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_Que ne puis-je vous donner toute mon expérience! Que ne puis-je vous
faire voir l'ennui qui dévore les grands et la peine qu'ils ont à
remplir leurs journées! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse
dans une fortune qu'on aurait eu peine à imaginer, et qu'il n'y a
que le secours de Dieu qui m'empêche d'y succomber? J'ai été jeune
et jolie; j'ai goûté des plaisirs; j'ai été aimée partout dans un
âge un peu plus avancé; j'ai passé des années dans le commerce de
l'esprit; je suis venue à la faveur, et je vous proteste, ma chère
fille, que tous les états laissent un vide affreux, une inquiétude,
une lassitude, une envie de connaître autre chose, parce qu'en tout
cela rien ne satisfait entièrement. On n'est en repos que lorsqu'on
s'est donné à Dieu, mais avec cette volonté déterminée dont je vous
parle quelquefois; alors on sent qu'il n'y a rien à chercher et qu'on
est arrivé
à ce qui est bon sur la terre: on a des chagrins, mais on a aussi une
solide consolation, et la paix au fond du cœur au milieu des plus
grandes peines._