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La ville de Tobolsk, capitale de la Sibérie, est située sur les
rives de l'Irtish; au nord, elle est entourée d'immenses forêts qui
s'étendent jusqu'à la mer Glaciale. Dans cet espace de onze cent
verstes, on rencontre des montagnes arides, rocailleuses et couvertes
de neiges éternelles; des plaines incultes, dépouillées, où, dans
les jours les plus chauds de l'année, la terre ne dégèle pas à un
pied; de tristes et larges fleuves dont les eaux glacées n'ont jamais
arrosé une prairie, ni vu épanouir une fleur. En avançant davantage
vers le pôle, les cèdres, les sapins, tous les grands arbres
disparaissent; des broussailles de mélèzes rampants et de bouleaux
nains deviennent le seul ornement de ces misérables contrées; enfin
des marais chargés de mousse se montrent comme le dernier effort
d'une nature expirante; après quoi, toute trace de végétation
disparaît. Néanmoins, c'est là qu'au milieu des horreurs d'un éternel
hiver la nature a encore des pompes magnifiques; c'est là que les
aurores boréales sont fréquentes et majestueuses, et qu'embrassant
l'horizon en forme d'arc très clair d'où partent des colonnes
de lumière mobile, elles donnent à ces régions hyperborées des
spectacles dont les merveilles sont inconnues aux peuples du Midi.
Au sud de Tobolsk s'étend le cercle d'Ischim; des landes, parsemées
de tombeaux et entrecoupées de lacs amers, le séparent des Kirguis,
peuple nomade et idolâtre. A gauche, il est borné par l'Irtish, qui
va se perdre, après de nombreux détours, sur les frontières de la
Chine, et à droite par le Tobol. Les rives de ce fleuve sont nues
et stériles; elles ne présentent à l'œil que des fragments de rocs
brisés, entassés les uns sur les autres, et surmontés de quelques
sapins; à leurs pieds, dans un angle du Tobol, on trouve le village
domanial de Saimka; sa distance de Tobolsk est de plus de six cents
verstes. Glacé jusqu'à la dernière limite du cercle, au milieu d'un
pays désert, tout ce qui l'entoure est sombre comme son soleil et
triste comme son climat.
Cependant le cercle d'Ischim est surnommé l'Italie de la Sibérie,
parce qu'il y a quelques jours d'été et que l'hiver n'y dure que
huit mois; mais il y est d'une rigueur extrême. Le vent du nord, qui
souffle alors continuellement, arrive chargé des glaces des déserts
arctiques, et en apporte un froid si pénétrant et si vif que, dès le
mois de septembre, le Tobol charrie des glaces. Une neige épaisse
tombe sur la terre, et ne la quitte plus qu'à la fin de mai...