(ANNE-LOUISE-GERMAINE NECKER)
(1766-1817)
Mme de Staël est la femme littéraire la plus importante et la plus
discutée de l'époque; à cheval sur les deux siècles, elle sert de
transition entre l'école des Précieuses et l'hôtel de Rambouillet, où
le joli et le gracieux s'alliaient à l'esprit.
Mme de Staël était laide, elle le savait; elle voulut faire oublier
qu'elle était femme, en étant savante. Aussi trouva-t-elle beaucoup de
détracteurs, sans chômer pour cela d'adorateurs[53]. Comme écrivain,
elle eut une véritable influence sur la littérature, et on fait à
son nom l'honneur de le placer partout entre celui de Jean-Jacques
Rousseau et de Chateaubriand. Le milieu où elle vécut toute sa vie
devait contribuer à former son goût et son style. Toute enfant,
elle rencontrait dans le salon de son père Marmontel, Buffon, Grimm,
Francklin, Hume, Raynal, etc. Invitée par le gouvernement impérial
à se tenir à quarante lieues de Paris, elle fit ce fameux voyage en
Allemagne qui la mit en contact avec les grands esprits germaniques
de l'époque; à son retour, elle publia son ouvrage le plus important,
_l'Allemagne_, qui fut saisi par le ministère, et la fit condamner à
l'internement dans son château de Coppet, où il lui était interdit de
recevoir même ses meilleurs amis. Heureusement pour elle, l'Empire ne
dura pas longtemps, mais les événements désastreux qui mettaient fin à
son exil ulcéraient en même temps son âme éminemment française.
Quand on parle de Mme de Staël au point de vue littéraire, on cite
aussitôt _Corinne_. Certes, on ne peut nier à cet ouvrage un souffle
puissant de grandeur et d'entraînement; l'improvisation de Corinne au
Capitole est un morceau qu'il faut avoir lu. Il est bon aussi de lire
_l'Allemagne_, ouvrage essentiellement révélateur de ce pays que nous
n'avons jamais assez cherché à connaître.
Mais c'est dans ses ouvrages philosophiques qu'on peut juger de
l'étendue de son jugement.
Voici les titres des principaux ouvrages dus à sa plume féconde, mais
à peu près oubliés aujourd'hui: de 1786 à 1822, elle en a publiés
dix-huit, parmi lesquels les _Lettres sur les écrits et caractères de
J.-J. Rousseau_; _Sophie_, comédie, et _Jane Grey_, tragédie; _Recueil
de morceaux détachés_, _Réflexion sur la paix intérieure et la paix
extérieure_, _De l'influence des passions sur le bonheur des individus
et des nations_, _De la littérature considérée dans ses rapports
avec les institutions sociales_, _Delphine_, _Corinne, ou l'Italie_;
_l'Allemagne_, _Dix années d'exil_, etc.