GEORGES DE PEYREBRUNE

Le style pittoresque de Mme de Peyrebrune mérite une place dans la fin

du XIXe siècle.

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Une mer calme, moirée, platement étendue, jusqu'à l'horizon lointain

marqué d'une ligne droite, sous le ciel qui la touche, uni comme

elle, est un spectacle morne et qui endort.

Et ce calme revêt cependant une grandeur troublante, quand le regard

peut embrasser une immense coulée, un vaste lambeau de mer, immobile

et bleu ainsi qu'un ciel tombé, et cela dans le grand silence des

nues, comme, par exemple, du haut d'une falaise très haute, à pic sur

cette immensité.

Là seulement on peut ressentir, autant qu'il est donné à nos sens de

la percevoir, la sensation de l'infini.

On conçoit la notion de l'âme errante dans l'espace. Un besoin de

planer vous emporte. Un désir inconscient vous fait tendre les bras,

comme si l'on ouvrait des ailes pour prendre un essor calme dans

cette solitude infinie où règne l'éternelle paix.

A ces hauteurs, et dans ce silence lumineux des espaces, la

pensée s'affine, en même temps qu'elle devient la dominante de

vos sensations. On ne vit plus que par la puissance de l'idée

contemplative; le corps allégé se tait. Et un bonheur inexprimable

enveloppe l'être conquis à ce prélude de dématérialisation.

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Le cri d'une mouette, la chute d'un peu de cette terre rouge qui

zèbre de laque les rocs crayeux de la falaise, le bourdonnement

d'une mouche, un coup de vent qui vous frôle et vous jette, en

passant, des mots mystérieux, en voilà assez pour composer une

symphonie qui complète l'idéale volupté, dont tout l'être frémit et

vibre.

Cependant, pour fleurir les herbes, des grappes de coccinelles

s'y suspendent en boutons: leurs rouges élytres, s'écartant pour

l'envolée, semblent l'éclosion subite d'une fleurette sanglante.

Et, comme des papillons blancs, les voiles des pêcheurs rasent le

flot lointain.

Baignés dans cet azur et dans ces cercles de lumières diffuses, les

yeux, où toute vie est montée, se pâment dans des délices de clartés.

Ils se pâment, et la rosée qui féconde l'âme coule de leur prunelle

extasiée.

Anthologie féminine · 第 373 / 537 题