Mme CARETTE, NÉE BOUVET

Lectrice de l'impératrice Eugénie, Mme Carette sera la Mme de

Staal-Delaunay du second empire, qui ne me paraît pas avoir de

Saint-Simon. Elle a débuté par un roman, _Passion_, et publie une

collection des _Mémoires_ des femmes des XVIIIe et XIXe siècles; mais

son grand succès est dans ses _Souvenirs des Tuileries_. Dans le siècle

prochain, on s'intéressera beaucoup à lire, par exemple, son récit

d'une certaine revue jouée à Compiègne en 1865, _les Commentaires de

César_, où la princesse de Metternich jouait en travesti le rôle de

cocher de fiacre. La marquise de Galliffet représentait l'Industrie,

drapée de laine blanche, coiffée de rayons d'or, comme la statue qui

domine le dôme du Palais des Champs-Élysées. La comtesse de Pourtalès

était en _Hôtel des Ventes_.

_Trouville_ (Mme Bartholoni), _Deauville_ (la baronne Poilly), se

disputaient la suprématie, et le marquis de Caux, en cocodès au

naturel, cherchait à mettre d'accord les deux villes d'eaux rivales; à

distance d'années tout cela paraît bien plus piquant que sur le moment.

Les cochers de fiacre venaient de se mettre en grève (alors, comme

maintenant).

Au bruit d'un cliquetis de fouets dans la coulisse apparaissait un

cocher de fiacre, fouet à la main, bien étoffé dans son long carrick

blanc, finement chaussé de bottes

à revers, le cou serré dans la haute cravate blanche, et le

chapeau à cocarde posé sur le bord des yeux, un cocher tel que

la grâce mignarde du XVIIIe siècle l'aurait reproduit en pâte

tendre, plein de malice et d'élégance sous la livrée populaire

d'un cocher de l'Urbaine, la princesse de Metternich faisait une

entrée étourdissante, et d'une petite voix aigrelette détaillait ses

couplets, avec plus de verve et d'esprit qu'on n'en a jamais entendu

sur aucun théâtre:

_D'un bout à l'autre de Paris,

En voiturant jusqu'à leur porte

Un tas de gens de toutes sortes,

J'observe et j'ai beaucoup appris!

Primo, je vais prendre à la gare

Les voyageurs et leur colis;

Les premiers dans cette bagarre

Ne sont pas toujours très polis.

Quand tout commence à s'animer,

J'ai déjà fait plus d'une course;

A midi je jette à la Bourse

Les pigeons qui s'y font plumer.

. . . . . . . . . . . .

Le soir, c'est quelque bon ménage

Qu'on mène au bal, et, quelquefois,

Pour ne pas déranger la cage[68],

Le serin monte auprès de moi!

. . . . . . . . . . . .

Le samedi survient et, crac,

Pour la noce il faut que j'attelle;

Et nous allons en ribambelle

Faire trois fois le tour du lac.

. . . . . . . . . . . .

Mais avec moi rien n'est perdu,

Et chaque objet que l'on égare,

Pourvu du moins qu'on le déclare,

Sera fidèlement rendu.

Sans que l'ambition m'assiège,

Haut placé je suis fort content;

Combien d'autres qui, sur le siège,

En devraient savoir faire autant._

[68] A cette époque, les femmes portaient des crinolines appelées

cage.

Restons-en sur cette réflexion à méditer!

Anthologie féminine · 第 351 / 537 题