(MARIE-MADELEINE)
(1756-1830)
Née à Bar-sur-Aube, écrivit un poème: _Suzanne_, et un volume de
_Fables_ daté de 1802; on cite de ce livre la fable de _l'Aigle et le
Ver_, d'un style concis et ferme:
L'aigle disait au ver, sur un arbre attrapé:
«Pour t'élever si haut, qu'as-tu fait?--J'ai rampé.»
Écouchard-Lebrun, dit Lebrun-Pindard, ayant écrit une épigramme: _le
Moyen de parvenir_, où la même idée se retrouve, on ne sait lequel on
doit accuser de plagiat. Il est préférable de n'accuser personne, tout
le monde pouvant exploiter cette idée; afin que le lecteur puisse être
juge, voici les vers de Lebrun:
Un chêne était, sur la cime hautaine
Du mont Ida, roi des monts d'alentour;
Un aigle était sur la cime du chêne,
Près de l'Olympe il y tenait sa cour.
A l'improviste apparaît, un beau jour,
Maître escargot, fier d'être au milieu d'elle.
Des courtisans l'œil ne se croit fidèle.
L'un d'eux lui dit: «Me serais-je trompé!
Insecte vil, toi qui jamais n'eus d'aile,
Comment vins-tu jusqu'ici?--_J'ai rampé._»
Avouons que les deux vers de Mme de Segrais sont d'une éloquence plus
concise et plus énergique.