A LA ROYNE.

(_Lettre à part._)

Madame, j'ay prins pour bon signe ceste communication dont je faiz

mencion en la lettre du Roy, que la Royne d'Angleterre m'a envoyé

faire par milord de Burlay, lequel, avec le discours des choses

d'Escoce, n'a oblyé de me parler de la bonne intention, en quoy la

Royne, sa Mestresse, persévère toutjour au propos de Monsieur, et

qu'elle estoit attandant, à ceste heure, ce que son ambassadeur luy

manderoit que Voz Majestez auroient advisé sur les conditions qu'elle

leur avoit envoyées. Sur quoy nous nous sommes prins à débattre

d'aulcuns poinctz qui y estoient contenuz, desquelz il m'a donné assés

de satisfaction; et puys, sommes passez à ce particullier que la dicte

Dame et moy avions tretté en ma dernière audience, que Voz Majestez et

elle prinsiez garde de toutz costez aulx pratiques qui se mèneroient

pour troubler le repoz de voz estatz, affin de mutuellement vous en

advertyr, et que, si de vostre part vous le luy vouliez promettre,

elle y satisferoit fort droictement de son costé. Je luy en ay donné

fort bonne espérance. Et estant venu cependant le Sr de Sabran avec

les lettres de Voz Majestez, du XVIIIe du présent, je metz peyne, à

ceste heure, en tout ce qu'il m'est possible, que Mr de Larchant et le

Sr Cavalcanty, qui suyvent après, trouvent les choses, à leur arrivée,

bien préparées. Lesquelles je ne puys encores cognoistre, Madame, qui

n'aillent bien, et je loue infinyment le soing que Vostre Majesté a de

la conscience, et de l'honneur, et de la vie de Monseigneur, vostre

filz, qui sont trois choses ès quelles je souffriray plustost la mort

que de ne réveller franchement à Voz Majestez, et à luy, tout ce que

je cognoistray y pouvoir faire préjudice; et espérez, s'il vous playt,

tant de ma fidellité et de mon service que je ne m'endorz, ny ne suys

pour m'endormyr nullement en cest endroict; et que desjà vous voyez

les choses conduictes si avant que, s'il s'y trouve cy après de la

tromperie, il pourroit bien estre qu'ung fort fin, mais non qu'ung

homme de bien, l'eust peu plus avant descouvrir, et que je vous ay

clairement mandé tout ce qui s'en cognoissoit, et qui s'en entendoit

par deçà; dont je prie Dieu de bien conduyre le demeurant. Et sur ce,

etc.

Ce XXVIIIe jour de juing 1571.

Comme je fermoys la présente, l'on m'a aporté une petite police

de telle substance:--«Valsingan a escript en fort bonne sorte à

la Royne et à ses conseillers, remonstrant importer grandement à

elle de ne varier à ceste heure nullement en ceste cause. Elle

demeure pensive, et est à craindre qu'on luy commance

d'administrer excuses, mais vous sçaurez tout.»--Et ne contient

la dicte police rien plus. Je ne lairray pour cella, quant Mr de

Larchant et le Sr Cavalcanty seront arrivez, de continuer le

propos comme portera leur instruction.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 103 / 362 题