(1773-1807)
Est une des plus sympathiques femmes littéraires de la fin du XVIIIe
siècle.
Toute jeune, Marie Rustaud quittait Torménio, sa ville natale,
pour suivre son mari, un riche banquier, M. Cottin, et laissait
derrière elle de nombreux regrets pour sa modestie, sa douceur, sa
bienveillance, son inépuisable bonté. Dans le somptueux hôtel du riche
banquier, elle ne se sent pas à l'aise au milieu d'un monde frivole:
car ce qu'elle aime, c'est le foyer domestique, c'est le calme et le
silence de son cabinet de travail, où elle peut secrètement laisser
courir sa plume sur le papier au gré de son imagination. Elle avait
vingt ans lorsque son mari mourut au moment de passer devant le
tribunal révolutionnaire, et la laissa sans fortune. Elle se confina
dans la retraite et demanda à sa plume non seulement de la faire
vivre, mais surtout de lui permettre ses libéralités généreuses.
Sa première œuvre, _Claire d'Albe_, qu'elle avait écrite riche et
heureuse, fut vendue par elle au profit d'un ami, proscrit et fugitif,
qui avait besoin d'un millier de francs pour quitter la France et
assurer son sort.
Ce roman, qui avait été écrit en quinze jours sans une seule rature,
obtint un si grand succès qu'elle se décida à publier successivement:
_Amélie de Mansfield_, _Mathilde_, _Malvina_ et _Élisabeth_. Dans tous
ses romans, ses héroïnes sont posées sur un piédestal de vertu et de
résignation; et quoique protestante, elle les a fait toutes catholiques.
Réservée, modeste dans le monde, ce n'est qu'à son corps défendant que
son éditeur livra son nom à la publicité. Elle est de ces rares femmes
de lettres qui n'ont jamais donné prise à aucun blâme.
De même que Mme de Sévigné, elle ne savait pas l'orthographe; mais on
n'était pas aussi difficile qu'aujourd'hui, la concurrence étant bien
moins grande. Ses ouvrages ont passé de mode, et elle est bien moins
connue de notre génération que Mme de La Fayette.
«Dépourvue de beauté, nous dit lady Morgan, n'ayant aucune de ces
grâces qui en tiennent lieu, elle inspira néanmoins deux passions
fatales: un jeune parent sa tua d'un coup de pistolet dans son jardin
et son rival sexagénaire s'empoisonna.»
Nous donnons un extrait descriptif d'un de ses romans, et une lettre
intime à un de ses amis qui dépeint bien sa belle âme.