(1754-1793)
Manon-Jeanne Philippon est plutôt une femme à caractère qu'une femme
de lettres proprement dite; elle ne nous a laissé que ses _Mémoires_,
écrits dans sa prison, et les _Lettres aux demoiselles Cannet_ qu'elle
écrivait jeune fille de la petite cellule de son couvent. On lui
attribue aussi une _Étude_ sur la femme révolutionnaire.
C'est un grand caractère de femme politique et philosophe. M. Bernard
Perez, dans un de ses livres de psychologie, la prend comme modèle
du caractère des équilibrés. Elle se maria par raison plutôt que par
amour; son mari, brave et excellent homme, l'adorait. «Roland se
tuera», avait-elle dit quand on la jugeait; en effet, lorsqu'il apprit
que la tête de sa chère femme était tombée sur l'échafaud, il alla au
pied d'un chêne dans les bois, et se perça la poitrine de sa canne
armée.
Elle fut comprise dans les poursuites dirigées contre les Girondins
par les Jacobins vainqueurs, et condamnée avec ses amis à mourir sur
l'échafaud. Michelet nous la montre par ce fatal soir de novembre 1793,
toujours belle sur le tombereau qui la mène à la guillotine. En passant
place de la Révolution, au pied de la statue géante de la Liberté, elle
s'écria en regardant la déesse: «Que de crimes commis en ton nom!», et
son regard embrassa pour la dernière fois une mer de têtes humaines.
Jules Claretie assure que, si on lui eût accordé le crayon demandé pour
écrire ses dernières impressions, elle eût mis: «Liberté, je meurs
néanmoins fidèle à ton culte!»
Pour connaître Mme Roland, pour avoir une idée de son style énergique
en même temps que de ses idées sérieuses, nous n'avons qu'à la laisser
parler dans ses _Mémoires_.