Sire, n'ayant Mr de Larchant trouvé le passaige de la mer bien à
propos, il n'a peu arriver icy jusques au dernier du mois passé, sur
le point que la Royne d'Angleterre, la nuict auparavant, en se
déshabillant pour aller au lict, s'estoit donnée une entorse, au costé
droict, avec tant de dolleur qu'elle en avoit pasmé plus de deux
heures, non sans beaucoup d'estonnement de ceulx de sa court; et se
sentoit encores si mal que, jusques au lundy ensuyvant, elle n'a peu
donner lieu au dict Sr de Larchant, ny à moy, de la veoir, mais elle
s'est esforcée, ce jour là, de se lever, et l'a honnorablement et fort
favorablement receu, luy donnant bénigne audience sur tout ce que fort
dignement et de bonne façon il luy a faict entendre de la part de Voz
Majestez et de Monseigneur. En quoy, de tant que la dicte Dame, d'elle
mesmes et hors de nostre propos, et contre nostre desir, a remiz sur
la difficulté de la religion pour en vouloir estre satisfaicte,
premier que nulz depputez peussent estre envoyez, la responce a esté
différée jusques au vendredy ensuyvant que ceulx de son conseil, après
l'avoir longuement digérée, ont advisé qu'elle la nous feroit en
substance comme s'en suyt:
«Qu'elle remercye Voz Majestez Très Chrestiennes et Monseigneur de la
visite, qu'il vous a pleu envoyer luy faire par ung si notable
gentilhomme des vostres, comme est monsieur de Larchant, et des bonnes
parolles que toutz luy avez mandées par luy; qu'elle a bien fort
agréable l'ellection qu'avez faicte de monsieur de Montmorency, de
monsieur de Foix et de monsieur de Chiverny pour venir par deçà
conclurre ce propos, rendant plusieurs grandz et dignes tesmoignages
des deux premiers, comme les cognoissantz très bien, et du troisiesme
comme ayant ouy bien parler de luy, et qu'ilz seront très bien venuz;
qu'elle vous supplie, Sire, premier qu'ilz passent, et affin qu'il ne
vous viegne puys après aulcun malcontantement, s'ilz s'en retournoient
sans rien faire, sellon qu'elle desire de persévérer en bonne paix et
amytié avecques vous jusques à la mort, de leur donner ample pouvoir
d'accorder de ce point de la religion, parce qu'elle n'est encore bien
résolue comme en user, et qu'elle pense ne pouvoir en façon du monde
consentyr que Mon dict Seigneur ayt l'exercice de la sienne par deçà;
que, au reste, elle ne voyt qu'il y puysse, en toutes les aultres
condicions et demandes, rien intervenir qui donne empeschement à la
conclusion de leur mariage.»
Et a adjouxté, Sire, plusieurs aultres parolles et démonstrations de
sa bonne et droicte intention, voyre affection vers Mon dict Seigneur,
lesquelles je laysse à Mr de Larchant et au Sr Cavalcanty de les vous
représanter, ensemble les répliques que nous luy avons faictes,
desquelles, et des dilligences que nous y avons usé, ilz vous auront à
dire que la dicte Dame et les siens, ayantz comprins que nous ne
demeurions bien contantz de sa dicte responce, en ce mesmement
qu'elle requéroit estre donné charge à voz depputez de la satisfaire
du point de la religion, comme pour tirer d'eulx une déclaration et
promesse, par où aparust que Monsieur heust à quicter l'exercice de sa
religion, et estre obligé de demeurer sans icelluy, et que
malayséement, sur une si dure condicion, nous auserions vous
conseiller d'envoyer voz depputez, ilz ont advisé, Sire, de la
modérer. Et, le jour après, nous ayant le comte de Lestre conviez avec
toutz les principaulx du conseil en son logis, luy et milord Burlay
nous ont dict qu'elle n'entendoit les choses ainsy comme nous les
prenions, (qu'il fallût que voz depputez eussent à luy faire la
déclaration que nous disions), mais bien que, pour ceste heure, elle
ne pensoit, si eulx, estant icy, continuoient luy demander pour
Monsieur l'exercice de sa religion, qu'elle le leur peust accorder; et
que eulx deux, ses conseillers, jugeoient estre bon qu'on en layssât
l'article aux termes qu'il estoit ez premières responces, sans
capituler d'un costé ni d'aultre rien plus en cela, parce que la dicte
Dame n'en sçauroit si peu accorder davantaige que les Protestans ne
criassent que c'estoit trop, ny nous en obtenir si largement que les
Catholiques peussent jamais estimer que ce fût assés.
Sur quoy estant le Sr Cavalcanty retourné despuys en court pour
prandre congé de la dicte Dame, elle luy a confirmé que, pourveu
qu'elle ne soit recerchée de ce poinct de la religion, sur lequel
estime ne luy estre aulcunement loysible de faire, à présent, nulle
déclaration ny ottroy contre les loix de son royaulme, elle ne voyt,
quant à tout le reste, qu'il y puisse avoir nulle aultre difficulté.
Voylà, Sire, en quoy reste l'affaire auquel Vostre Majesté donra à
ceste heure l'acheminement qu'il jugera estre honnorable, ayantz, à
toutes advantures, demandé le passeport pour les dicts sieurs voz
depputez, qui est desjà envoyé au Sr de Valsingam, affin que ce ne
soit ung aultre dilay de l'attandre, si, d'avanture, Vostre Majesté se
résoult de les envoyer.
Au surplus, Sire, le capitaine Caje, lieutenant de Barvic, est
freschement arrivé d'Escoce, qui raporte que, le jour de Saint Jehan,
il y a heu ung aultre rencontre prez de Lillebourg, auquel ceulx du
party de la Royne ont heu du meilleur, et ont prins le lair de
Dronlanric et plusieurs aultres, qui compensent bien la perte de
milord de Humes et la route qu'ilz avoient receue auparavant. Il a
apporté aussi le cartel de deffy que ung sire Alexandre Stuart, en
soubstien du comte de Lenoz, a mandé au capitaine Granges, et la
responce du dict Granges, et pareillement les articles de l'abstinance
d'armes, que la Royne d'Angleterre monstre de procurer entre eulx,
desquels ceulx que le duc de Chastellerault et comte d'Honteley ont
offert semblent fort raysonnables, et ceulx des dicts de Lenoz et
Morthon hors de toute rayson; lesquelz sont toujours conseillez et
estimulez d'icy de continuer le trouble et de haster la fortiffication
du Petit Lith, pour enfin emporter, s'ilz peuvent, la ville et
chasteau de Lillebourg: tennans cependant la Royne d'Escoce aussi
estroictement, et son ambassadeur aussi resserré que jamais. Dont
Vostre Majesté me commandera, par les premières, ce qui luy plairra
que je y face, et ce que j'auray à remonstrer touchant la
fortiffication du Petit Lith, car j'entendz que c'est contre les
trettez. Sur ce, etc.
Ce XIe jour de juillet 1571.