Sire, j'ay esté requiz par les seigneurs de ce conseil et par les
depputez de la Royne d'Escoce, et encores par le comte de Morthon,
d'envoyer en dilligence ce pourteur devers Vostre Majesté pour la
supplier très humblement d'avoir agréable que l'abstinence de guerre,
laquelle, en commenceant ce tretté, a esté de nouveau prorogée pour
tout ce moys de mars, ayt lieu en vostre royaulme, affin que les
merchans escoussoys, qui ont leurs navyres toutz prestz à y faire
voyle, chargés de grains, de poyssons sallez et aultres marchandises,
y puyssent estre bien receuz, sans qu'il leur y soit donné nul arrest
ny empeschement; nous promettans iceulx du dict conseil que, dans le
premier jour d'avril, les affaires de la Royne d'Escoce seront si
advancez que nous pourrons clairement cognoistre ce qui en aura à
succéder; laquelle surcéance, Sire, ayant esté ainsy envoyée par
hommes exprès en Escoce, si, d'avanture, Vostre Majesté la trouve
bonne, il luy plairra me le mander promptement, parce que le temps
court aus dicts merchans, lesquelz aultrement adviseroient où ilz
pourroient aller ailleurs transporter leurs merchandises.
La Royne d'Escoce a comprins par ung discours, qu'elle a trouvé ez
lettres de Mr de Glasco, que Voz Majestez Très Chrestiennes n'estoient
bien contantes de ce qu'elle avoit passé trop avant à accorder
plusieurs choses à la Royne d'Angleterre, qui luy estoient si
avantaigeuses qu'elle n'avoit garde de les reffuzer, et que pourtant
il falloit à ceste heure attandre que deviendroit le tretté premier
que de parler de nul secours, inférant par là que Voz Majestez
n'avoient grande envye de luy en bailler. Sur quoy elle a dépesché en
dilligence devers monsieur l'évesque de Roz pour me venir remonstrer
qu'elle porte ung extrême ennuy de cestuy vostre malcontantement, et
qu'elle me requiert de vous tesmoigner si elle n'a pas cerché de
procéder toutjour, et en toutes choses, despuys que je suys en ce
royaulme, sellon vostre intention, sans aller aulcunement au
contraire, quoiqu'il luy en deust advenir; et qu'elle supplie bien
humblement la Royne de se souvenir du conseil, qu'elle mesmes luy a
escript de sa main, de ne reffuzer aulcunes condicions à la Royne
d'Angleterre, pourveu qu'elle puysse avoir sa liberté et se tirer hors
de ses mains; et que je vous face entendre à toutz deux l'extrême
dangier où elle a esté, et où elle est encores, non seulement de
perdre son estat et ses subjectz, mais sa propre personne et sa vie,
s'il n'y est remédié ou par le tretté, ou par le secours de Vostre
Majesté; que, touchant le tretté, il n'y a que deux poinctz, de toutz
ceulx qu'on luy a proposez, qui vous puissent venir à desplaysir, l'un
est de la ligue: et quant à celluy là, elle vous supplie de croyre,
Sire, qu'elle souffrira plustost toutes extrémités que de consentyr
qu'il en soit faicte pas une qui ne vous soit agréable, et d'où vous
puyssiez estre en rien offancé, et que de ce mesmes desir sont
pareillement toutz les seigneurs escouçoys qui sont de son party;
l'aultre poinct est de bailler le Prince, son filz, à la Royne
d'Angleterre, et, quant à cella, il est trop certain qu'il n'estoit
possible d'entrer aulcunement en tretté, mais encores qu'elle l'ayt
desjà consenty, ce n'est toutesfoys qu'avec condicion que les
seigneurs d'Escoce l'aprouvent, dont se pourra encores trouver moyen
de le reffuzer; et, à ceste cause, elle tourne suplier Vostre Majesté
que, considéré l'extrémité où elle est, et d'où elle ne peult sortyr
sinon par le secours de voz armes, ou par le tretté, qu'il vous playse
ou luy conseiller d'accorder son filz, duquel aussi la disposition
n'est en ses mains, si aultrement le tretté ne peult succéder, ou bien
luy envoyer ung prompt secours, et elle s'esforcera de le rompre.
Sur quoy, Sire, après avoir, par beaucoup de vrays et bien clairs
argumens, fait cognoistre au Sr de Roz que l'intention de Voz Majestez
estoit fermement au secours et assistance de la Royne, sa Mestresse,
et qu'elle et luy en avoient veu et en voyeroient encores de si
certaines démonstrations que rien ne les en debvoit faire doubter, ny
je ne serois si mal advisé de prendre la matière à cueur si je ne
sentois que vous l'eussiez aultant en affection comme je sçavois
qu'elle touchoit à l'honneur de vostre couronne, sans toutesfois luy
dissimuler que le poinct de la ligue, si elle vous préjudicioit, vous
seroit incomportable, et celluy du Prince ne vous pourroit guière
playre, je luy ay promiz de vous escripre le tout, et luy mesmes en
escript à la Royne. Dont vous plairra, Sire, me remander en
dilligence vostre bon commandement là dessus, affin que j'essaye de
faire toutjour incliner la résolution des affaires, le plus qu'il me
sera possible, à vostre desir, et que ne monstrions, de nostre part,
retarder le tretté.
Ceulx cy avoient heu adviz que le roy de Dannemarc estoit après à
accommoder le comte Boudouel de quelque nombre d'hommes et de
vaysseaulx, pour faire une descente en Escoce, et que le dict Boudouel
luy promettoit de luy mettre entre mains les Orcades, mais cella n'a
pas continué, dont ceulx cy n'en sont plus en payne; mais ilz envoyent
présentement à milord Sideney trente cinq mil escuz et deux grandz
navyres de guerres, pleins de monitions, pour pourvoir aulx choses
d'Yrlande; lesquelles choses toutesfois leur semblent plus asseurées,
despuys ceste dernière bonne et honneste déclaration, que Vostre
Majesté leur en a faicte, et despuys avoir entendu que le Roy
d'Espaigne n'est si adélivré de la guerre des Mores ny de celle du
Turcq, qu'il puysse entreprendre ailleurs; mesmes qu'ilz ont
nouvelles, que le Turc, oultre une très grande armée de mer, en
prépare une bien grande par terré, avec quelque apparance qu'il se
veuille saysir de la Transilvanye pour donner à toute la Chrestienté
assés de quoy n'avoir à entreprendre aultre chose que de toutz
ensemble fermement luy résister. Sur ce, etc.
Ce VIe jour de mars 1571.