Sire, il vous aura esté aysé de cognoistre, par mes précédantes
lettres du XXe du présent, comme, à la contradiction que la Royne
d'Angleterre m'a faicte sur l'instance de la liberté de Mr de Roz et
des aultres choses d'Escoce, je n'ay vollu contentieusement emporter
le dernier mot sur elle, ains, pour ne l'aigrir davantaige, je me suys
contanté d'aulcunes gracieuses répliques; lesquelles enfin, après
qu'elle les a heues bien considérées, ont produict meilleur effect que
je n'espérois, car, le jour d'après, elle a faict procéder à l'examen
du dict évesque sur les mesmes choses, ou peu dissemblables, que la
première foys, et en beaucoup plus gracieuse façon, de sorte qu'il
rend les très humbles grâces à Vostre Majesté du sollaigement qu'il a
desjà commancé de sentyr par la protection en quoy il vous a pleu le
prendre; qui pourtant vous demeure très obligé et dévot serviteur, et
plus encoragé que jamais à souffrir toutes extrémitez pour la Royne,
sa Mestresse. Et la Royne d'Angleterre, aussi de son costé, a commancé
de penser plus modéréement ès dictes choses d'Escoce, délayssant celle
tant précipitée dellibération qu'elle avoit faicte d'y envoyer des
gens, pour retourner à la poursuitte du tretté; et entendz, Sire,
qu'elle procure de faire venir, entre aultres depputez de dellà, le Sr
de Ledinthon, de quoy je serois bien ayse pour la confiance que la
Royne d'Escoce a meintenant en luy, et qu'il est homme pour bien se
démesler des difficultez qu'on luy pourroit faire; mais cella m'est
suspect que sa venue est pourchassée de ceulx cy, dont la fauldra de
tant plus observer: je ne sçay s'il se vouldra hazarder de faire le
voyage.
J'entendz que le cappitaine Melvin est mort de ceste bruslure de
poudre, et que ceulx de Lillebourg ont abattu tout le faulxbourg de
Queneguet, où le comte de Lenoz avoit tenu son parlement, et qu'ilz
ont retiré grand nombre de vivres dedans le chasteau de Lillebourg. Je
suys de rechef fort instantment sollicité de suplier Vostre Majesté
d'empescher en toutes sortes le retour du comte de Boudouel, car l'on
estime que nul plus grand escandalle à la réputation de ceste pauvre
princesse, ny nul plus grand destorbier à ses affaires et à ceulx de
vostre service par deçà, ne sçauroit venir de nulle aultre chose qu'on
peult pratiquer au monde. Et, au reste, Sire, affin que Vostre Majesté
voye de quelle grandeur de cueur et patience la Royne d'Escoce
dellibère d'attandre l'yssue de ses affaires, je vous envoye
l'extraict d'une lettre qu'elle m'a escripte, du XIIe de ce mois[10],
sur laquelle je vous diray seulement que je ne puys vériffier en façon
du monde que les trois centz Anglois, dont elle faict mencion, soyent
coulez en Escoce; ains m'asseure l'on par divers aduiz qu'il n'en y
est encores entré pas ung en armes, dont je travailleray de le sçavoir
encores plus au vray, affin de vous en advertyr.
[10] Cette lettre n'a pas été transcrite sur les registres, mais
elle fait partie de la _Collection complète des lettres de Marie
Stuart_ publiée par Mr le prince de Labanoff de Rostof, où sont
également insérées toutes celles que nous avons pu retrouver dans
les papiers de l'ambassadeur.
Et quant aulx choses que le docteur Dumont a négociées icy, elles ont
esté pour la pluspart en confirmation de celles que, l'année
précédente, le Sr de Quillegray avoit trettées pour la Royne
d'Angleterre avec les princes protestantz, affin d'estraindre
davantaige l'intelligence qu'ilz ont ensemble, et a proposé qu'il se
fît fondz de cinq centz mil escuz à Estrabourg pour un soubdain
besoing à la deffance de leur religion, et que la dicte dame en
fornyst cent mil, et les trèze princes et dix huit villes de la
confédération les aultres quatre centz mil, pour pouvoir avec cella
toutjour arrer les principaulz capitaines et les meilleures levées
d'Allemaigne, avec obligation toutesfoys de la dicte somme et des
intérestz, par les dicts princes vers la dicte Dame, qu'il n'y sera
touché que pour la dicte cause, ny sinon après que l'on en aura
toutjour heu son congé et commandement; et desiroit le dict Dumont en
emporter présentement la lettre de crédit pour avoir le payement en
Hembourg à la my aoust prochain, ce que je ne puys encores bien
descouvrir qu'il l'ayt obtenu, et croy qu'il est seulement encores en
promesse; mais je sçay bien qu'il a esté fort gracieusement expédié,
et qu'il s'en est retourné joyeux et contant.
Le comte de Herfort, qui avoit fort longtemps esté en arrest et
demeuré interdict pour le mariage de Madame Catherine[11], a esté, le
XVe de ce moys, restitué à son entière liberté et à la court; et
espéroit l'on que le mesmes se feroit du duc de Norfolc, mais les
offances qui procèdent de la Royne d'Escoce sont plus rescentes et
vifves que celles de la dicte Madame Catherine, qui est desjà morte;
par ainsy ne se peuvent si tost résoulder.
[11] Catherine, sœur puînée de Jeanne Gray. Voir _note_, t. III,
p. 359.
Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz aillent lentement et
froydement, ilz se poursuyvent néantmoins toutjour avec fort grande
espérance qu'ilz s'accommoderont: l'on y attand, d'heure en heure, une
responce du duc d'Alve, et le retour du jeune Coban, pour y mettre à
bon esciant la main. L'ambassadeur d'Espaigne a heu fort à playsir le
bon ordre, que je l'ay asseuré que Vostre Majesté avoit donné de faire
bien recepvoir les vaysseaulx d'Espagne et de Flandres en toutz les
portz de vostre royaulme. Et de tant que ce dessus satisfaict à la
pluspart du contenu en la dépesche de Vostre Majesté du XIe du
présent, laquelle je viens, tout à ceste heure, de recepvoir, je
n'adjouxteray rien plus icy. Sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de juing 1571.
Tout à ceste heure, le capitaine Briquonel est arrivé en poste,
qui asseuré que le comte de Morthon s'est saysy du Petit Lict, et
qu'estant milord de Humes le XVIe du présent sorty de Lillebourg,
pour l'empescher, il luy est allé au devant avec toutes ses
forces, et y a heu ung aspre rencontre, où le dict de Humes et
son fils bastard, et le capitaine Coulain sont demeurez
prisonniers, Quelouin tué, et envyron douze soldatz et deux
pièces de campaigne perdues. Il fauldra, Sire, donner aultre
adresse à ceulx que Vostre Majesté envoyera dorsenavant en Escoce
que non pas du Petit Lith.