Sire, il ne m'est beaucoup resté, après celles que vous ay escriptes
du XXVIIIe du passé, que adjouxter meintenant icy des nouvelles de
deçà, si n'est de vous confirmer, Sire, que le rapport de milord de
Boucard a esté si bon et si honnorable, et tant plein de louanges de
Vostre Majesté, et de la Royne, et de la Royne vostre mère, et de
Messeigneurs voz frères, et de toute vostre court, et encores, de
l'esplendeur d'icelle, et des bonnes chères qu'il y a receues, et des
présents que Vostre Majesté luy a faictz, et des magnifficences de
vostre entrée, et des aultres choses qu'il a ouyes et cognues par
dellà concerner l'amytié que voulez garder à la Royne, sa Mestresse,
et à son royaulme, qu'il en a rendu la dicte Dame la plus contante et
satisfaicte qu'il est possible, ce qui seroit trop long à vous réciter
en particullier; mais il semble bien, Sire, tout à ung mot, que ce qui
a esté faict en l'endroict du dict Boucard se monstre estre bien et
utillement employé.
Il y a trois jours qu'on n'a rien touché au tretté de la Royne
d'Escoce, attendant la responce que la dicte Dame fera sur le congé
que le comte de Morthon demande, lequel je ne voys pas qu'il se puysse
bonnement empescher, bien qu'il semble que la dicte Royne d'´Escoce le
reffuzera du tout; mais l'on essayera au moins d'obliger le dict de
Morthon à de si expresses conditions, de son brief retour, et
d'aporter le pouvoir d'accorder à la restitution de la dicte Dame,
que, s'il y fault, le tretté ne layssera pourtant de passer oultre
sans luy. Et j'ay bien opinion, Sire, que nul des deux partys des
´Escouçoys, qui sont meintenant icy, ne se trouve guières contant de
la procédure des Anglois: ce que j'espère qui les fera devenir plus
saiges entre eulx. J'ay escript, ces jours passez, au Sr de Vérac, et
luy ay envoyé par chiffre l'extret de l'article de voz dernières qui
le concernoit, et luy ay donné toute l'instruction, que j'ay peu, des
choses qui peuvent importer vostre service par dellà.
Les provisions d'Yrlande vont, despuys trois jours, ung peu plus
froydes pour avoir milord Sideney escript qu'il a aprins, par aulcuns
partisans d'Estuqueley, et des sauvaiges du pays, que le Roy
d'Espaigne n'estoit encores bien prest d'y entreprendre; à quoy les
bonnes lettres, que le duc d'Alve a naguières escriptes à la Royne
d'Angleterre par le depputé de Flandres, et les bonnes parolles, que
l'ambassadeur d'Espaigne luy a faictes dire, l'ont aulcunement
confirmée, de sorte qu'elle espère que le voyage du jeune Coban sera
de grand proffict; sur les desportemens duquel sera bon, pour beaucoup
de respectz, Sire, qu'on y preigne ung peu garde par dellà. L'on
attand une responce du duc d'Alve touchant aulcunes difficultez qui se
sont offertes en l'entrée de cest accord, sur la forme d'y procéder;
et, après qu'elle sera venue, l'on pourra mieulx juger de ce qui s'en
debvra espérer; cependant ung chacun estime que le faict des prinses
s'accommodera.
Mademoyselle de Lore m'a envoyé dire comme, ayant esté trouvé que feu
Mr le cardinal de Chastillon estoit mort de poyson, et qu'en estant la
Royne d'Angleterre et toute sa court merveilleusement escandalizez,
qui en vouloient, comment que soit, advérer le faict, ils avoient
envoyé mestre en arrest toute la famille, et resserrer en basse fosse
les deux qui servoient en sa chambre, et faict saysir et sceller les
coffres, meubles et papiers du deffunct; mais que, d'advanture, elle
avoit retiré les trois derniers pacquetz, que Dupin luy avoit envoyez,
lesquelz n'estoient encores ouvertz; et que, sellon l'adviz que je luy
avois donné, elle les avoit brullez sans les ouvrir, me priant de
vouloir faire entendre à Vostre Majesté le piteux estat de toute ceste
famille, et qu'il luy playse avoir pitié d'eulx toutz, et qu'au reste
je la veuille conseiller de ce qu'elle et eulx auront à faire. Je luy
ay mandé les meilleures parolles de consollation, qu'il m'a esté
possible, avec asseurance que j'en escriprois en bonne sorte à Vostre
Majesté, et qu'au reste elle m'excusât, si je ne m'osois mesler plus
avant de son affaire, jusques à ce que j'en eusse receu vostre
commandement; attendant lequel, Sire, je supplie très humblement
Vostre Majesté n'avoir mal agréable que, vous envoyant exprès le Sr de
Sabran, pour l'ocasion que je luy ay donné charge vous dire de bouche,
je vous face par luy une très humble requeste de ma part à ce que, en
la distribution de tant de biens, qui vous est advenue par ceste
vaccance, il vous plaise avoir recordation de la bénéficence que j'ay
toutjours très justement espérée de Vostre Majesté, pour le service
que, avec grande affection et fidellité, j'ay miz, toute ma vie, grand
peyne de vous faire; et je suplieray le Créateur, etc. Ce Ier jour
d'apvril 1571.