AU ROY.

Sire, j'ay tenu à la Royne d'Angleterre les honnestes propos, que

Vostre Majesté me commandoit par sa dépesche du XIIe du passé,

touchant le playsir que ce vous estoit qu'elle eust prins à bon gré

les faveurs qu'aviez faictes à ceulx des siens, qu'elle vous avoit

naguières envoyez, et luy ay touché ung mot de la bonne provision

qu'aviez donnée à réprimer les désordres advenuz à Roan contre ceulx

de la nouvelle religion, et comme vostre intention, et celle de la

Royne et de Monseigneur, demeuroient très fermes en l'entretennement

de vostre éedict, de sorte que vous la pouviez asseurer qu'il seroit

inviolablement observé.

La dicte Dame, après m'avoir répété plusieurs choses honnorables, que

les siens luy récitoient encores toutz les jours de leur voyage de

France, m'a dict qu'elle vous cuydoit avoir beaucoup honnoré et obligé

en vous envoyant son ambassadeur, mais qu'elle se trouvoit trop plus

honnorée et obligée de Vostre Majesté pour l'avoir trop favorablement

receu; et a suyvy qu'elle louoit infinyement vostre vertueuse

dellibération de vouloir meintenir la paix en vostre royaulme, et que

desjà vous avez faict concepvoir au monde que vostre parolle seroit

vrayment royalle, et toute pleyne de certitude, et de vérité; dont ne

failloit doubter qu'elle ne rendît aussi la réputation de Vostre

Majesté et celle de voz affaires toute comble d'honneur et d'infinité

de proffictz.

J'ay continué, (touchant ce que son ambassadeur avoit racompté à la

Royne, vostre mère, des difficultez qui s'estoient trouvées au tretté

de la Royne d'Escoce, et de l'opinion qu'il avoit que les instances,

que me commandiez assés souvent de faire en cella à la dicte Dame, luy

estoient ennuyeuses), que je layssois bien à son dict ambassadeur de

luy avoir faict entendre combien il avoit cogneu estre à vous mesmes,

Sire, et à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur, très ennuyeux que

les choses n'eussent prins le bon chemin d'accord qu'elle vous avoit

promiz, et faict plusieurs fois espérer; et que néantmoins elle vous

feroit grand tort si ne croyoit fermement qu'en ce que vous aviez cy

devant cerché, et que vous cercheriez cy après d'acquitter en cest

endroict le deu de vostre honneur et de vostre obligation, que vous

n'eussiez aussi regardé, et que vous ne regardissiez encores que

l'honneur pareillement, et la réputation de la dicte Dame, sa seureté

et celle de ses affaires, et tout son contantement y fussent

dilligentment observez.

Elle m'a respondu bénignement qu'elle estoit bien marrye de ne vous

avoir peu lors mander de meilleures nouvelles du tretté, mais il n'y

avoit heu ordre, à cause des contradictions qui s'y estoient

monstrées; mais il sembloit que despuys les choses se fussent ung peu

modérées, et qu'elles pourroient encor réuscyr à la bonne fin que

Vous, Sire, et elle desiriez.

Je n'ay rien répliqué à cella; mais de tant, Sire, que bientost se

doibt faire une monstre généralle en ce royaulme, et que le comte de

Sussex inciste toujours luy estre permiz qu'il puysse retourner

encores une foys avecques une armée en Escoce, Vostre Majesté advisera

s'il sera bon que je remonstre à la dicte Dame et à ceulx de son

conseil comme les seigneurs escouçoys, qui tiennent le party de leur

Royne, voyant que, par l'opiniastreté des aultres, le tretté n'a peu

succéder, et que, pendant la conférance, le comte de Lenoz a surprins

Dombertran, qu'ilz vous requièrent très instantment de leur assister

jouxte vostre promesse, et sellon l'alliance qu'ilz ont avec vostre

couronne; et que vous voulez bien prier la dicte Dame de ne prandre

aulcune souspeçon ny deffiance si vous vous acquietez en quelque

partie de ce à quoy vostre honneur et debvoir vous obligent vers eulx;

car luy promettez et jurez que ce ne sera pour aporter aulcun dommaige

ou incommodité à elle, ny à ses pays et estatz; par où, Sire, nous

pourrons obtenir ou que la dicte Dame accordera ouvertement que

puyssiez donner support à iceulx seigneurs qui le vous demandent, sans

qu'elle en soit offancée, ou qu'il soit layssé aux Escouçoys mesmes de

débattre entre eulx leurs diférandz, sans que vous, ni elle, vous en

mesliez; en quoy semble que le party de la Royne d'Escoce prévauldra

toutjour contre l'aultre.

J'ay faict mencion à la dicte Dame de la bonne et prompte expédition

qu'avez faicte donner à trois requestes de ses subjectz, que son dict

ambassadeur vous avoit présentées, ce qu'elle a heu très agréable, et

m'a prié de vous en remercyer grandement, et que, quant son dict

ambassadeur le luy aura mandé, elle vous en fera encores par luy

mesmes remercyer davantaige. Le parlement se continue toutjours, et le

subcide est desjà comme tout accordé, à quatre solz pour livre, sur

les héritaiges, et deux solz et demy sur l'aultre sorte de revenu. Les

seigneurs de ce conseil sont si vigilans, ez actions qui s'y font,

qu'il semble enfin qu'ilz y feront passer toutes choses sellon

l'intention de leur Mestresse. Il a esté faict une nouvelle et bien

estroicte ordonnance sur les courriers de Flandres de sorte qu'il a

plusieurs jours que nul, ny ordinaire, ny aultre, n'y est allé ny

venu. Le depputé du duc d'Alve n'advance guière sur l'accord des

prinses, car chacun jour l'on luy met nouvelles difficultez en avant,

et luy demande l'on à ceste heure, que le dict duc ayt à payer les

draps, qu'il a prins des Anglois, au pris qu'il les a baillez aulx

soldats, qui monte un tiers davantaige qu'ilz ne valent; et incistent

les dicts Anglois ou qu'il leur fornisse argent contant, ou bien qu'il

donne cautions qui les contantent. Sur ce, etc. Ce IIe jour de may

1571.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 68 / 362 题