(1784-1838)
Fille de M. de Pernon, qui avait acquis une grande fortune par
l'entreprise de vivres à l'armée de Rochambeau, en Amérique, mais qui
avait tout perdu à la Révolution, par sa mère d'origine corse, Paule
connut Napoléon Bonaparte dès son enfance, puisqu'il venait chez ses
parents les jours de vacances, alors qu'il était élève boursier à
l'École militaire. Mariée plus tard à Junot, un des jeunes généraux du
conquérant, elle vécut toujours dans l'orbite napoléonienne. Sa mère,
très mondaine, la façonna au monde de bonne heure, et, pendant l'Empire
et la Restauration, elle eut un des salons les plus courus de l'époque
et fut une des femmes les plus en vue. Comme œuvre littéraire, elle
n'a écrit qu'après la mort de son mari, alors qu'elle se retrouva, par
suite de ses goûts de désordre et de dépense, dans la pauvreté; de
1825 à 1832 parurent quelques romans, puis ses _Mémoires sur Napoléon_,
qui viennent d'être réédités; le style en est aussi négligé que dans
la plupart des mémoires de femmes dont nous avons déjà parlé, mais les
détails qu'elle donne sont néanmoins fort intéressants.
Elle s'étend beaucoup sur le côté _mode_, et, franchement, il n'est pas
sans utilité de le connaître. Elle est morte à cinquante-quatre ans,
dans une position de fortune plus que médiocre, à cause de ses goûts
dispendieux et désordonnés. Son fils unique n'ayant que des filles, le
nom s'est trouvé éteint, quand Napoléon III l'a relevé dans le mari de
l'une d'elles, M. Maurice Le Ray.
Ses propres filles ont écrit sous le nom de Constance Aubert et de
Joséphine Amet.
Mme Ancelot, dans ses _Salons du XIXe siècle_, nous dépeint la triste
mort de cette femme qui avait été si brillante. Ce cri du cœur qu'elle
laissa échapper chez Mme Ancelot, où des amis s'étaient réunis après la
première représentation de _Marie, ou Trois Epoques_: «Qu'on est donc
bien ainsi la nuit pour causer: on ne craint ni les ennuyeux, ni les
créanciers!» dépeint bien l'existence précaire qu'elle menait. Elle
s'amusait comme une petite folle à diriger le théâtre de l'hôtel du
comte Jules de Castellane pendant qu'on saisissait ses meubles.
Huit jours avant sa mort, malade, elle dut se réfugier dans une maison
de santé aux environs de Paris, où elle mourut loin des siens pendant
que l'on vendait ses meubles.