Sire, ce qui me faict vous dépescher, à ceste heure, mon secrétaire
est principallement pour l'ocasion que trouverez en la lettre que
j'escriptz à la Royne, et j'en adjouxteray icy une seconde qui est,
Sire, pour vous dire que les adviz que nous avons d'Escoce se
raportent à ce que les choses y commançoyent desjà d'aller si relevées
à vostre dévotion et au proffict de la Royne d'Escoce que, si le
malheur ne fût arrivé au capitaine Melvin de se bruller ainsy qu'il a
faict, en voulant distribuer sur l'heure du combat de la poudre aulx
soldatz, la guerre estoit finye ce jour là, et le comte de Morthon
demeuroit prins, et le comte de Lenoz chassé du pays; et encores
despuys, si Chesoin eust peu conduyre jusques à ceulx de Lillebourg ce
que Vostre Majesté leur envoyoit, les aultres habandonnoient leur
entreprinse pour ne trouver que la Royne d'Angleterre fût fort preste
de leur bailler hommes, ny de leur fournyr argent; et encores
aujourduy, ilz sont réduictz à ce, qu'ilz pressent infinyement la
dicte Dame de les secourir, ou bien qu'ilz ne pourront en façon du
monde, après ce moys, entretenir leurs gens de guerre. A quoy elle ne
veult entendre, car je l'ay fort adjurée, au nom de Voz Majestez, de
ne se laysser tant aller à la malice et opiniastreté des Escouçoys
qu'elle en viegne altérer la bonne amytié qui est entre vous; ains
qu'elle advise de se prévaloir plustost des commoditez et advantaiges
qu'on luy offre; en façon, Sire, qu'il semble qu'elle se résoult d'y
vouloir prendre ung aultre expédiant que celluy que les dicts de
Morthon et Lenoz desirent. Dont les amys de la Royne d'Escoce vous
suplient très humblement, Sire, d'assister à ceste heure plus que
jamais sa cause, et qu'il vous playse faire mettre en mes mains le
secours par moys qu'avez ordonné pour la dicte Dame, et que, d'icy en
hors, avec l'acquit d'elle, l'on trouvera moyen de faire seurement
conduyre les deniers à ceulx de Lillebourg, puysque la voye de la mer
est interdicte, mais que ce soit si secrectement, par les moyens que
ce mien secrétaire vous dira, qu'on n'en puysse avoir nul sentyment
icy; et que le premier moys soit fourny le plus promptement que la
commodité de voz affaires le pourra permettre, car le besoing le
requiert. Sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de juillet 1571.