ÉLISABETH, OU LES EXILÉS DE SIBÉRIE

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La ville de Tobolsk, capitale de la Sibérie, est située sur les

rives de l'Irtish; au nord, elle est entourée d'immenses forêts qui

s'étendent jusqu'à la mer Glaciale. Dans cet espace de onze cent

verstes, on rencontre des montagnes arides, rocailleuses et couvertes

de neiges éternelles; des plaines incultes, dépouillées, où, dans

les jours les plus chauds de l'année, la terre ne dégèle pas à un

pied; de tristes et larges fleuves dont les eaux glacées n'ont jamais

arrosé une prairie, ni vu épanouir une fleur. En avançant davantage

vers le pôle, les cèdres, les sapins, tous les grands arbres

disparaissent; des broussailles de mélèzes rampants et de bouleaux

nains deviennent le seul ornement de ces misérables contrées; enfin

des marais chargés de mousse se montrent comme le dernier effort

d'une nature expirante; après quoi, toute trace de végétation

disparaît. Néanmoins, c'est là qu'au milieu des horreurs d'un éternel

hiver la nature a encore des pompes magnifiques; c'est là que les

aurores boréales sont fréquentes et majestueuses, et qu'embrassant

l'horizon en forme d'arc très clair d'où partent des colonnes

de lumière mobile, elles donnent à ces régions hyperborées des

spectacles dont les merveilles sont inconnues aux peuples du Midi.

Au sud de Tobolsk s'étend le cercle d'Ischim; des landes, parsemées

de tombeaux et entrecoupées de lacs amers, le séparent des Kirguis,

peuple nomade et idolâtre. A gauche, il est borné par l'Irtish, qui

va se perdre, après de nombreux détours, sur les frontières de la

Chine, et à droite par le Tobol. Les rives de ce fleuve sont nues

et stériles; elles ne présentent à l'œil que des fragments de rocs

brisés, entassés les uns sur les autres, et surmontés de quelques

sapins; à leurs pieds, dans un angle du Tobol, on trouve le village

domanial de Saimka; sa distance de Tobolsk est de plus de six cents

verstes. Glacé jusqu'à la dernière limite du cercle, au milieu d'un

pays désert, tout ce qui l'entoure est sombre comme son soleil et

triste comme son climat.

Cependant le cercle d'Ischim est surnommé l'Italie de la Sibérie,

parce qu'il y a quelques jours d'été et que l'hiver n'y dure que

huit mois; mais il y est d'une rigueur extrême. Le vent du nord, qui

souffle alors continuellement, arrive chargé des glaces des déserts

arctiques, et en apporte un froid si pénétrant et si vif que, dès le

mois de septembre, le Tobol charrie des glaces. Une neige épaisse

tombe sur la terre, et ne la quitte plus qu'à la fin de mai...

Anthologie féminine · 第 237 / 537 题