(JEANNE-LOUISE-HENRIETTE GENEST)
(1752-1822)
Mme Genest témoigna toute jeune d'un grand goût pour l'érudition. La
situation de son père était modeste; il obtint pour elle une place de
lectrice auprès de Mesdames, filles de Louis XV. De là les _Mémoires_
si intéressants qu'elle a écrits sur la cour de Marie-Antoinette.
Mais sa destinée l'a favorisée en lui fournissant l'occasion de deux
carrières bien distinctes dans une seule vie.
Après avoir été pendant vingt ans la confidente intime et aimée
de Marie-Antoinette, elle s'en trouva séparée par la Révolution;
à la chute de Robespierre, elle avait à sa charge sa mère âgée de
soixante-dix ans, son mari malade, un fils de neuf ans, et devant elle
un assignat de cinq cents francs et trente mille francs de dettes de
son mari, reconnues par elle.
C'est alors qu'elle établit une pension à Saint-Germain; n'ayant pas
d'argent pour faire imprimer des prospectus, elle en écrivit cent à la
main.--Au bout d'un an, elle avait soixante élèves. Parmi ses élèves se
trouva Hortense de Beauharnais, la mère de Napoléon III. Elle devint
l'éducatrice la plus réputée et la plus capable du commencement du
siècle. Napoléon, désireux de conserver à la République les exquises
façons de l'ancienne cour, et à qui elle répondit ce mot devenu
célèbre, un jour qu'il lui demandait ce qui manquait aux hommes pour
être bien élevés: «Des mères!», la nomma directrice de la maison
d'Écouen. Après la Restauration, accusée d'avoir trahi le souvenir
de Marie-Antoinette, elle fut privée de sa situation et, abreuvée
d'amertume, mourut d'un cancer à Mantes, où l'on voit encore son
tombeau, avec l'épitaphe suivante:
CI-GIT
JEANNE-LOUISE-HENRIETTE GENÊT
ÉPOUSE DE PIERRE-DOMINIQUE CAMPAN
NÉE A VERSAILLES LE 6 OCTOBRE 1752
DÉCÉDÉE A MANTES LE 16 MAI 1822
ELLE FUT UTILE A LA JEUNESSE ET CONSOLA
LES MALHEUREUX
Ses dernières paroles furent, ayant appelé son médecin un peu
vivement: «Comme on est impérieux quand on n'a plus le temps d'être
poli!»
Son traité de l'_Éducation des femmes_ et son _Essai de morale_
méritent de figurer dans toute bibliothèque féminine; mais je ne les
crois pas réédités.
Mme Campan a écrit de jolis portraits des filles de Louis XV.