Mme DESBORDES-VALMORE

(1786-1859)

Marceline Desbordes eut une existence triste. Elle essaya d'abord

du théâtre, mais elle était trop sentimentale pour cette carrière

essentiellement mondaine. Elle se consacra à la littérature, après son

mariage avec M. Valmore. Les portraits du temps nous la représentent

bien comme on peut se la figurer en lisant ses poésies, idéale et

rêveuse, avec de longues boucles de cheveux blonds et un profil de

camée.

Ses œuvres ne périront point; elles seront de plus en plus appréciées

à cause de leur charme exquis. Il est impossible de les lire sans

éprouver une vive sympathie pour cette âme tendre et passionnée qui

s'exhale dans ses écrits; les sentiments qu'elle exprime sont toujours

purs et touchants.

Elle a publié: _Élégies et Romances_, 1819; _Élégies et Poésies

nouvelles_, 1825; _Pleurs_, 1833; _les Violettes_, 1839; _Pauvres

fleurs_, 1839; _Contes en vers_, 1840; _Bouquets et Prières_, 1843; et

en prose: _les Veillées d'artistes_, _l'Atelier d'un peintre_, _Jeunes

têtes et jeunes cœurs_.

Ce n'est pas sans une indicible émotion que nous retrouvons ces vers

dans lesquels nous avons appris à lire, et les premiers qui se sont

fixés dans notre mémoire; pendant toute mon enfance, je ne pouvais

m'endormir sans les répéter comme une prière:

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,

Plein de plumes choisies, et blanc, et fait pour moi!

Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,

Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi.

Et comme mon petit cœur se serrait, et les larmes me venaient aux yeux,

en continuant:

Beaucoup, beaucoup d'enfants, pauvres et nus, sans mère,

Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir,

Ils ont toujours sommeil, ô destinée amère!

Maman, douce maman! cela me fait gémir.

. . . . . . . . . . . . . . . . .

Et je me rappelle aussi ma première institutrice m'apprenant à faire un

petit geste de la main au-dessus de terre, en disant:

Un tout petit enfant s'en allait à l'école.

On avait dit: «Allez!», il tâchait d'obéir,

Mais son livre était lourd, il ne pouvait courir.

Il pleure et suit des yeux une abeille qui vole.

«Abeille, lui dit-il, voulez-vous me parler?

Moi, je vais à l'école: il faut apprendre à lire!

Mais le maître est tout noir, et je n'ose pas rire,

Voulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler?»

Que j'étais loin alors de comprendre l'_art de lire les vers_ comme

nous l'enseigne l'éminent académicien, M. E. Legouvé!

Mais celle qui avait pris pour exergue:

Je mourus sans rendre une offense,

Mon sort fut une longue enfance,

Et ma pensée un long amour.

et qui mettait tant de cœur et de talent dans ses poésies

pour les enfants et les mères, avait les plus hautes envolées pour

interpréter le sentiment de la femme aimante, sentiment trop délicat

pour n'être pas souvent blessé; on en trouve de maintes plaintes dans

ses _Élégies_:

Va, mon âme, au-dessus de la foule qui passe,

Ainsi qu'un libre oiseau te baigner dans l'espace,

Va voir, et ne reviens qu'après avoir touché

Le rêve... mon beau rêve à la terre caché.

. . . . . . . . . . . . . . . . .

Moi, je suis une femme aussi comme ta mère,

Elle me défendrait de ton insulte amère;

Plus grand que son amour, mon amour se donna.

Une femme aima trop, et Dieu lui pardonna!

Anthologie féminine · 第 252 / 537 题