en ceste cour,
attandant des nouvelles de Voz Majestez et quelque dépesche de leur
ambassadeur; bien m'asseure l'on toutjour que les choses y sont fort
bien disposées. Sur ce, etc. Ce XXXIe jour de juillet 1571.
_Par postille à la lettre précédente._
Despuys la présente escripte, j'ay receu ung chiffre de la Royne
d'Escoce, du XVIIIe de ce mois, duquel je vous envoye l'extraict,
affin que Vostre Majesté compreigne mieulx l'urgente nécessité de
ses affaires pour y remédier: et cependant nous y donrons d'icy
tout le sollagement qu'il nous sera possible.