Madame, il n'y a nul soubz le ciel qui desire plus de grandeur à
Monseigneur vostre filz, ny qui plus ayt d'affection de luy veoir
advenir celle, dont se trette meintenant, que moy, qui cognois de plus
en plus qu'elle est très honnorable pour luy et de grand moment pour
Voz Majestez et pour vostre couronne; mais ce n'est sans que je desire
aussi d'y voyr conjoincte la provision qui est requise pour sa
conscience, pour sa réputation et pour la seurté de sa personne; qui
sont trois choses que, dez le commancement, j'ay toutjour incisté
qu'il y fût très soigneusement pourveu, et y ay encores plus
escrupuleusement regardé despuys que Vostre Majesté m'a signiffié la
peyne où elle en estoit, de façon que, auparavant et despuys, je n'ay
cessé de pénétrer, le plus qu'il m'a esté possible, ez choses que j'ay
estimé vous pouvoir mettre hors de ce doubte, et qui estoient pour
vous y aporter du repoz. Dont, oultre ce qu'en avez veu par mes
précédantes dépesches, voycy, Madame, ce que, despuys le partement de
Mr de Larchant et du Sr Cavalcanty, j'y ay peu advancer:
C'est qu'après avoir, en la meilleure sorte et le plus modestement
qu'il m'a esté possible, par bonnes promesses, par parolles, par
adjuremens et par diverses offres et plusieurs bien estroictes
négociations, sollicité les principalles personnes d'auprès de ceste
princesse sur ce propos, mesmement le comte de Lestre et milord de
Burgley, icelluy de Burgley qui, mieulx que tout le reste, sçayt et
veoyt où l'affaire en doibt tumber, et à l'opinion duquel toutz les
aultres se raportent, après tout et pour finalle résolution, m'a
envoyé déclarer par milord Boucart qui me l'est venu dire en mon
logis, que la Royne, sa Mestresse, et eulx toutz procèdent très
droictement en cest affaire et ne desirent rien tant que de le veoyr
bientost et bien heureusement accomply; par ainsy qu'il ne tiendra
plus à elle ny à eulx, et ne voyant qu'il y puysse intervenir nulle
difficulté d'où ne se donne mutuelle satisfaction les ungs aulx
aultres, et que Monsieur n'en demeure bien contant, et mesmes, quant
au poinct tant dificile, et qui a esté tant débattu de la religion,
sinon que Mon dict Seigneur y veuille estre trop disraysonnable, et
qu'il y veuille cercher, au grand dangier de cest estat, quelque
aultre chose que ce qui peult satisfaire à son honneur, à sa
conscience et à sa seureté; car, quant à son honneur, là où ce seroit
à eulx de capituler qu'il ne se fît pour sa venue aulcune innovation
en la religion, et que luy mesmes n'en eust à user d'aultre que de la
leur, il n'en sera nullement parlé, d'un costé ny d'aultre, sinon pour
le déclarer luy, ainsy qu'on a desjà faict, non subject à celle
d'Angleterre: par ainsy, toute la Chrestienté verra qu'il aura gaigné
l'advantaige de ce poinct. Quant à sa conscience, s'il est ainsy qu'il
ne se veuille passer de messe, qu'il la face dire de luy mesmes
privéement, et sans recercher de l'avoir par capitulation de la dicte
Dame ny des siens, car ilz ne la luy pourroient faire, sinon à
l'advantaige de leur religion, et nullement au préjudice d'icelle,
sans assembler le parlement, ce qui mettroit en combustion tout le
royaulme, premier qu'on s'en peult accorder. Et quant à la seurté, que
icelluy de Burgley, et aultant que je vouldray de seigneurs et
gentishommes de ce royaulme, sommettront leurs vyes que si Monsieur
vient en Angleterre, il ne luy sera dict ni contradict en rien, que
honnestement il veuille desirer, ains qu'il y sera obéy et révéré
comme roy très puissant et absolu. Ce qu'il me faisoit entendre, non
par ordonnance de la Royne, ny du conseil, mais comme particullier,
qui cognoissoit bien l'estat du pays, et qui desiroit que Vostre
Majesté en demeurast ainsy persuadée, et que, si vous vouliez que la
perfection du mariage s'ensuyvît, que vous ne retardissiez plus la
conclusion d'icelluy; car, à ceste heure, se justiffieroit qui avoit
procédé plus sincèrement, ou eulx ou nous.
Je ne voys pas, Madame, quant j'auray bien faict plusieurs aultres
dilligentes et bien curieuses recerches, que je vous puysse mander
rien de plus clair ny de plus exprès que cecy, si, d'avanture, ilz ne
changent; par ainsy, encor que je vous aye escript, de vendredy
dernier, par l'ordinaire, je ne vous ay vollu dyférer d'une seule
heure cest advertisement, affin que le temps ne réfroydisse et
n'emporte l'ocasion qui se présente; sur laquelle ce sera à vostre
prudence meintenant d'y faire une résolue et honnorable détermination.
Je vous envoye le pourtraict de la dicte Dame, lequel elle mesmes m'a
accordé fort vollontiers; et Mr le comte de Lestre me l'a faict
recouvrer, qui demande fort celluy de Monsieur, en grand volume avec
les colleurs, et pareillement celluy de la dame que sçavez; de quoy je
vous suplie le faire contanter. Et sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de juillet 1571.